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7e Salon International du Livre de TangerMarc Ferro, le génie de déterrer les vieilles histoires

Par L'Economiste | Edition N°:1441 Le 21/01/2003 | Partager

. L'Economiste: D'où vient votre intérêt pour le tabou dans l'Histoire?- Marc Ferro: Il est venu de l'expérience que j'ai pu acquérir en étudiant successivement la révolution russe et le régime soviétique, puis l'histoire des colonisations et des indépendances, enfin l'histoire de France dans sa globalité. Ainsi, on peut observer que chaque régime et chaque société sécrétaient des tabous. Les institutions cachent et se cachent les origines de leurs pouvoirs. Ainsi la papauté veut ignorer que ses pouvoirs sont fondés sur un faux, la Donation de Constantin, et l'enseignement de l'Eglise n'en dit rien. Les communistes ne commentent jamais le fait que Lénine s'est désigné président d'un comité en octobre 1917, lequel n'avait jamais désigné de président.. Pour diffuser l'Histoire, est-ce qu'un historien ne risque pas de tomber dans l'excès inverse et récupérer le passé pour des intérêts politiques actuels? En d'autres mots, quel intérêt trouvez-vous à remuer de vieux faits poussiéreux?- Relever ces faits affaiblirait l'autorité des institutions. Il y a là un premier foyer de tabous. Un second foyer, aisé à imaginer, porte sur les crimes commis dans le passé et que les sociétés effacent de leur mémoire. Il en va de même des évènements jugés négativement par la tradition. Dans les Caraïbes, on cache aux enfants que, dans le passé, les Noirs ont été, de tout temps, les victimes de l'esclavage, arabe d'abord et européen ensuite…. Quels sont les tabous les plus célèbres dans l'Histoire de l'humanité?- On ne saurait désigner des tabous célèbres, puisque par définition ils restent cachés. On les découvre peu à peu pour autant que, traditionnellement, les historiens s'appuyaient sur ces sources écrites qui reproduisent la vision des institutions et du pouvoir qui les contestent mais en demeurant à l'intérieur de leur aire. Il faut s'aider des sources émanant d'autres instances comme l'image, la tradition orale… pour déceler des interdits ou des tabous. Car il y en a dans toutes les sociétés. Au Maroc, par exemple, pendant trois ou quatre décennies après la guerre du Rif, les organisations nationalistes n'ont montré aucun intérêt réel pour l'expérience d'Abdelkrim El Khattabi, pour autant que le terme «république du Rif« pouvait signifier qu'elle visait à un changement politique plus profond que l'expression des Français ou des Espagnols. En 1971, Abdallah Laroui remarquait qu'à cette date, l'histoire de la guerre du Rif prenait des informations dans les archives espagnoles ou françaises et que le Maroc n'avait toujours pas écrit la contre-histoire de cet événement capital. Par égard pour le Monarque, incarnation de l'Indépendance, le thème est-il un tabou?. Dans votre livre «Histoire de France«, vous jetez le doute sur l'Histoire événementielle, pourquoi? Quels reproches faites-vous à cette histoire-là?- Dans mon «Histoire de France«, comme dans «Le choc de l'islam«, le doute qu'inspire l'Histoire évènementielle tient à plusieurs données. D'abord, avec les mêmes documents, l'histoire peut présenter des versions différentes du même phénomène; chacune recouvre à combien de mythes, de querelles, de silences, de mensonges!… Ensuite, ce type d'histoire découpe le passé en tranches chronologiques, ce qui ne permet pas de rendre compte de phénomènes de longue durée, tel le recul ou le retour des croyances religieuses, l'évolution des rapports entre l'homme et la femme, etc. Enfin, cette histoire-là ne correspond pas nécessairement à ce qu'ont vécu les simples individus. Une enquête faite en France rurale, il y a une vingtaine d'années, atteste que les deux grands évènements qui les avaient marqués étaient l'exode de juin 1940 et l'achat du premier tracteur. . Est-ce que le cinéma réussi à révéler les tabous de l'Histoire?- Le cinéma concourt à déceler certains tabous à l'intérieur des sociétés pour autant que traitant volontiers d'un fait divers, il montre les symptômes de ses difficultés, qu'il agisse des problèmes du mariage, des rapports sociaux, des rapports entre le précepte de la religion et les aspirations des individus... Il ouvre des pans entiers de l'Histoire, de la vie sociale. Par exemple, les films italiens dits du néoréalisme (Rosselini, Sica, Fellini, etc.), les films égyptiens de Youssef Chahine constituent une voie royale pour connaître le problème de ces pays.


Histoire officielle, histoires parallèles

Marc Ferro est l'un des historiens les plus éminents de ce siècle. Docteur en Histoire, il choisit de se spécialiser en histoire russe et soviétique. Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), codirecteur de la revue les Annales (1970) et directeur de l'Institut du monde soviétique et de l'Europe centrale, Marc Ferro, particulièrement intéressé par les techniques modernes de communication, se présente volontiers comme un historien du cinéma. Il est le géniteur de la série télévisée «Histoires parallèles« que nos lecteurs ont sans doute vue sur Arte. Le propos est d'explorer les visions que peuvent avoir des ennemis, des partenaires… d'un événement commun. Cette vision est naturellement portée par les médias et spécialement les actualités cinématographiques.En 1993, il cosigne le scénario du film -tiré de son livre- Pétain, de Jean Marboeuf. Parmi ses nombreux ouvrages, on citera la Grande Guerre (1969), Cinéma et Histoire (1977), «Le choc de l'islam« (2002) et le tout dernier «Les tabous de l'histoire« (2002). Un saisissant essai explorateur. Rapide et incisif, Marc Ferro nous invite dans son livre à débusquer les tabous les plus tenaces, à les décortiquer et à en comprendre l'enjeu. Sa passion pour l'Histoire le pousse à débroussailler des domaines volontairement ou involontairement laissés en friche. S'il est évident que l'objectivité est une gageure, une histoire sereine et impartiale est indispensable si l'on veut mieux connaître notre passé et mieux comprendre le présent. D'histoires oubliées, Marc Ferro nous projette dans des histoires parallèles, longtemps étouffées, car considérées dangereuses pour les histoires officielles.H. K. A.

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