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    Economie

    Recherche scientifique et innovation: Le monde arabe totalement déconnecté

    Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5569 Le 05/08/2019 | Partager
    «Un tableau général déficient», selon l'institut royal des études stratégiques
    L'enseignement supérieur en déphasage avec le monde du travail
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    Certains pays sont «relativement fermés» à la collaboration étrangère, comme l’Egypte, le Maroc, la Tunisie et l’Algérie, dont le corpus local (publication scientifique) dépasse les 53%. Le corpus en collaboration arabe est à peine supérieur ou égal à 8%, sauf pour l’Egypte qui fait 22% de son corpus en collaboration arabe, essentiellement avec l’Arabie Saoudite

    Le monde arabe a encore du mal à se forger une place «décente» dans la recherche scientifique et l'innovation. En 2018, les pays arabes étaient en grande partie en deçà de la moyenne mondiale comme le relève l'Institut royal des études stratégiques (IRES) qui vient de réaliser une étude sur «La recherche scientifique et l'innovation dans le monde arabe».

    Le diagnostic est ainsi loin d'être réjouissant. L'IRES parle même «d'un tableau général déficient». Les dépenses internes en recherche et développement tournent autour de 0,55% du PIB. Un niveau bien inférieur à la moyenne mondiale, 2,31% du PIB. «Même si l’on exclut des domaines privilégiés, comme la recherche nucléaire, celle liée à la défense et à la sécurité, la contribution du monde arabe à l’effort global consacré à la recherche est négligeable», souligne l'institut.

    Une petite dose d'optimisme est permise avec la stratégie 2018-2030 de la Ligue des Etats Arabes mais à condition de lever le hiatus entre les intentions et l'application. En tout cas, les neuf objectifs fixés par cette stratégie «ne sont ni ambitieux, ni priorisés, ni leurs impacts attendus mesurés».

    En attendant, les systèmes de la recherche et de l’innovation nationaux restent les acteurs actifs sans que leurs pratiques n’obéissent à un référentiel commun orientant l’action des intervenants. Les parties concernées travaillent de manière isolée et ont du mal à instaurer un minimum de coopération.

    «Les actions de recherche ne sont pas systématiquement fondées sur des besoins convenablement identifiés et/ou ne découlent pas de la volonté du pays», souligne l'étude. Les auteurs ajoutent «qu’il arrive fréquemment, que les actions menées dans ce domaine soient initiées ailleurs que dans le pays où elles sont exécutées et, pouvant même, ne pas découler de sa propre volonté».

    Autre faiblesse identifiée, celle de la qualité du système éducatif et de son rapport ponctuel et précaire avec le reste de la société. Contrairement aux autres pays du monde, la situation de la recherche scientifique, de la science et de la technologie dans les pays arabes ne relie pas l’enseignement supérieur au monde du travail et de l’innovation. Ainsi, la recherche n'est pas systématiquement un critère d’évolution de carrière.

    De son côté, le secteur privé accorde des financements très faibles à la recherche dans les universités. Le plus souvent, il se limite à attribuer des bourses d’études et parfois des bourses de recherches pour doctorants.

    «L’activité industrielle n’est même pas demandeuse de recherche et pérennise, ainsi-faisant, son faible niveau technologique. Ses équipements sont importés clef en main en quasi-totalité, ce qui réduit l’interaction entre le secteur productif et les établissements universitaires et entre les entreprises elles-mêmes», souligne l'IRES.

    La quasi-totalité des industries (en dehors des transformations) ne font que de l'assemblage et ne s'ouvre pas à la recherche. Un constat qui renvoie au «cœur du problème» du retard de la recherche scientifique et de l’innovation arabe.

                                                                                                

    «Un tableau général déficient», selon l'institut royal des études stratégiques

    La vision arabe collective sur la recherche scientifique et l’innovation devrait tenir compte des intérêts collectifs et de ceux de chacun des pays. Elle ne devrait pas se baser uniquement sur les logiques du financement. Un minimum d'équilibre et de cohérence entre les deux niveaux est jugé nécessaire.

    «Cette mission incombe à la Ligue Arabe et ses institutions (notamment l'Organisation arabe pour l'éducation, la culture et les sciences), qui doivent l’assumer avec le maximum de concertation», soulignent les auteurs de l'étude. Ils parlent de «la création d'un système de recherche et d'innovation de classe mondiale». Cela nécessite une forte volonté arabe autour d’objectifs ambitieux, un engagement public-privé fort et un investissement important en recherche fondamentale y compris en sciences humaines et sociales. 

    L'étude propose notamment d’organiser la croissance économique arabe selon une logique de chaînes de valeur régionales à intégrer dans les chaînes de valeurs mondiales ( par exemple autour de filières des hydrocarbures, des phosphates, de l’agriculture, des énergies renouvelables, des NTIC, de l’automobile et du BTP). Ce qui permettra d'assurer le développement industriel et technologique et la recherche scientifique et l’innovation qui va avec.

    L'Institut royal de recherche stratégique recommande aussi de renforcer les dépenses des entreprises en R&D par un meilleur ciblage des incitations publiques et d'orienter en priorité l’investissement arabe vers les métiers mondiaux de pointe de la révolution 4.0, telle que l’intelligence artificielle. Et ce, pour un meilleur ancrage mondial de la recherche scientifique et l’innovation arabe.

    Pour se doter des compétences et des connaissances pertinentes à l’horizon 2030, les systèmes d’éducation arabes doivent être de calibre mondial. Pour cela, il faut notamment rehausser le niveau de l’école arabe pour mieux préparer les élèves à l’accès aux filières des sciences, technologie, ingénierie et mathématiques. De même, renforcer la formation initiale et continue des enseignants et les motiver fortement. 

    L'étude estime aussi qu'il est nécessaire de «résoudre la problématique de la mission de l’université arabe pour la  rendre emprunte d’une culture de libéralisme éthique et politique, qui se traduit par l’homme/individu comme moteur et objectif et par la diversité mobilité-flexibilité comme normes de marche».  La mise en réseau du monde universitaire est recommandée ainsi que la mutualisation des activités des cités scientifiques arabes pour en faire des hubs régionaux d’excellence.

    Khadija MASMOUDI

     

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