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Dossier Spécial

Enseignement: Une nouvelle chance pour remettre l’école sur les rails?

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5814 Le 29/07/2020 | Partager
Mobilisation impressionnante durant la crise pandémique
Un passage quasi instantané au e-learning
Le système éducatif reste, cependant, miné par des tares profondes

 

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Même si ses déboires tout au long des trente dernières années ont fini par enterrer tout espoir d’un avenir meilleur, la réforme du système éducatif, tout le monde a envie d’y croire. La remobilisation des enseignants, parents, société civile et même des entreprises autour de l’école publique durant la crise pandémique vient le démontrer. Elle vient surtout prouver que le «miracle éducatif» pour lequel le Souverain s’est engagé depuis son accession au trône en juillet 1999 est bien possible, pourvu qu’il devienne une affaire de tous, et non d’un ministère ou d’un gouvernement.
A l’annonce de la fermeture des établissements scolaires le 13 mars dernier, le ministère de l’Education nationale et les académies régionales ont opéré un redéploiement logistique impressionnant. Dès le 16 mars, l’école a continué à distance. Les «progrès numériques» réalisés ces dernières années grâce au programme GENIE et à la plateforme TelmidTICE ont permis une transition rapide vers le e-learning. Petit à petit, les enseignants ont enregistré des cours et développé de nouveaux contenus. Les enseignements ont même été programmés à la télévision. Au total, 6.500 ressources numériques ont été mises à disposition des trois niveaux scolaires (primaire, collège et lycée). A la télévision, 5.330 séances ont été diffusées. Quelque 23.290 profs ont, par ailleurs, bénéficié de formations à distance. 
En termes de e-learning, l’école publique s’en est mieux sortie que les établissements privés, au point de pousser de nombreux parents, déçus des services du privé durant le confinement, à envisager d’y inscrire leurs enfants à la rentrée. Certains ont même proposé de participer à son budget afin d’en améliorer le rendement.  
Ce nouvel élan autour de l’enseignement public augure-t-il d’un renouveau? «Le fond du problème est malheureusement toujours là. Nous avons une loi-cadre qui tarde à se concrétiser, et qui est essentiellement basée sur une décision du Conseil supérieur de l’éducation. Les principaux intéressés, parents, enseignants et élèves, n’y ont pas été suffisamment associés. Je crains qu’elle ne connaisse le sort de la charte de l’éducation de 1999, et que nous soyons encore dans un processus de réforme de la réforme qui n’en finit pas», confie l’ancien ministre de l’Education nationale, en charge de l’Enseignement primaire et collégial, Moulay Ismaïl Alaoui (mars 1998-septembre 2000). L’adoption de la loi-cadre demandée par le Roi en 2015 a, en effet, pris des années. Et pour la décliner, pas moins de 79 décrets et 80 arrêtés sont nécessaires, sans compter l’amendement de six lois. «L’enseignement à distance, pour sa part, a montré ses limites. Combien de familles peuvent s’offrir un outil de réception des cours?» ajoute Alaoui. «Le e-learning ne peut fonctionner sans interactivité. Cela permet à l’enseignant de repérer les lacunes des apprenants et de les combler. Les dégâts d’un e-learning mal fait sont encore plus graves», souligne un expert des questions éducatives, ancien haut cadre de l’Education nationale. Justement, durant le confinement, tous les élèves n’ont pas eu droit à cette interactivité. La qualité de l’encadrement aussi n’a pas toujours été au rendez-vous.    
«Je ne crois pas que nous soyons face à une occasion de renouveau, car le système va de mal en pis», pense l’expert. Pour lui, les maux de l’école ne disparaîtront pas comme par magie. Ils résultent d’une multitude de mauvaises décisions qui ont entraîné le système dans une douloureuse descente aux enfers. «Comme pour les écoles privées. Au départ, elles jouaient le rôle d’un système de rattrapage offrant une deuxième chance aux élèves qui échouent dans le public. Avec la Charte, il est devenu question d’en faire des concurrentes du public permettant d’alléger le budget de l’Etat en prenant en charge 20% des effectifs. Or, l’éducation n’est pas un fardeau, mais un investissement dont le rendement est perceptible sur le long terme, sur l’ensemble de la société», illustre l’expert. Résultat des courses, une migration massive des classes moyennes et supérieures vers le privé, laissant derrière elles une école publique en faillite. L’expert avance, en outre, l’exemple de l’enseignement originel où l’on mettait au départ les élèves ne réussissant pas leur cycle primaire, pour les récupérer plus tard dans des licences en charia. «Leurs débouchés: imam ou muezzin touchant 1.500 à 3.000 DH par mois, ou rejoindre l’enseignement public pour dispenser des matières qu’ils ne maîtrisent pas, comme la philosophie ou l’histoire-géo», précise-t-il. D’ailleurs, le secteur a pendant longtemps recruté des licenciés sans expérience ou formation préalables, et même des étudiants universitaires en décrochage recevant une préparation express de deux ans (CPR). «Leur principale préoccupation était de s’assurer un salaire dans le public», déplore l’ancien responsable de l’Education nationale.
Les tares du système, installées depuis de nombreuses années, sont profondes. Néanmoins, durant la crise pandémique, une prise de conscience générale de l’urgence d’un enseignement public de qualité pour tous s’est opérée. Un énième retour en arrière après la crise serait lourd de conséquences.

3% des élèves ont un ordinateur et une connexion internet

En matière d’équipement des familles en outils informatiques, le déficit est criant, ce qui rend difficile l’enseignement à distance. La formation des enseignants en e-learning reste, également, insuffisante. L’enquête internationale PIRLS 2017, évaluant les compétences des élèves de 4e année du primaire en lecture et compréhension, avait révélé qu’uniquement 3% des écoliers marocains possédaient un ordinateur avec une connexion internet à la maison. 47% n’en disposaient pas, tandis que 50% avaient un accès «moyen» aux nouvelles technologies. La tutelle étudie actuellement la possibilité de réserver un budget pour équiper les élèves en tablettes.

 Ahlam NAZIH

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