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Réussite scolaire: Quel est le secret des Asiatiques?

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5675 Le 14/01/2020 | Partager
La plus forte part de bacheliers et moins d’échecs et d’abandons scolaires
Ils devancent de loin les Français d’origine, Maghrébins, Subsahariens et Turcs
Les conclusions d’une étude française sur une cohorte de près de 30.000 élèves

A quoi tient la réussite scolaire? L’étude parue dans l’édition de décembre de la revue Education & Formations du ministère de l’Education français permet d’apporter des éclairages à cette question.

Réalisée par une sociologue relevant du CNAM (Conservatoire national des arts et métiers), Yaël Brinbaum, l’étude s’est intéressée au parcours scolaire d’une cohorte de près de 30.000 élèves, depuis son entrée en 6e en 2007 jusqu’en 2016, en tenant compte de l’origine migratoire (pour ne pas dire ethnique) et du genre. L’analyse appréhende les élèves de seconde génération, né en France de parents immigrés nés à l’étranger, portugais, maghrébins, asiatiques, turcs et d’Afrique subsaharienne, comparés à leurs camarades d’origine française. 

Deux grands faits marquants se dégagent de cette enquête: la sur-réussite des élèves asiatiques et des filles. Deux tendances qui se confirment déjà dans d’autres pays, mais aussi dans les enquêtes internationales évaluant les acquis des élèves, comme TIMSS, PIRLS et PISA, où les Asiatiques (Singapour, Chine, Corée, Japon…) et les filles se distinguent. Faut-il pour autant en déduire la supériorité de la matière grise de ces deux catégories? Evidemment non.

La réussite à l’école n’est pas une question de sur-intelligence ou d’héritage génétique. Plusieurs facteurs, notamment d’ordre social, culturel et de contexte scolaire, permettent d’expliquer la surperformance de certains élèves par rapport à d’autres. Et c’est, justement, ce que confirme la présente étude.

Globalement, 76,1% des élèves de la cohorte ont obtenu un baccalauréat en 2016. Toutefois, la performance varie en fonction des origines et du genre. Les Asiatiques sont ainsi premiers avec un taux de réussite au bac de 89% dépassant de 9 points les Français d’origine, et un petit écart entre garçons et filles (voir illustration).

Les Portugais arrivent troisième (78%), suivis des Subsahariens (73%), des Maghrébins (71%) et des Turcs (69%). Quelle que soit l’origine, les filles devancent leurs camarades masculins, parfois de loin (cas des Subsahariens et Maghrébins).

Idem pour le milieu social, qu’elles soient filles d’ouvrier ou de chef d’entreprise, elles restent plus nombreuses à décrocher le diplôme. Leur taux de réussite est pratiquement au même niveau que celui des Françaises d’origine, mis à part les Turques (-10 points, à 75%). Les filles d’immigrés asiatiques sont les championnes, avec une proportion de 92% de bachelières.

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Qu’elles aient des parents ouvriers ou chefs d’entreprises, les filles sont toujours plus nombreuses à obtenir le baccalauréat. Ceci va se confirmer pour toutes les origines migratoires. Les Asiatiques sont les championnes toutes catégories confondues

Inégalités socioéconomiques

L’analyse des chiffres montre la corrélation positive entre le taux d’obtention du bac et l’origine sociale. Autrement dit, plus le ménage est aisé, plus le taux de réussite augmente. «Les inégalités d’origine masquent de fortes inégalités sociales d’éducation», souligne l’auteure de l’enquête.

Dans le cas des enfants de cadres ou de chefs d’entreprises, le pourcentage de bacheliers dépasse les 90%, et la différence entre filles et garçons se réduit sensiblement. La part de bacheliers parmi les enfants de cadres supérieurs et d’enseignants est de 96%, contre 64% pour ceux d’ouvriers et employés, soit une différence de 32 points. Chez les garçons l’écart entre élèves issus de catégories favorisées et défavorisées est de 43 points. L’origine sociale est ainsi déterminante.

D’ailleurs, les enfants des immigrés sont plus souvent issus de milieux à faible revenu, contrairement à leurs homologues d’origine française, ce qui explique leurs résultats. Ils ne sont que 18 à 20% (9% pour les Turcs) à appartenir à des familles aisées, contre 54% des élèves d’origine française.

Sans suffisamment de moyens, ils ont donc moins accès à des livres ou bibliothèques à leur domicile, à des activités culturelles et d’épanouissement, à la technologie… La langue parlée à la maison, différente de la langue d’enseignement qui est le français, peut aussi représenter une difficulté supplémentaire. Le niveau intellectuel des parents peut également être déterminant. Ceux des élèves de seconde génération d’immigrés possèdent moins de diplômes que les parents d’élèves français.

En raison de facteurs défavorables à la réussite scolaire, les enfants d’immigrés cumulent donc très tôt les difficultés, et les traînent tout au long de leur parcours à l’école. Dès le primaire, ils sont plus nombreux à redoubler (un tiers des enfants turcs, par exemple), et ils ont plus de chances de sortir du système sans diplôme. En 6e, leurs résultats sont moins bons que les Français. Pareil pour les notes du brevet. Néanmoins, à milieux social et familial comparables, l’écart entre les deux disparaît, et tend même à s’inverser.

Pas une histoire de gènes!

Mais pourquoi donc les élèves asiatiques et les filles arrivent-ils à mieux s’en sortir en dépit des contraintes socioéconomiques auxquelles ils font face? Concernant les filles, le phénomène est très visible au Maroc aussi. Chaque année, elles sont plus nombreuses que les garçons à décrocher le baccalauréat. Ce sont aussi elles qui obtiennent les meilleures notes.

Dans le supérieur, elles sont désormais majoritaires dans plusieurs disciplines. En médecine, par exemple, elles représentent plus de 60% des inscrits. «Au primaire, elles sont plus nombreuses à abandonner leur scolarité, surtout en milieu rural, car promises à un proche, mariées trop tôt ou obligées de garder leurs frères et sœurs quand leurs mères travaillent. Cependant, dès qu’elles dépassent la 4e année, elles s’accrochent», relève un expert des questions éducatives.

«Restant plus à la maison, elles exploitent leur temps pour réviser, contrairement aux garçons qui souvent pratiquent plus de loisirs qui n’ont aucun rapport avec la culture. Leur crainte est de se voir prisonnières d’un cadre qui les limite aux travaux ménagers à la maison si elles ne réussissent pas. Elles voient en l’école leur moyen d’émancipation», explique-t-il.

Les filles issues de l’immigration en France sont aussi motivées par leur volonté d’émancipation et de réalisation de soi, en réponse à des cultures qui, souvent, les relèguent au second plan. Sans compter que les filles se montrent, de manière générale, plus appliquées et plus engagées.

«Les élèves asiatiques ne possèdent pas des gènes supérieurs! Leur réussite est d’abord liée à leur culture prônant l’effort, la discipline et l’engagement», souligne notre expert. Par ailleurs, dans ces pays de culture confucéenne, le cumul de connaissances et de savoirs est très valorisé.

Pour les parents asiatiques, la réussite scolaire est cruciale. En Corée, par exemple, la valeur travail est sacrée. Les élèves sont poussés à bout de leurs capacités pour maximiser leur performance à l’école. Cet esprit est, naturellement, retranscrit dans les pays d’immigration.

«Ségrégation scolaire»

Les établissements d’éducation prioritaire participent à la «ségrégation scolaire», selon l’enquête. Environ la moitié des immigrés du Maghreb et de Turquie et 61% des Subsahariens y sont passés. Or la scolarisation dans ce type d’écoles, «loin de corriger les inégalités sociales, diminue le niveau scolaire. Elle augmente également les orientations dans les filières professionnelles, la sortie sans diplôme et réduit les chances d’obtenir un baccalauréat», explique l’auteure du document, Yaël Brinbaum. En gros, elle amplifie l’effet des inégalités sociales. «Les moins bonnes conditions d’enseignement, l’envoi d’enseignants moins expérimentés et le niveau plus faible ne permettent pas d’améliorer les résultats, sans compter les effets de la stigmatisation de ces établissements», poursuit Brinbaum.

                                                                         

Plus de bacs professionnels et technologiques

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Même si les filles immigrées parviennent autant que celles d’origine française à obtenir le bac, le plus souvent elles décrochent le diplôme dans des filières moins valorisées, avec davantage de bacs professionnels et technologiques. Seulement 29 à 36% d’entre elles, selon les origines, arrivent à empocher un bac général, contre 51% des Françaises.

Seules les Asiatiques sortent du lot, et dépassent même les Française, d’origine, avec une part de bac général de 63%. Les garçons asiatiques aussi se distinguent, avec 52% de bacs généraux, contre 38% pour les Français, et 13 à 25% pour les autres origines. En termes de série, les Asiatiques sont les plus nombreux à posséder un bac scientifique (36% des filles et 42% des garçons), contre 7 à 9% pour les Subsahariens et Turcs, 16 à 17% pour les Maghrébins et un quart des Français.

De manière générale, les filles sont plus représentées dans les baccalauréats ES (économique et social) et L (littéraire). «Ces résultats sont la conséquence d’inégalités et d’orientations différentielles au fil de la carrière scolaire», relève l’enquête. Les descendants d’immigrés, à l’exception des Asiatiques, sont ainsi moins orientés vers les filières du baccalauréat général et technologique (GT), et plus souvent vers celles professionnelles.

Et encore une fois, à caractéristiques sociodémographiques comparables, l’accès aux spécialités GT augmente pour tous les groupes. Les filles sont plus susceptibles d’être orientées vers ces filières. L’enquête relève des «préjugés favorables aux filles issues de l’immigration».

Ahlam NAZIH  

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