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Economie

Farines subventionnées: A qui profite le système?

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5826 Le 19/08/2020 | Partager
Des volumes détournés du sud vers le nord du pays
L’énorme écart des prix attise l’appétit des fraudeurs
Urgence d’achever la réforme de la filière des céréales

Longtemps décrié, le régime réglementaire de la Farine nationale de blé tendre (FNBT) vient d'être reconduit. Les conditions d'achat de blé tendre destiné à la farine subventionnée viennent en effet d'être fixées par un arrêté conjoint des ministères de l'Intérieur, des Finances et de l'Agriculture.

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Le prix de revient d’un quintal de farine nationale de blé tendre, sorti de la minoterie, est de 325,40 DH dont il faut déduire le montant de la subvention qui est de 143 DH/quintal. En principe, le prix de vente au public majoré des frais d’approche est de 2 DH/kg pour la FNBT et 1 DH/kg pour la farine spéciale Sahara

Ces conditions n’ayant pas subi de changement. Surtout, en ce qui concerne les niveaux des prix de cession au grand public: 200 DH/quintal pour la FNBT et 100 DH pour la farine dite spéciale (destinée aux provinces du sud). Un différentiel donc de moitié. De quoi attiser les appétits des fraudeurs et autres trafiquants de la subvention.

Et c’est le cas. D’importants volumes de cette denrée, destinée a priori aux ménages défavorisés, ont été interceptés par les autorités compétentes. Le trafic qui portait également sur un lot de sucre subventionné, ciblait le marché des provinces du nord, Agadir et Marrakech notamment.

En clair, les dégâts collatéraux du système dépasserait l’écosystème constitué par l’industrie meunière. D’où les appels toujours réitérés des professionnels de réformer le système. Et pour cause! La suppression de la subvention «n’aura aucun effet sur les prix de la farine dite libre et encore moins sur le coût du pain de boulangerie», assurait, sur les colonnes de L’Economiste, le chef de file des minotiers et actuel patron des patrons, Chakib El Alj. (Voir L’Economiste, édition n°4508 du 20 avril 2017).

Ceci, pour la simple raison «qu’une part importante de la farine subventionnée  du blé tendre d’importation», est-il expliqué. Or, dans le système actuel, la subvention constitue un complément de prix de revient pour le minotier. Ce qui se traduit souvent par une guerre des prix pénalisant les unités les plus performantes.

A titre d’illustration, 20 moulins produisent 60% des écrasements, mais participent pour moins de 5% à la fabrication de la farine subventionnée. Autre constat qui plaide pour le parachèvement de la libéralisation est donné par l’activité des semouleries. Celle-ci a été libéralisée il y a deux décennies et les prix se sont stabilisés, voire baissés. Parallèlement, la production de la semoule est passée de 200.000 à 800.000 tonnes. Pour rappel, la profession avait obtenu toutes les assurances de l’actuel gouvernement pour que la réforme soit menée à terme avant fin 2017. Mais aucune avancée n’a été enregistrée jusqu’à présent.

Cette réforme devrait concerner l’activité de production et de distribution du blé tendre qui reste la seule encadrée. D’abord, un prix de référence fixé à l’occasion de chaque campagne, accompagné de droits d’importation dont les taux varient selon le niveau de la récolte. Ensuite, un prix de cession à la minoterie de 258,80 DH/quintal.

Toutefois, la différence entre le prix issu de l'appel d'offres et de cession à la minoterie peut faire l'objet, par l'Office national interprofessionnel des céréales et légumineuses, d'un prélèvement ou d'une restitution. Par ailleurs, l'arrêté conjoint fixe aussi les éléments de calcul du prix de revient de la farine subventionnée.

Ainsi, pour chaque quintal écrasé, les frais d'approche, pris en charge par l'Etat, seront de 2 DH. La marge du minotier correspondra à 16,5 DH. Cette quantité écrasée devra donner près de 80 kg de farine (taux d'extraction fixé à 80%). Le produit secondaire, le son, sera vendu à 115 DH/quintal.

Quant aux prix de vente de la FNBT, éléments des plus controversés, ils sont arrêtés à 182 DH/quintal au niveau de la minoterie, à 188 DH chez le grossiste pour arriver finalement chez le détaillant à 200 DH/quintal (2 DH le kg). Sur le marché, il n'est pas rare néanmoins que les prix pratiqués soient supérieurs aux prix fixés.

De surcroît, la FNBT, objet de spéculations quasi systématiques, reste introuvable dans plusieurs régions. Les minotiers, fréquemment mis en cause, réfutent et arguent que leur responsabilité s'achève dès que le produit est livré aux intermédiaires.
Mais au-delà de la question de prix, c'est l'existence même de la subvention qui est remise en cause.

                                                                       

Une réforme inachevée

L’examen du cadre juridique régissant la filière céréalière  consacre la liberté du  marché. Mais le blé tendre fait l’exception. L’Office national interprofessionnel des céréales et  légumineuses est l’établissement public chargé de l’organisation de la filière de blé tendre. La loi a institué la liberté du commerce des céréales et des légumineuses par toute personne physique ou morale.

Toutefois, avant le démarrage de leur activité, les opérateurs doivent faire une déclaration d’existence à l’Onicl. Dès lors, l’importation et l’exportation des céréales, des légumineuses et des produits qui en sont dérivés sont libres et s’effectuent conformément à la législation en vigueur relative au commerce extérieur.

Les minoteries industrielles et artisanales sont libres de s’approvisionner sur le marché. Cependant, la réglementation fixe le prix de référence de la production nationale de blé tendre, le prix du blé entrée minoterie, et les montants des subventions.

En outre, les dispositions relatives aux farines subventionnées (FNBT et FSBT) sont définies par la loi. La subvention est du ressort de l’administration qui décide de l’opportunité de son octroi et de son volume. En effet, les pouvoirs publics fixent pour chaque campagne les conditions d’achat, de vente et d’utilisation du blé tendre destiné à la fabrication de la farine subventionnée par l’Etat.

A.G.

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