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Culture

Des jeunes se cachent pour danser

Par L'Economiste | Edition N°:1901 Le 23/11/2004 | Partager

. A Casablanca, la police leur donne la chasse et les complexes culturels leur sont fermés. La Fédération marocaine de l’underground est créée pour les soutenir21 H, passage Sumica dans le centre-ville. Les passants se font de plus en plus rares et les commerces ferment les uns après les autres. Adnan est le premier à se manifester. Les autres membres du groupe New Style de breakdance ne vont pas tarder à entrer en scène. 10 minutes plus tard, ils sont tous présents. Ce soir, ils sont accompagnés de deux amis qui viennent leur tenir compagnie. Baskets, pantalons larges, mitaines et casquettes à l’envers, ils échangent tapes et certains signes en guise de salutations. Dans le monde des danseurs de la rue, les membres de chaque groupe ont leur façon de se dire bonjour. “C’est une marque d’appartenance et un signe de reconnaissance”, explique Adnan Binoua, 22 ans, porte-parole du groupe. D’un minuscule poste radiocassette de couleur verte, une musique Rap envahi l’espace. Les premiers gestes d’échauffement commencent. Etirements et esquisses sont entamés au ralenti dans une ambiance bon enfant. Un SDF, aux gestes lents et aux paroles saccadées, essaye de se joindre aux danseurs, mais la situation est rapidement maîtrisée grâce à la fermeté des membres du groupe. Certains passants, aux pas pressés, traversent le passage sans prêter attention aux jeunes danseurs. D’autres s’attardent un petit moment, puis poursuivent leur chemin. «Nous nous entraînons ici parce que nous n’avons pas d’endroit où le faire. Les responsables des salles des complexes culturels sont toujours réticents à cette forme culturelle qu’ils taxent, par ignorance, de “tkharbik”», explique Adnan. «Même dans la rue, nous ne sommes pas toujours vus d’un bon œil. Nous sommes souvent exposés aux moqueries ou au rejet de certaines personnes qui ont un esprit étroit et fermé à toutes autres cultures nouvelles ou un peu différentes. Les agents de police nous donnent la chasse comme des voleurs. Chacun de nous a déjà, au moins une fois, “goûter” à l’hospitalité de la police», ajoute-t-il.  Les six membres du groupe New Style restent choqués par un tel comportement à leur égard. Selon eux, ce qu’ils font ne nuit à personne et leur look ne doit pas être le seul critère de rejet de la part de leurs détracteurs. Ils aiment ce qu’ils font et le breakdance est une forme d’expression et de distraction comme tous les autres styles. “Nous avons le droit de nous exprimer sous la forme qui nous convient pourvu qu’on ne dépasse pas le seuil de la moralité et de la décence”, explique Amine Atif, 22 ans, étudiant dans une école d’ingénieurs informaticiens.En outre, Issam, 23 ans, confirme que la relation avec certains responsables de salles ainsi qu’avec les agents de police commence à se détendre ces derniers temps. “Ils sont un petit peu plus tolérants. Nous sommes loin de la période critique du procès des musiciens dits “sataniques”. Scandaleux est le moins qu’on puisse dire à propos de ce procès. Pendant cette période, nous ne pouvions plus nous montrer dans la rue de peur qu’on ne nous embarque”, avance Issam. Selon Hafid, Casablanca compte une cinquantaine de groupe de breakdance. Faute de salles, la majorité d’entre eux s’entraîne et se produit dans la rue, la nuit. A Sbata, à Sidi Bernoussi, au Parc de la Ligue arabe ou encore à côté du siège de l’Odep au boulevard Zerktouni. Mais leur endroit de prédilection est le boulevard Lalla Yacout, devant Auto Hall. Les membres du groupe New Style sont divergents quant à la réaction de leurs propres familles. Certains parents semblent tolérer les choix de leurs enfants alors que d’autres le refusent catégoriquement. “Mais, depuis que certains danseurs passent dans des émissions télévisées, nos parents sont de plus en plus consentants”, assure Hafid. De son côté, Hicham Abkari, président de la Fédération marocaine de l’underground, une association dont l’objectif est la médiatisation et le développement de la culture urbaine, explique que cette culture ne bénéficie pas des moyens “officiels” de diffusion. C’est une culture spécifique à la ville. Elle a un rapport avec l’espace, la sonorité, la forme industrielle du métal et l’agressivité où les citadins baignent depuis leur jeune âge. L’espace de la ville a engendré une forme artistique qui lui est propre. “C’est un produit de la cité qu’il ne faut pas dénigrer. Au contraire, il faut le prendre en considération, essayer de l’étudier, le rendre visible et le médiatiser pour qu’il n’y ait pas d’amalgame et pour que les gens prennent conscience de son existence”, explique Hicham Abkari. Pour que cette nouvelle tendance artistique prenne corps, la Fédération marocaine de l’underground a été créée. Son discours prône le droit au respect. Un jeune qui a un look différent ne doit pas être marginalisé ni rejeté pour autant. “Ce ne sont pas des jeunes décadents. Ils sont tout simplement, différents”, ajoute Abkari. Cette association a pour objectif de rendre visible une autre culture qui existe mais qui est dénigrée. “Nous voulons déculpabiliser les jeunes qui n’ont pas à justifier leurs tendances culturelles et artistiques”.


Monde parallèle

Selon le président de la Fédération marocaine de l’underground, la forme la plus évidente de la culture urbaine est le hip-hop. C’est un mouvement culturel qui englobe différents genres artistiques tels que le Rap et le slam pour le chant, le breakdance, le locking, le poping, le hype, le heavy metal pour la danse, le graffiti et le tag pour l’art plastique. «Le discours officiel taxe ce mouvement de “trucs de sauvage”. Certains responsables des complexes culturels nous rejettent sous prétexte que les salles sont réservées à “la culture”!», explique-t-il. Du coup, les jeunes se produisent là où ils le peuvent, loin des yeux de la police, dans un monde parallèle au “monde officiel”.Mohamed AKISRA

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