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Economie

Les IMME condamnées à un nouveau business model

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5743 Le 17/04/2020 | Partager
Effondrement de la demande, rupture de l’approvisionnement
7 entreprises sur 10 à l’arrêt
La R&D, l’innovation, conditions de survie et de développement
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Tarik Aitri, président de la Fédération des industries métallurgiques mécaniques et électromécaniques: «Certaines crises permettent parfois de créer des occasions qu’il faut saisir très rapidement» (Ph. TA)

Baisse de l’activité pour les uns, arrêt pour les autres… La Fédération des industries métallurgiques mécaniques et électromécaniques (FIMME) a réalisé une enquête auprès de ses adhérents sur l’ampleur des dégâts causés par les répercussions économiques du Covid-19. Pour son président «la transversalité de secteur qui, à la base, constitue un atout de taille, fait que l’on se retrouve, paradoxalement, dans une situation inconfortable dès lors que d’autres filières sont en crise». Il appelle néanmoins ses pairs à faire preuve de «patriotisme économique», en soutenant au maximum les unités locales, qu’elles soient industrielles, commerciales ou de services.

- L’Economiste: Comment se porte l’activité dans votre secteur?
- Tarik Aitri:
La crise liée au Covid-19 a des impacts majeurs sur notre secteur. Si elle devait perdurer, nous connaîtrions probablement une très forte récession. Presque toutes les entreprises en amont du secteur sont à l’arrêt. En aval, une grande partie subit également le même sort.
Le constat est simple. La conjonction de plusieurs facteurs explique cet état de fait, parmi lesquels figurent la baisse de la demande locale, l’absence ou la diminution substantielle de commandes provenant des clients internationaux et le manque ou l’absence d’offres, dû à une rupture ou une baisse de l’approvisionnement. Cette situation s’explique aussi par la suspension des importations, l’arrêt de l’export et l’absence de visibilité quant à une reprise normale de l’activité. La Fédération a effectué, via ses membres, une enquête interne, dont les conclusions ont malheureusement confirmé nos craintes. La situation est plutôt difficile puisqu’au 31 mars, 69% des entreprises sont totalement à l’arrêt, 26% sont en activité réduite (arrêt partiel) et 6% poursuivent leur activité.

- L’impact de l’épidémie sur la chaîne de valeurs se fait-il sentir?
- Oui, et il est immédiat pour une bonne partie des métallurgistes, notamment ceux dont les produits constituent des intrants pour d’autres industries. Je pense notamment aux tubistes ou aux tôliers, à titre d’exemple. A cela s’ajoute, le nombre d’impayés qui connaît une tendance haussière, du fait de l’arrêt ou de la réduction d’activité de certains clients. Pour d’autres industriels, les répercussions seront ressenties dans quelques semaines, voire quelques mois tout au plus. En effet, beaucoup de contrats s’exécutent sur le long terme. Des surcoûts substantiels de natures diverses, engendrés par la crise actuelle, pourraient grever fortement leur rentabilité: éventuelles pénalités de retard par les donneurs d’ordres, charges du transport des salariés doublées pour respecter les consignes de distanciation, matériel de protection, équipements de protection individuelle etc.

- Le redémarrage pourrait-il s’effectuer sans dégâts?
- Sans vouloir tomber dans le défaitisme, la réponse logique est bien évidemment non, ne serait-ce que parce que les dégâts, de nature variée, sont déjà palpables à ce stade pour beaucoup d’entreprises. Pour d’autres, ce n’est malheureusement qu’une question de temps!
La transversalité de notre secteur qui, à la base, constitue un atout de taille, fait que l’on se retrouve, paradoxalement, dans une situation inconfortable dès lors que d’autres filières sont en crise. Les IMME étant au cœur de plusieurs industries et le socle de leur développement, l’ampleur des dommages dépendra, certes, de la durée de la crise, mais également de la gravité des répercussions que subiront certaines branches d’activité et, par effet induit, les IMME également.

- Le modèle actuel est-il tenable, comment appréhender l’après-crise?
- Face aux inévitables mutations qui se profilent, nous devrons faire face à de nombreuses incertitudes et inconstances de la conjoncture locale et internationale, dictées par cette pandémie. Cette réalité exigera de nos entreprises, assurément, des adaptations profondes.
Dès lors, il me paraît absolument crucial non seulement de tenter de résister autant que possible et de faire preuve de résilience, mais aussi et surtout de préparer très rapidement l’après-crise. Mais comment ? Une des solutions possibles consisterait à être à l’écoute des besoins émergents et de savoir y répondre efficacement, pour être en phase avec notre microenvironnement. Cela nous imposera de nous renouveler pour tenter de déployer un modèle de croissance durable et, de fait, un gage de pérennité pour nos entreprises.
De toute évidence, un nouveau «business model» industriel planétaire pourrait voir le jour. Il est par conséquent essentiel, pour nos entreprises, de s’intégrer dans cette nouvelle configuration. Cela pourrait passer par une réorientation stratégique profonde, voire une reconversion de leurs activités. Parmi les solutions envisagées qui pourraient être mises en place dans le schéma décrit, j’encourage les chefs d’entreprises du secteur, qui le peuvent, à œuvrer pour tenter de capter, sans attendre, de nouvelles parts de marché en Europe et aux USA par exemple, où dans d’autres pays qui sont également en train de chercher des alternatives à la Chine, entre autres. Certaines crises permettent parfois de créer des occasions qu’il faut saisir très rapidement.

- Que proposez-vous?
- J’invite nos opérateurs à faire preuve de ce que j’appellerais «patriotisme économique», en soutenant au maximum nos unités locales, qu’elles soient industrielles, commerciales ou de services, dans un esprit collectif et solidaire. Parallèlement, nous avons toujours prôné, au sein de notre fédération, la R&D et, plus généralement, l’innovation, car nous considérons que c’est une condition indispensable de survie et de développement de notre industrie, et un moyen efficace pour s’adapter et résister en temps de crise précisément. Dans cette perspective, nous avons toujours insisté auprès de nos opérateurs pour ériger ce concept en axe stratégique de développement et l’inscrire comme un enjeu permanent.

69% des emplois en danger

Les chiffres sont alarmants. Seules 6% des entreprises du secteur poursuivent leur activité usuelle. Le reste des entreprises ont dû prendre des mesures drastiques, dont la suppression d’emplois. À fin mars, et toujours selon les conclusions de l’enquête menée en interne, 7% des emplois sont perdus, 26% sont au chômage technique et 69% sont en danger. Ces estimations ne prennent pas en considération les intérimaires qui ont été sollicités dans le cadre de projets occasionnels d’envergure. Ils ont été remerciés quand ces projets ont dû avorter, en raison de la crise.

Propos recueillis par Khadija MASMOUDI

 

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