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    Justice

    Affaire Imlil: Haute surveillance à la cité des corsaires…

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5582 Le 30/08/2019 | Partager
    Face au dispositif sécuritaire du tribunal antiterroriste
    Contrôle d’identité et interdiction d’appareils électroniques
    Un aménagement qui rappelle le Maxi-procès de la mafia
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    Le pic de 2003 est lié aux attentats du 16 mai survenus à Casablanca. Après «l’accalmie», le nombre d’affaires de terrorisme remonte en 2007. Année où la métropole économique va connaitre une seconde attaque kamikaze, le 10 avril au quartier Farah. Cinq morts y sont recensés dont les terroristes et un officier de police. Le nombre de dossiers remonte dès 2010. L’attentat à la bombe au café Argana à Marrakech a coûté la vie à 18 personnes. L’on relève une moyenne annuelle de 294 dossiers de terrorisme traités par la justice. Ce qui représente 2% des crimes et délits d’atteinte à la sécurité et l’ordre public: 16.303 affaires entre 2003 et 2011

    Salé, la cité des corsaires, abrite la juridiction antiterroriste depuis au moins une décennie. Cette instance rattachée à la Cour d’appel de Rabat a une compétence nationale dans ce genre d’affaires criminelles. L’Economiste a fait le tour du palais de justice à l’architecture mauresque.

    Le bâtiment bien entretenu se situe dans le quartier Salam. Traduisez «la paix». Toute une symbolique qui englobe aussi l’affaire des présumés assassins de deux touristes scandinaves. Ils vont en effet comparaître pour la seconde fois devant leurs juges mercredi 11 septembre. Une date qui coïncide avec les attentats ayant fait 2.977 morts il y a près de 20 ans aux Etats-Unis.

    De Salé à Palerme

    Juste derrière le tribunal antiterroriste se trouve un autre édifice aux murs d’un gris maussade. Les sentinelles qui le coiffent laissent deviner qu’il s’agit de la prison de Salé. Y sont internées les personnes accusées ou condamnées pour terrorisme. La proximité des deux immeubles atténue les risques sécuritaires. La mobilisation des troupes et d’une logistique sont ainsi moins conséquentes. Mais la zone reste hautement surveillée.

    Pas un pas sans qu’il n’y ait un agent de police, de l’administration pénitentiaire… Ce dispositif et la nature de l’aménagement spatial rappellent un peu les mesures du Maxi-procès de Palerme. Une prison avec des couloirs reliés directement au tribunal. Elle a été édifiée en six mois pour juger, entre février 1986 et fin 1987, plus de 400 membres de la Cosa Nostra. Et surtout le parrain des parrains de la mafia sicilienne,Toto Riina, qui sera jugé par contumace dans le Maxi-procès(1).         

    L’Economiste poursuit sa tournée. Des justiciables se protègent de la chaleur sous les murs avoisinants au tribunal de Salé. Des visages inquiets et des regards perdus. Ce panorama rappelle aussi que la lutte antiterroriste est aussi sérieuse que la guerre contre le crime organisé en Italie.  
    Contrôle d’identité à l’entrée y compris pour les journalistes. La police est particulièrement allergique aux appareils électroniques: «Avez-vous une caméra?», nous demande l’un de ses agents.

    L’affaire Imlil qui est programmée pour midi en ce mercredi 28 août laisse planer une tension sourde. Deux éléments ont retenu l’attention de l’ex-président de l’Association des journalistes judiciaires dans ce dossier pénal.

    «D’abord, les aveux spontanés des trois principaux accusés devant le tribunal. Ensuite, la justice n’a pas cherché à déterminer le rôle de Dar Al Qoran, école coranique basée à Marrakech», relève Abdellah Cherkaoui également auteur de plusieurs ouvrages notamment sur le détournement de deniers publics.

    Notre confrère est présent à nos côtés dans le hall du tribunal. Passage obligé par le portique de sécurité avant de mettre les pieds dans la salle d’audience. Puis de jeunes officiers en civil demandent courtoisement les cartes d’identité et de presse. Ils les prennent à deux reprises en photos et notent les numéros des documents et les noms de leurs détenteurs dans un registre.

    Les téléphones portables sont consignés à l’instar des sacs et cartables. Ils sont mis sous scellé dans des enveloppes A4 en plastique de couleur rouge. Un numéro est remis à chaque reporter, le nôtre est le 27. Un écriteau placardé dans le hall indique que «les téléphones, caméras et appareils photo sont strictement interdits».

    A l’intérieur, six caméras de surveillance nichées dans les recoins de la salle d’audience scrutent le moindre mouvement. «Les deux tiers de l’assistance sont constitués de corps sécuritaires (incognito évidemment)», souffle une source judiciaire. Ce sont les yeux et les oreilles des Renseignements généraux, de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ)…

    Un officier de police nous signifie qu’il est «strictement interdit de s’adresser aux avocats». Ce sont «les directives» zélées, il faut le dire. Notre interlocuteur se montre aimable et compréhensif en nous assurant une entrevue avec Me Khalid Fataoui à la fin de l’audience. Engagement tenu d’ailleurs avec nos confrères de la MAP notamment.

    Pour sa part, L’Economiste avait auparavant approché l’avocat avant son entrée à la salle d’audience. Me Fataoui représente les ayants droit de la victime danoise. Il s’est expliqué sur sa demande de dédommagement réclamé à l’Etat marocain. Tout un débat sur la témérité de la justice administrative comparée à celle pénale.

    F.F.

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    (1) Documentaire de Mosco Levi Boucault  «Corleone, le parrain des parrains» et l’ouvrage de Pino Arlacchi, «Buscetta: La mafia par l’un des siens», Edition du Félin, 1996

     

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