×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Union pour la Méditerranée: Pourquoi l’Accord d’Agadir n’a pas tenu toutes ses promesses

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5569 Le 05/08/2019 | Partager
    nasser-kamel-069.jpg

    Diplômé en science politique, en économie et en diplomatie, Nasser Kamel a eu une longue carrière d’ambssadeur au Royaume-Uni, en France, en Tunisie, aux Etats-Unis... Il est actuellement le SG de l’Union pour la Méditerranée (UpM) (Ph. UPM)

    Nasser Kamel est secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée (UpM) depuis juin 2018. L’Economiste l’a récemment rencontré au UpM Business Forum tenu au Caire. Le diplomate égyptien et francophone a succédé au Marocain Fathallah Sijilmassi. Nasser Kamel est depuis un an le chef d’orchestre d’une institution intergouvernementale composée de 43 États membres, dont ceux de l’Union européenne. Son rôle est de «promouvoir le dialogue et la coopération». Mission difficile dans une région minée par les tensions géopolitiques, la crise migratoire et la faible intégration économique.
    Le SG de l’UpM revient sur les priorités de son mandat, la refonte en cours des règles d’origine dans le commerce, l’Accord de libre-échange d’Agadir auquel se sont joints la Palestine et le Liban...

    - L’Economiste: Quelles sont les priorités de votre mandat de 2018-2021?
    - Nasser Kamel:
    L’Union pour la Méditerranée (UpM) s’inscrit dans la continuité du Processus de Barcelone. Son objet est de contribuer à créer les conditions propices au développement, à la stabilité et à l’intégration économique dans l’une des régions la moins intégrée au monde. Avec plus de 60% de sa population âgée de moins de 30 ans, la zone euro-méditerranéenne est également l’une des plus jeunes au monde. L’UpM a trois priorités: agir contre les dérèglements climatiques, développer une économie plus inclusive et plus juste et repenser l’éducation pour faire face aux demandes du marché. Chaque sujet sera construit en collaboration avec les parties prenantes.
    Nous avons invité en mai 2019 les organisations de jeunesse, des femmes et de la société civile lors d’un dialogue régional «Regards croisés sur les enjeux prioritaires en Méditerranée». Nous nous sommes réunis au Caire en juin dernier pour le premier Business Forum de l’UpM. Une 3e rencontre -Women Business Forum- est prévue en novembre 2019 à Barcelone.

    accord_dagadir_069.jpg

    Les importations effectuées dans le cadre de l’Accord d’Agadir augmentent de 15,5% et s’élèvent à 5,4 milliards de DH en 2018. «C’est une faible contribution de 3,5% aux importations totales dans le cadre des Accords de libre-échange», relève l’Office des changes. Matières plastiques, dattes, tourteaux et autres résidus industriels, parfumerie et cosmétique figurent dans le top 5 des produits importés   

    - Les échanges entre les pays signataires de l’Accord d’Agadir sont en deçà des ambitions: 2,2 milliards de dollars en 2018 contre 39 milliards d’exportations des pays concernés vers l’UE. Que préconisez-vous pour dynamiser le commerce entre le Maroc, la Jordanie, l’Égypte et la Tunisie?
    - La volonté et la confiance politique sont des conditions préalables pour que l’Accord d’Agadir porte ses fruits. Nous avons besoin d’une entente commune du fait que la facilitation des échanges entre les pays signataires se traduira par des avantages et des complémentarités mutuelles. L’Accord d’Agadir représente un grand potentiel pour permettre de tirer pleinement partie de l’intensification des flux commerciaux dans la région. Le renforcement des capacités peut jouer un rôle crucial dans la mise en œuvre de cet accord, c’est pour cela que le Secrétariat général de l’UpM, en partenariat avec la GIZ, lancera des formations techniques aux acteurs des pays de l’Accord d’Agadir.

    imporation_ue_069.jpg

    Les importations du Maroc dans le cadre des Accords de libre-échange sont en hausse en 2018 de 5,5%. Elles se chiffrent à 151,7 milliards de DH en 2018 contre 143,8 milliards de DH en 2017. Les importations dans le cadre de l’Accord avec l’Union européenne représentent une part importante de 72,7%: voitures de tourisme ou utilitaires, produits chimiques et plastiques, énergie, médicaments, papiers et cartons, céramique, produits en fer ou acier... Certains produits, comme l’acier, font l’objet d’une mesure de défense commerciale. Celle-ci se traduit par des taxes douanières additionnelles sur les marchandises importées... Le déficit commercial avec l’Europe représente près de 116 milliards de DH

    - Quel rôle pourrait jouer l’UpM dans les négociations en cours à l’Union européenne sur la révision des règles d’origine applicables au commerce international? Il est question aussi des règles d’origine euro-méditerranéennes.  
    - L’objectif ultime de l’UpM reste la promotion de la coopération et de l’intégration régionale. Les ministres du Commerce de l’UpM se sont réunis en 2018 et ont adopté une déclaration ministérielle importante. Ils y confirment que la convention régionale sur les règles d’origine préférentielles paneuro-méditerranéennes (PEM) est un outil efficace pour faciliter les échanges. Ils ont reconnu aussi que ces règles ne reflétaient plus les schémas et les pratiques commerciales actuelles. Ce qui amène à défavoriser la région par rapport aux autres blocs commerciaux dotés de règles plus modernes. La révision en cours des règles PEM sera une étape cruciale pour faire avancer l’intégration des pays euro-méditerranéens. Pour que les entreprises profitent des opportunités commerciales en Méditerranée, nous avons besoin d’un échange de compétences et d’expériences ainsi que d’une volonté politique et d’un cadre réglementaire approprié. L’UpM joue un rôle important de par sa composition géographique unique, son expérience dans la facilitation des échanges entre les gouvernements, le secteur privé et la société civile. L’UpM a aussi une capacité à relier les niveaux politique et technique.

    - Certains observateurs, comme Yves Leterme, ancien Premier ministre de la Belgique, estiment que l’UpM ne peut pas avoir une approche uniforme alors que nous avons une Méditerranée atlantique, occidentale, orientale et adriatique. Êtes-vous de cet avis?
    - Tout en reconnaissant l’hétérogénéité de la région euro-méditerranéenne et ses différentes réalités politiques, économiques et socioculturelles, nous ne devons pas perdre de vue le fait qu’il y a beaucoup à gagner dans une intégration euro-méditerranéenne renforcée. Les flux commerciaux sont extrêmement biaisés vers et au sein de l’UE, avec des niveaux d’échanges Sud-Sud insuffisants. Cela implique une opportunité perdue en termes de synergies et de complémentarité, ainsi qu’un énorme coût de renonciation pour un scénario de non-intégration. Nous sommes unis non seulement par l’histoire, la culture et la géographie, mais également par nos intérêts communs et nos ressources complémentaires qui représentent de grandes opportunités pour l’ensemble de la région.

    Propos recueillis par  Faiçal FAQUIHI

                                                                            

    «Ne nous focalisons pas sur la seule logique sécuritaire»

    La région méditerranéenne est sujette à un échec dans le rapprochement de ses deux rives Nord-Sud à cause notamment des tensions géopolitiques et de l’immigration. L’implication politique de l’UpM est-elle la seule issue? «Notre région a traversé et traverse encore une phase de transition longue et difficile.

    La concurrence entre les puissances mondiales et régionales et l’absence de mécanismes efficaces de dialogue et de coopération ne peuvent qu’aggraver les conflits actuels. Ils risquent même d’en créer de nouveaux», estime Nasser Kamel,  secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée. Le vieux conflit palestino-israélien est en première ligne.

    «L’UpM inclut la Palestine en tant qu’Etat membre à part entière et se trouve sur un pied d’égalité avec tous les autres membres. Une paix juste et globale pour la cause palestinienne constituera certainement une étape importante pour l’intégration du bassin méditerranéen, de même que d’autres crises régionales», relève le diplomate d’origine égyptienne. Il poursuit ses propos non sans faire part d’un regret.

    «Nous déplorerons que dans l’histoire euro-méditerranéenne, la logique de gestion des problématiques de migration ou de conflit a été privilégiée face à l’action sur leurs causes réelles et profondes», déclare le porte-parole de l’UpM.

    Cette organisation intergouvernementale «s’attache à réunir ses Etats membres avec l’ensemble des parties prenantes de la région pour agir sur le développement économique, le changement climatique…».  Nasser Kamel insiste par ailleurs sur le fait «qu’il ne faut pas se focaliser sur la seule logique sécuritaire. Nous aspirons à investir dans notre jeunesse via l’éducation et la création d’emplois décents».

                                                                            

    Verbatim

    ■ Fakhry Alhazaimeh, directeur exécutif de l’unité technique de l’Accord d’Agadir
    «Nous suivons le processus de négociation du renouvellement des règles d’origine auprès des instances européennes. Evidemment, le résultat des négociations ne va pas satisfaire tout le monde. Il faut tout de même donner l’occasion aux pays maghrébins d’augmenter leurs exportations via les nouvelles règles d’origine».    

    ■ Hannane Hamdallah, secrétaire d’Etat égyptienne chargée du Commerce extérieur
    «Chaque pays a ses besoins, ses freins et ses défis. Le certificat d’origine pour les produits industriels et médicaux doit faire l’objet de négociation avec l’Union européenne. L’une des principales failles réside dans l’absence d’engagement dans l’application des critères de certification au commerce international».  

    ■ Latifa Elbouabdellaoui, directrice des affaires internationales au ministère marocain de l’Industrie        
    «L’objectif principal est l’intégration économique régionale et non pas les échanges commerciaux. Les barrières non tarifaires expriment une frustration liée au déficit de commerce, de coopération et de communication. Ainsi, des exportateurs découvrent sur place des mesures restrictives à l’accès au marché. Une libéralisation réfléchie induit une intégration économique verticale, une harmonisation réglementaire et un renforcement des capacités des entreprises et de l’administration en termes de transparence notamment».   

    ■ Nasser Kamel, secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée
    «Il faut soutenir l’Accord de libre-échange d’Agadir. L’UpM et l’Agence allemande de développement (GIZ) s’engagent à apporter leur appui technique aux ministères concernés (Commerce et Industrie), aux douanes, aux entreprises et aux associations. D’où l’intérêt d’identifier les inconvénients et les avantages de la classification établie par les règles d’origine. Le temps presse. Il y a des postes à créer pour les dix prochaines années. Pourtant, on ignore encore leurs appellations, spécificités...».

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc