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    Dossier Spécial

    Le syndicalisme en déclin... et après?

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5565 Le 26/07/2019 | Partager
    Il n’arrive plus à mobiliser les travailleurs
    Des «Zaïms» éternels ont affaibli la crédibilité des centrales
    Nette percée des sans appartenance syndicale
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    Pendant longtemps, les secrétaires généraux des syndicats historiques étaient indéboulonnables. Par exemple, Mahjoub Benseddik (à l’extrême gauche) est resté à la tête de l’UMT jusqu’à sa mort. Abderrazak Afilal (au milieu), ex-patron de l’UGTM, proche de l’Istiqlal, une trentaine d’années. Noubir El Amaoui, secrétaire général de la CDT depuis sa création en 1977 jusqu’il y a une année, soit plus d’une quarantaine d’années (Ph. L’Economiste)

    Plusieurs coordinations, dans le sillage des mouvements de protestation, ont émergé au cours de ces dernières années. Cela va de l’éducation nationale à la santé, en passant par d’autres catégories.

    Le plus frappant est que ces nouvelles formes d’organisation trouvent grâce chez certains responsables politiques qui soutiennent de plus en plus leurs actions. Le fait nouveau est que même les partis misent sur les associations plus que sur les syndicats devenus inaudibles. Dans ce domaine, la société civile prend du galon.

    Des centrales de plus en plus marginalisées

    La montée en puissance de cette nouvelle forme de revendication se développe en dehors de tout encadrement syndical, parfois en confrontation avec des centrales. Dans ces milieux, on essaie de masquer cette réalité, de donner un label à des initiatives, avec des tentatives de se prendre en charge de manière autonome.

    Quelles que soient les motivations de ces acteurs, ce phénomène signe officiellement le déclin du syndicalisme classique. Cela devra interpeller les centrales syndicales de plus en plus marginalisées. Surtout que la tendance est confirmée par les chiffres des élections des délégués des salariés qui montrent une nette percée des sans appartenance syndicale (SAS). Du coup, moins de 50% des résultats sont répartis sur l’ensemble des syndicats. Les dernières élections des salariés ont disqualifié la FDT, née d’une scission de la CDT et proche de l’USFP.

    La centrale dirigée par Abdelhamid Fatihi n’est plus dans le carré des syndicats représentatifs. Dans le secteur privé, la domination de l’UMT est incontestée par rapport aux autres. Mais derrière, un rééquilibrage s’opère avec l’émergence de l’UNMT, bras syndical du PJD. Dans le secteur public, surtout dans les milieux des fonctionnaires de l’éducation nationale, de la santé et des collectivités locales, c’est la CDT qui caracole en tête.

    De même, les indicateurs du repli net des syndicats se mesurent dans la tendance baissière des participants aux appels à grève et aux manifestations du 1er mai. Une preuve supplémentaire de la déception des citoyens face aux syndicats. D’ailleurs, le taux de syndicalisation ne dépasse par les 3%.

    Absence de démocratie interne

    Le mouvement syndical traîne un boulet relatif à l’absence de démocratie interne qui aurait pu initier une dynamique pour enclencher une rotation à la tête des centrales. Pendant longtemps, les secrétaires généraux étaient indéboulonnables. Mahjoub Benseddik est resté à la tête de l’UMT jusqu’à sa mort. Abderrazak Afilal, ex-patron de l’UGTM, proche de l’Istiqlal, une trentaine d’années.

    Noubir El Amaoui, secrétaire général de la CDT depuis sa création en 1977 jusqu’à il y a une année, soit plus d’une quarantaine d’années. Il a passé le relais à son compagnon de route, Abdelkader Zaer, lui aussi ayant dépassé l’âge de la retraite. Dans ces conditions, comment mettre en avant le rajeunissement des élites nécessaire à la régénération du monde syndical. Ce problème a pris une grande ampleur au point que les mauvaises langues affirment que la classe dirigeante des centrales est en majorité à la retraite.

    Ce blocage s’est accompagné par une faiblesse des apports des centrales sur des questions sociales et économiques. Par le passé, les syndicats s’enorgueillirent d’être de véritables forces de propositions, avec des mémorandums adressés au gouvernement ou au patronat. Aujourd’hui, dans ce domaine comme dans d’autres, la sécheresse semble se généraliser, avec un manque flagrant d’imagination dans les alternatives.

    Les liens entre politique et syndicats sont montrés du doigt. L’histoire du syndicalisme est ponctués de militantisme, avec un handicap d’origine puisque le mouvement luttait pour l’indépendance du Maroc. Chaque parti a voulu se doter de son propre syndicat, né de scissions. Le but était d’avoir un outil supplémentaire pour mettre la pression sur le gouvernement et obtenir satisfaction. L’idée est également de se développer au moment des élections.

    Parmi les syndicats qui ont pignon sur rue, seule l’UMT avait affiché son indépendance vis-à-vis des partis et du pouvoir politique. Mais de l’intérieur de la centrale, le patchwork est riche puisqu’on y croise des militants du PPS, de la gauche radicale et d’autres d’obédience islamiste, dont notamment Al Adl Wal Ihssane.

    Pour d’autres syndicats, l’alignement politique impacte négativement le travail de la centrale. A cause de leurs liaisons partisanes, des centrales éprouvent une gêne à mettre la pression sur le gouvernement. Quand l’USFP dirigeait le gouvernement d’alternance, son bras syndical, la CDT, a été affaibli par une scission.  Idem pour l’UGTM au moment où l’Istiqlal était à la Primature.

    Le soutien accordé par l’Etat lors des élections s’élève à 20 millions de DH par an. Ce montant est dispatché sur les syndicats qui ont participé aux élections professionnelles. Mais aucun contrôle de l’Etat n’est exercé. Quant au soutien apporté aux élections de la Chambre des conseillers, il est contrôlé.

    Quid de la loi sur la grève?

    Le monde des affaires a toujours réclamé une loi pour réglementer la grève. Cette revendication a été forte, surtout après une période où des grèves sauvages avaient bloqué des usines de production. Aujourd’hui, le projet de loi organique sur la grève, confectionné par l’ancien gouvernement, moisit toujours dans les tiroirs de la Chambre des conseillers. Ce texte a été adopté par le Conseil de gouvernement et celui des ministres et transféré au Parlement vers la fin du mandat du gouvernement de Abdelilah Benkirane, marqué par le gel du dialogue social et l’arrêt de tout contact avec les syndicats. Pendant ce temps, le chef du gouvernement poussait les pions du bras syndical du PJD, l’UNMT, dirigé alors par Mohamed Yatim, aujourd’hui ministre de l’Emploi et de l’Insertion professionnelle. Cependant, ce projet de loi, adopté en catimini et au pas de charge, sans la concertation des partenaires sociaux comme le recommandait le Souverain, est dans l’impasse. Car l’approche est contestée par les centrales syndicales qui refusent de l’examiner en commission et exigent son retour à la table des négociations, dans le cadre du dialogue social. Depuis, il est bloqué.
    Auparavant, les pouvoirs publics avaient exigé des syndicats, sans pouvoir l’obtenir, l’adoption d’une loi relative aux syndicats, à l’instar de ce qui a été fait pour les partis politiques. L’ancien ministre de l’Emploi, l’usfpéiste Jamal Aghmani, avait concocté un projet de réforme destiné à moderniser le cadre législatif des syndicats. Ce texte doit également moisir dans les tiroirs du ministère de tutelle.

    M.C.

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