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Dossier Spécial

Le patriotisme économique mais pas à n’importe quel prix

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5814 Le 29/07/2020 | Partager
L’émergence d’un label «Made in Morocco» passe par une politique d’accompagnement
Attention à la protection de produits non compétitifs
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Financé par Cosumar, un prototype de respirateur intelligent a été développé par la Fondation de R&D et d’innovation en sciences et ingénierie en partenariat avec l’hôpital d’application de l’Université Mohammed VI des sciences de la santé (Ph. FRDISI)​

UN discours récurrent a émergé dans beaucoup de pays au plus fort de la crise du Covid-19: Consommons national! Cette résurgence du patriotisme économique a des airs de déjà-vu. Le leitmotiv ressassé par certains gouvernements, relayés par des associations de défense des consommateurs a pour objectif d’encourager l’industrie nationale. Mais ces slogans peuvent servir de cache-misère aux activités en panne de compétitivité. «Le fait de consommer marocain devrait d’abord émaner d’une mentalité et d’une volonté politique. Lors de son mandat, au cours des années 90, Bill Clinton avait tenté de faire pression sur le Japon pour importer et consommer des voitures américaines. Le gouvernement japonais a répondu favorablement à cette requête, mais, dans les faits, le consommateur japonais n’a pas suivi, continuant de préférer le made in Japan», explique Taïeb Aisse, expert-comptable. La préférence nationale est en vogue dans d’autres régions du monde telles que la Corée du Sud, la Chine, ou encore l’Europe.
A l’inverse, au Maroc, le discours ambiant accorde un préjugé favorable aux produits importés au détriment de la production nationale. Au cours de la période de la crise sanitaire, le Maroc a fait preuve de créativité et d’autonomie en fabriquant ses propres masques, des respirateurs artificiels et autres dispositifs servant à éviter la propagation du coronavirus à un moment où tous les Etats se battaient sur le marché international pour s’approvisionner. Un groupe d’industriels et de médecins a même l’idée de fabriquer des caissons hyperbares 100% «Made in Morocco» pour le traitement des cas graves du coronavirus via l’oxygénation des tissus. Ce qui permet de prévenir les séquelles.
Le gouvernement espère capitaliser sur la gestion de la crise sanitaire qui a montré que, quand elles sont bien encadrées, les usines marocaines sont capables de fabriquer des produits qui peuvent s’exporter partout dans le monde. Pour ce faire, le département de l’Industrie et du Commerce planche actuellement sur l’élaboration d’une stratégie centrée sur le produit marocain. 
En attendant, l’agence conseil en com et stratégie Par 3, dirigée par les sœurs Outaghani, a lancé fin juin dernier une campagne de sensibilisation sous le mot d’ordre «Consommons 100% marocain». Une opération relayée par les médias et des posts sur les réseaux sociaux, la publicité digitale, l’affichage urbain. La campagne cible «consommateurs, transformateurs, distributeurs et acteurs institutionnels» à la fois. Outre des insertions dans les sites de la presse nationale, la campagne est déclinée à travers une vidéo. 

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Aslan, pickup 100% électrique, présenté lors de la COP22, a été entièrement conçu et assemblé au Maroc. Le véhicule du Centre de technologie et innovation Tamayuz supply chain SNTL se recharge en 7 heures.

«Par cette initiative citoyenne, nous avons décidé de soutenir les entreprises, en particulier les PME et les TPE, fortement impactées par la crise du coronavirus. Nous encourageons nos concitoyens à faire preuve de solidarité en privilégiant les produits 100% marocains, sans verser dans le protectionnisme», ,3explique Bouchra Outaghani, directrice générale de Par 3 et présidente de la Fédération du Commerce et des Services à la CGEM. 
Pour la présidente de la FCS, «les produits marocains ne sont pas tous logés à la même enseigne. Il y en a de très bonne qualité et d’autres de moins bonne qualité. Leurs fabricants ont seulement besoin d’être aidés sur le plan du positionnement, de l’emballage, de la distribution, du marketing pour monter en gamme. Certains fabricants ne pensent même pas à valoriser leurs produits».
Les clients sont les mieux placés à faire des arbitrages entre les produits fabriqués au Maroc et à sanctionner ceux qui sont de mauvaise qualité en les boycottant. «L’Etat pourrait également sanctionner ces produits en les écartant de ses programmes d’appui public. Ce qui les obligera à se mettre à niveau. Mais l’Etat doit accompagner les producteurs dans une logique de résultat pour éviter que l’accompagnement ne se transforme en rente», suggère Taïeb Aisse, expert-comptable. 

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Beaucoup de produits marocains sont pénalisés par les problèmes de distribution et d’accès au circuit commercial 

Il est très courant de voir certains clients se plaindre de la qualité de produits, jugés parfois en dessous de produits concurrents à l’import. L’un des moyens censés les pousser à s’aligner sur les standards internationaux serait de multiplier les normes obligatoires. Un référentiel qui servirait à rassurer un consommateur  de plus en plus exigeant. La normalisation aura également comme avantage de rendre le produit marocain compétitif par rapport à ceux importés sur le marché national, et par ricochet à l’international.

Des marques internationales à vendre

Actuellement, plusieurs firmes sont en difficulté financière. D’autres sont à vendre. «Dans le textile-habillement, par exemple, la franchise Naf Naf se cherche un repreneur. Pourquoi les investisseurs marocains ne reprendraient pas cette marque pour continuer à l’exploiter? L’Etat pourrait contribuer à cette opération via un financement public et l’assouplissement des conditions d’investissement à l’étranger», suggère Taïeb Aisse, consultant. Ce dernier s’interroge également pourquoi les investisseurs marocains n’achètent pas une minorité de blocage dans le capital de Renault dont le cours de l’action, autour de 24 euros, n’a jamais été aussi bas. Une opération qui permettrait au Maroc d’influer sur la stratégie du constructeur automobile.

 


Jadis, le «Made in Morocco»

L’apologie du «made à l’étranger» remonte aux années 70, période pendant laquelle les importations étaient soumises à autorisation. Les rares privilégiés propageaient l’idée que les produits importés étaient d’une qualité nettement supérieure.  Ce discours est toujours en vigueur de nos jours. Or, «dans les années 70, le Maroc fabriquait et exportait des téléviseurs, des motocycles, des réfrigérateurs, de nombreux produits de textile… Le gouvernement voulait aller plus loin en fabriquant une voiture made in Morocco. Pour approvisionner Somaca, il a construit Sonasid dans la région de Nador au milieu des années 70 dans le cadre d’une stratégie d’intégration automobile», ajoute Aisse. 
Le gouvernement, à travers l’Office de développement industriel (ODI), a également construit la cimenterie Cior, un géant censé approvisionner à la fois le Maroc et l’Algérie. Mais à la suite de divergence avec le Royaume sur le Sahara, le voisin de l’est s’est retiré. La cimenterie a finalement été privatisée en 1993. L’ODI a été à l’origine de la création de plusieurs unités industrielles telles que Cotef, Cellulose du Gharb… Pour financer les projets d’investissement, le gouvernement a également créé une banque spécialisée, la BNDE. Un écosystème dédié à l’industrialisation du Royaume et qui a fini par disparaître en raison de l’absence d’une volonté politique.
Hassan EL ARIF

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