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    Gaming: «Je veux créer des jeux comme on écrit des livres»

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5685 Le 28/01/2020 | Partager
    Yassine Arif, l’un des rares game designers au Maroc
    Spécialiste des Serious et Edu Games, il prépare son 1er jeu grand public
    Pour son projet, il lève des fonds sur une plateforme de crowdfunding
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    En dix ans de carrière, Yassine Arif a cumulé suffisamment d’expérience pour aborder son grand rêve: Lancer son propre jeu sur PC. En 2019, il s’est fait remarquer par l’ambassade des Etats-Unis au Maroc, qui lui a offert une place dans le programme américain phare de visiteurs internationaux, IVLP (International Visitor Leadership Program), avec des visites l’été dernier dans plusieurs Etats américains (Ph.YA)

    Avec ses traits asiatiques, sa chevelure noire parfaite et son air mystérieux, Yassine Arif ne passe pas inaperçu. Dans le monde des jeux vidéo et des tech startups, il a tout pour plaire. Au-delà de son look atypique, du talent à revendre, du flair et beaucoup de passion.

    Ce game designer, l’un des rares au Maroc, a depuis tout petit choisi son métier. Ceci lui a valu bien des railleries de ses camarades, ne comprenant pas la signification du game design. Mais peu lui importait ces moqueries. Il s’est accroché à son rêve jusqu’au bout.

    Son bac en poche, Yassine opte pour un diplôme en audiovisuel, la spécialité la plus proche du job de ses rêves. Car au Maroc, il n’existe pas de diplôme dédié. Par chance, Ubisoft, l’un des plus grands développeurs, éditeurs et distributeurs de jeux vidéo dans le monde, ouvre en 2008 une formation d’animateurs, modélisateurs et concepteurs de jeux vidéo au Maroc. Yassine décroche sa place parmi la soixantaine de jeunes retenus pour un cursus intensif de 12 mois. Au bout du programme, il intègre Ubisoft en tant que concepteur de jeux vidéo, et travaille sur de grands projets.

    Afin de partager ses connaissances et former une communauté autour du secteur, avec un partenaire, il fonde en 2012 la Moroccan game developers association, qu’il préside. A travers cette association, des workshops, meetings et voyages à l’étranger sont organisés.

    En 2016, la première conférence sur le développement des jeux vidéo au Maghreb est initiée, avec 25 speakers internationaux, dont une célébrité française, Michel Ancel. Une année plus tard, l’association s’essaie aux e-sports, en tenant l’Africa game show, avec la participation de 14 pays.  

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    Nutopia, dont la démo est en cours de finalisation, s’adresse à un public international, de 12 ans et plus. Il propose aux gamers de construire leur ville, avec tous les défis que cela suppose (terrorisme, manifestations, environnement…). Altplay Studio se donne un à deux ans, en fonction des fonds levés, pour lancer officiellement son jeu (Ph. Altplay Studio)

    Durant cette période, le moment était venu pour Yassine de monter sa startup. En 2015, il démissionne de Ubisoft et cofonde The wall games. Quelques projets plus tard, il quitte l’aventure pour lancer, avec sa femme (directrice artistique) et un associé, Altplay Studio, en 2018.

    Une startup à l’esprit «californien», où les collaborateurs sont libres de leur temps, pourvu qu’ils atteignent les objectifs fixés. Son rêve, créer des jeux, mais pas que pour le fun. «Je veux réaliser des jeux comme on écrit des livres. Des jeux qui ont du sens derrière, autrement, je ne serai pas satisfait», confie le jeune game designer.

    A Altplay, Yassine Arif développe des serious games pour entreprises, dont Attijariwafa bank, OCP Group ou encore CIH. Il a également conçu un jeu éducatif apprenant les soft skills aux enfants et adolescents pour une ONG américaine, ainsi qu’un jeu familiarisant les immigrés subsahariens avec les lois marocaines pour le compte de l’association Gorara. Les bénéfices qu’il réalise sont réinvestis dans son futur grand challenge, son premier jeu sur PC, baptisé Nutopia.

    «Le principe est de construire des villes futuristes, en s’inspirants des réalités de notre monde. Des enjeux comme l’environnement, le terrorisme, le respect des libertés, les cyber-attaques…, y sont intégrés. Les joueurs devront opérer des choix et en assumer les conséquences sur leur ville. Cela les pousse à développer un sens critique par rapport à leur propre contexte», explique Yassine. En octobre dernier, il a présenté Nutopia, dont la démonstration est en finalisation, à la Paris Games Week, le 3e plus important salon de jeux vidéo au monde. Une première pour une startup marocaine.

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    Quête de sens

    Des idées, Yassine en a plein la tête. «Dans les jeux de guerre, vous êtes toujours un soldat qui mène des combats. Pourquoi pas des games où l’on se met dans la peau d’une victime? Les créateurs ne prennent malheureusement pas au sérieux leur part de responsabilité dans la banalisation des comportements violents, ainsi que dans la diffusion de stéréotypes.

    Dans beaucoup de cas, par exemple, les Arabes sont les méchants. Il faut des antithèses», estime le jeune créateur. C’est dans cet esprit «engagé» que Yassine Arif avait accepté, il y a quelques années, de développer un Edu Game pour le compte de l’Education nationale.

    L’idée était de se baser sur un fait historique, en l’occurrence, la bataille de Oued Al Makhazen, ou bataille des trois rois, où le Maroc, en remportant sa confrontation avec le Portugal, avait bouleversé la géopolitique régionale, voire internationale. Le projet a, toutefois, subitement pris fin, après le départ du ministre de l’époque, Rachid Benmokhtar.

    Yassine rêve grand. Il ambitionne de faire partie du top 10 mondial de son secteur. «A notre époque, tout est possible. Vous pouvez réussir peu importe l’endroit où vous vous trouvez. Il suffit d’y mettre un peu d’intelligence et de s’associer aux bons partenaires», pense Yassine.

    En attendant, il continue de consolider son positionnement et de construire une communauté autour de sa startup. A partir du deuxième trimestre 2020, il prévoit de lever des fonds sur la plateforme de crowdfunding Kickstarter.

    Concepteur de jeux: D’abord un intello

    N’est pas créateur de jeux qui veut. Concevoir des video games est un acte intellectuel par excellence. «Il est important de lire des livres, de s’intéresser à des domaines divers, comme la psychologie, l’anthropologie, la sociologie, la politique… Car il s’agit de créer des univers. Et plus vous comprenez la complexité dans laquelle nous vivons, plus vos idées sont pertinentes», insiste Yassine Arif. Il s’agit donc de s’alimenter l’esprit en permanence, et de faire preuve de curiosité. Faut-il pour autant être un geek? Pas vraiment. «Cela aide, mais ce n’est pas indispensable», pense le jeune producteur de jeux, puisque les concepteurs peuvent s’appuyer sur des développeurs qui, eux, sont experts en informatique.

    Ahlam NAZH

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