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Culture

Le malékisme intéresse l’Occident
Entretien avec Abdellah BOUSSOUF

Par L'Economiste | Edition N°:1901 Le 23/11/2004 | Partager

Abdellah Boussouf est historien; il a soutenu en 1991, à Strasbourg, une thèse de doctorat sur les relations dans le bassin Méditerranéen au XIIIe siècle. C’est le porteur du projet de la Grande Mosquée de Strasbourg, il est actuellement président de la Commission Formation des imams au sein du Conseil français du culte musulman; il est également vice-président du Conseil régional du culte musulman d’Alsace, une région où les religions ont un statut particulier: les employés sont des fonctionnaires et les lieux de culte sont entretenus par l’Etat. L’islam, en revanche, ne bénéficie pas de ces avantages. Il a été missionné cette année par la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger pour mener une étude de mise à niveau du Centre des études islamiques de Bruxelles. Il est membre de la Commission “Donner une âme à l’Europe” auprès de la commission européenne et expert de la Commission de lutte contre le racisme et la xénophobie du Conseil de l’Europe.. L’Economiste: Quel est votre sentiment après les multiples agressions contre des symboles religieux musulmans ces derniers mois en Alsace?- Abdellah Boussouf: Nous avons un devoir d’explication de l’islam et de la pratique religieuse, d’approfondir nos contacts avec la société, comme il faudra ouvrir nos lieux de culte et nous impliquer réellement dans la vie de la cité en assumant nos devoirs et en défendant nos droits.. Après une longue gestation, le culte musulman a eu ses représentants. Quel est votre regard sur le Conseil français du culte musulman? - Je me réjouis de l’existence d’une institution représentative du culte musulman, cependant, il faudra que les composantes de cette institution abandonnent l’esprit de clan et des sensibilités ethnico-politiques pour ne servir que l’intérêt général du culte musulman. Il est demandé à cette institution en premier lieu de se pencher sur la formation de nos cadres religieux et de nos gestionnaires de lieux de culte.. Une évolution insuffisante. Que pensez-vous du discours musulman en France?- Il y a une nette évolution mais il reste en deçà des attentes et des défis auxquels nous sommes confrontés; il faudra que la pensée religieuse soit claire sur la loyauté envers la République, il faudra définir les relations entre la religion et la politique, respecter les droits des femmes… L’islam a une grande capacité de compatibilité avec la laïcité: il faudra produire un discours adapté aux questions posées par le monde d’aujourd’hui.. Quel discours religieux aujourd’hui en France?- Je vois sur le marché une littérature du monde arabe qui date des années 70. Les musulmans de France et la société française méconnaissent l’évolution de la pensée musulmane et méconnaissent de nombreux intellectuels et penseurs musulmans. Ils ne savent pas par exemple qu’il y a quatre traductions du Coran au Maroc.. Avec votre regard d’historien, quel avenir aux musulmans d’Europe?- Je suis optimiste, mais il faut lutter pour avoir ces droits. Les musulmans d’Europe doivent accepter la séparation entre la religion et l’Etat, ils doivent réfléchir sur les problèmes que pose le statut de la femme dans les sociétés musulmanes. Ils doivent avoir une meilleure connaissance des autres religions à partir de leurs sources d’origine et pas uniquement à travers les textes musulmans. Il faudra également avoir une meilleure connaissance des sociétés dans lesquelles ils vivent. Une meilleure connaissance des enseignements de la religion dans sa pluralité est nécessaire. De travailler pour la prospérité de la société et ne pas être une cinquième colonne. Il ne faut pas produire des discours de haine contre l’Occident, les musulmans font partie aujourd’hui de cet occident; il faut abandonner l’antagonisme islam-Occident.. Il y a une forte demande de représentativité politique des Marocains résidant à l’étranger, la secrétaire d’Etat chargée du dossier vient de déclarer qu’elle présentera un projet de loi dans ce sens. Qu’en pensez-vous?- Je ne crois pas à l’efficacité d’une représentation politique si elle n’est pas accompagnée de projets clairs dans le cadre d’une politique gouvernementale cohérente. Ceux qui lancent de tels appels n’ont pas d’action sur le terrain; c’est une façon pour eux de conquérir une légitimité sur le dos des acteurs effectifs. C’est le retour de la vieille garde.


Que doit faire le pays d’origine?

«Les pays d’origine ont le devoir d’assurer un certain accompagnement, de défendre les droits de leurs ressortissants à l’étranger et de mettre à leur disposition les expériences de la gestion et de la formation religieuse, la question religieuse est primordiale en Europe”, explique Boussouf, qui ajoute: “Malheureusement, les pays d’origine n’ont pas une politique claire dans ce domaine”. A ses yeux, le Maroc a un héritage religieux à transmettre, en l’occurrence, l’esprit de l’école malékite qui s’est développé au contact avec l’Occident européen: “Il pourra être le moteur de la conciliation entre l’Occident et l’islam”. “Le malékisme est producteur de trois pôles de pensées très respectés en Europe, à savoir le juriste et philosophe Ibn Rochd, le soufi Ibn Arabi et l’historien, sociologue et juriste Ibn Khaldoun”, souligne l’intellectuel qui considère que “les éléments fondateurs de l’école malékite laissent une grande place à l’ijtihad et au respect de la diversité des opinions”. Le fondateur de cette école, l’imam Malik, ne s’est-il pas opposé à la proposition du khalife Haroun Arachid de rassembler les musulmans autour de son oeuvre juridique; c’est également lui qui a répondu à 6 questions et pour 34 a dit que “seul Dieu sait”, souligne Boussouf.Pour lui, il ne s’agit pas d’un appel à l’ingérence, “c’est un appel à l’aide”. La France a une politique culturelle envers les pays francophones, il y a un secrétariat d’Etat à la Francophonie, rappelle-t-il. “Les citoyens musulmans sont dans leur grande majorité des binationaux, ils gardent des attaches fortes avec leur pays d’origine, ceci doit se faire tout en respectant l’indépendance des acteurs”.Propos recueillis par Hakim EL GHISSASSI

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