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Economie

Fruits rouges: Les «vices» cachés de la filière

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5790 Le 25/06/2020 | Partager
Faible rémunération des petits producteurs
Conditions pénibles de travail et de transport des ouvriers
Dépendance de l’extérieur pour la totalité des plants

Les exportateurs de la fraise voient rouge. Le détonateur tient, bien évidemment, à la crise sans précédent du coronavirus déclarée dans la province de Kénitra. Près d’un millier d’ouvrières et ouvriers des stations de conditionnement y ont été testés positifs. Le chiffre est à la fois ahurissant et alarmant, vu les mesures édictées dans le cadre de l’état d’urgence.

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Aujourd’hui, la filière fruits rouges réalise un chiffre d’affaires voisin de  4 milliards de DH dont 3,3 milliards à l’export, soit plus des 2/3 des exportations d’agrumes (Ph. L'Economiste)

Néanmoins, la profession s’en défend. Le président de la Fédération marocaine des fruits rouges, Mohamed El Omari, ne mâche pas ses mots. Il condamne «l’intimidation des médias, la désinformation de l’opinion publique et le ciblage du secteur des fruits rouges». Ceci, au lieu et place «d’une solidarité… dans cette situation difficile». (Sic).

A ses yeux, les unités de traitement ont observé «toutes les mesures de sécurité sanitaire malgré le coût élevé supporté par les opérateurs». Néanmoins, le chef de file de la profession exprime ses regrets pour les cas enregistrés dans la région de Lalla Mimouna et qui sont tous porteurs asymptomatiques du virus.

Mais c’est justement à propos de ces cas qui se comptent par plusieurs centaines de personnes qu’il s’agit. Tout ce qui a été rapporté par les médias se rapporte à cette zone. Quoi qu’il en soit, l’affaire est désormais du ressort de la justice. Le parquet de Kénitra vient en effet d’ordonner l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Sauf que le risque de déstabilisation d’une filière hautement rentable n’est pas à écarter, en cette période de crise sanitaire généralisée au monde. A commencer par la fermeture de certains marchés d’exportation. D’où l’urgence d’assainir l’organisation de la filière au triple niveau de l’emploi dans les stations de conditionnement, des exploitations, de la relation avec les petits producteurs et de la garantie de la production des plants.

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Près d’un millier d’ouvrières et ouvriers des stations de conditionnement y ont été testés positifs. Le chiffre est à la fois ahurissant et alarmant, vu les mesures édictées dans le cadre de l’état d’urgence (Ph. Bziouat)

A titre d’exemple, la culture de la fraise, introduite au Maroc il y a un demi-siècle, dépend toujours des obtenteurs étrangers. Mais c’est connu au Maroc, la rentabilité immédiate fait souvent écran aux perspectives d’avenir. Et pour cause! Petits, mais rapportent gros. La filière des petits fruits rouges se révèle en effet hautement rentable. Tout particulièrement, la région du Loukkos qui concentre les 4/5e  de la production des fruits rouges affiche un dynamisme soutenu sur la dernière décennie.

Aujourd’hui, la filière réalise un chiffre d’affaires voisin de  4 milliards de DH dont 3,3 milliards à l’export, soit plus des 2/3 des exportations d’agrumes. De plus, ses marchés sont relativement diversifiés par rapport aux agrumes et primeurs. «Pas moins de 30 débouchés sont destinataires», selon la Direction régionale de l’agriculture  de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.

Ces marchés se répartissent entre l’Union européenne, les pays du Golfe, l’Australie et l’Amérique du Nord. Avec le périmètre du Loukkos, cette région détient tous les records. Elle  dispose de plusieurs atouts, notamment la ressource hydrique et la proximité des marchés européens.  

Au niveau de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, la filière des petits fruits rouges génère le quart des emplois agricoles. Par culture, le fraisier prédomine. C’est le premier fruit de la gamme qui a été introduit dans le périmètre  avec l’aménagement des secteurs irrigués de Drader, rive droite en 1978 et R’mel en 1980.

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Sur une décennie, la filière des fruits rouges a réalisé une grande percée au triple niveau des superficies, de la production et de l’export. Elle se distingue par la présence d’opérateurs rompus aux techniques culturales et aux conditions des marchés extérieurs

Avec les incitations du plan Maroc Vert, visant en particulier la diversification de la filière, les cultures des myrtilles et des framboises ont été introduites entre 2005 et 2008 dans le périmètre du Loukkos. Depuis, elles  sont en extension remarquable. La filière a en effet bénéficié d’importantes subventions aussi bien en ce qui concerne les exploitations (équipements en serres et irrigation) que les stations de conditionnement.

Au niveau national, la superficie totale des fruits rouges  a connu un accroissement remarquable en passant d’environ 3.035 ha en 2009-2010 à 8.400 ha en 2018-2019, soit un bond de 176%. La production suit la même dynamique. Elle a enregistré une forte hausse de 84% sur la même période. Lors de la dernière campagne, elle s’est établie à près de 200.000 tonnes.

A fin mai dernier, le volume exporté a atteint 20.363 tonnes de fraises fraîches et près de 60.000 tonnes du même fruit à l’état congelé. Pour ce qui est des framboises et myrtilles, les sorties ont porté respectivement sur 37.748 tonnes et  33.355 tonnes de myrtilles. (Source: Fédération des fruits rouges).

Grâce à la demande croissante des marchés européens, la superficie du fraisier s’établit actuellement  à 3.500 ha dont 79% sont localisées dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (Loukkos). Le nombre total des exploitations de ce fruit est de 593 unités dont la superficie varie  de 0,2 à 70 ha. Quant à la production des fraises, elle s’élève pour l’actuelle campagne à 140.000 tonnes, dont la moitié est destinée à l’exportation à l’état frais ou surgelé.

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En moins de dix ans, les exportations des petits fruits rouges ont pratiquement doublé. Si l’essentiel des volumes reste concentré sur l’Union européenne, une  grande diversification des marchés s’est aussi opérée sur les quatre continents

Par ailleurs, au cours de la campagne 2018-2019, la superficie globale de la framboise s’est élevée à 2.400 ha et assure une production estimée à 2.890 tonnes destinées essentiellement à l’exportation. Quant à la culture des myrtilles, elle a occupé une superficie de 2.300 ha et généré une production de près de 19.655 tonnes.

Les exportations des fruits rouges ont également connu la même tendance à la hausse, passant de 66.300 tonnes en 2010-2011 à 115.440 tonnes en 2018-2019. Au niveau des trois principales zones de production: le Gharb, le Loukkos et le Souss, le volume exporté des fruits rouges représente en moyenne 60 à 70% de la production des fraises, 90 à 95% des framboises et plus de 95% des myrtilles.

Comme souligné, les marchés d’exportation sont diversifiés, avec 41 pays destinataires  sur les cinq continents mais le débouché principal demeure l’Union européenne. Il concentre 90% des expéditions. Le reste est exporté sur l’Asie (5%), les pays du Golfe (1,5%) et l’Amérique du Nord (4,5%).  Pour les framboises, fruit hautement périssable, une demande croissante existe en dehors de l’UE mais la cherté du transport aérien est une contrainte pour de nombreux opérateurs.

Coûts de production à l’hectare du framboisier (en DH)

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  • Structure métallique (140.000 DH amortissable sur 5 ans): 28.000
  • Plastique blanc couverture + cordage: 22.000
  • Plants: 100.000
  • Main-d’œuvre: 180.000
  • Traitement phytosanitaire et engrais: 30.000
  • Irrigation (redevance eau et énergie): 8.000
  • Location du foncier: 13.000
  • Divers: 21.000
  • Rendement export entre 8 et 9 tonnes/ha.

 

A.G.

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