×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    International

    Algérie: Après l’euphorie, l’incertitude,…!

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5530 Le 04/06/2019 | Partager
    L’annulation de la présidentielle laisse planer le risque du scénario égyptien
    La société civile s’organise en préparant une feuille de route de sortie de crise
    Des mesures pour rétablir la confiance entre le pouvoir et la rue
    algerie-030.jpg

    Le soulèvement populaire en Algérie a été sensible aux multiples critiques, formulées ici et là, sur l’absence de leaders politiques ayant émergé de ces manifestations spontanées qui durent depuis plus de trois mois (Ph. AFP)

    C’est le jackpot pour le soulèvement populaire en Algérie qui décroche victoire après victoire. La dernière en date, l’annonce faite par le Conseil constitutionnel de l’impossibilité d’organiser les élections présidentielles le 4 juillet prochain. Les dossiers des deux seuls candidats étant invalidés, le scrutin est officiellement annulé.

    Ce qui se traduit par une prolongation de la mission de Abdelkader Bensalah à la tête de l’Etat dont l’intérim devait se terminer le 9 juillet prochain. Il restera à son poste jusqu’à l’élection du nouveau président de la république et sa prestation de serment constitutionnel.

    Le communiqué du Conseil constitutionnel  est formel: «Il revient au chef de l’Etat de convoquer de nouveau le corps électoral et de parachever le processus électoral jusqu’à l’élection du nouveau président et la prestation du serment constitutionnel». Une situation qui laisse planer le risque du scénario égyptien.

    Pour les observateurs, cette issue était attendue. Elle s’explique par le rejet massif de l’élection présidentielle par la rue algérienne et par le retrait des partis politiques qui ont refusé d’y participer à cause de l’absence de conditions de transparence.

    Selon des médias algériens, l’annulation n’est pas prévue par la Constitution. Si on reporte les élections en gardant les mêmes conditions, sans changer de gouvernement, ni de président par intérim, il y a de fortes chances que le scénario du boycott soit reproduit. Pour éviter un autre camouflet, une autre option est sur la table. Elle concerne l’ouverture d’un dialogue pour déboucher sur des actions concrètes. Ce qui suppose un tour de table composé des tenants du pouvoir, de l’opposition politique et des représentants de la contestation populaire. Cela ne suffit pas.

    Pour que le processus puisse s’enclencher, il est impératif de prendre des mesures concrètes pour le climat de confiance comme la libération de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti travailliste, détenue dans une prison militaire, et les autres prisonniers pour des motifs politiques et d’opinion. La mort en détention de Kamaleddine Fekhar la semaine dernière, militant des droits de l’homme, suite à une grève de la faim dans les geôles algériennes, grève le capital de confiance dans le pouvoir en place.

    La lettre ouverte de Zohra Drif-Bitat au chef d’état-major et l’homme fort du régime, le général Ahmed Gaid Salah, lance un appel pour libérer Louisa Hanoune et les autres personnes incarcérées pour motif politique ou délit d’opinion. L’auteur, avocate et moujahida, a été également vice-présidente du Conseil de la nation, le sénat algérien. Elle fut l’épouse de Rabah Bitat, l’un des chefs historiques, qui avait fait partie des Fils de la Toussaint, la poignée de militants anticolonialistes ayant enclenché la guerre d’indépendance le 1er novembre 1954. Par la suite, il a été plusieurs fois ministre et président de l’Assemblée nationale populaire, le Parlement algérien.

    Cette annulation est une claque pour le pouvoir et une victoire symbolique pour le peuple après celle ayant empêché le 5e mandat de Abdelaziz Bouteflika. Les partis politiques surfent sur la vague. En effet, le Front des forces socialistes (FFS) a dénoncé la tentation du pouvoir de gagner du temps, en prolongeant le mandat du chef de l’Etat par intérim, considéré comme «illégitime et impopulaire».

    Cette parade ne fera que renforcer notre engagement et celui du peuple algérien à entretenir cette révolution. La véritable  solution doit impérativement passer par l’amorce d’une transition démocratique, souligne le communiqué de ce parti. Idem pour le RAJ (Rassemblement actions et jeunesses).

    Pour cette formation, c’est une victoire importante, mais pas définitive. «Car, le pouvoir va continuer à imposer sa feuille de route avec un autre probable report de ces élections. Le pouvoir doit comprendre que les élections ne sont pas une fin en soi ni une solution à la crise politique. La période de transition est inéluctable».

    Par ailleurs, le soulèvement populaire en Algérie a été sensible aux multiples critiques, formulées ici et là, sur l’absence de leaders politiques ayant émergé de ces manifestations spontanées qui durent depuis plus de trois mois. Aujourd’hui, les acteurs de la société civile ont pris conscience de la nécessité de s’organiser pour peser sur le devenir de leur pays.

    C’est ainsi qu’une rencontre de concertation de la société civile a eu lieu samedi dernier à Alger, en présence des représentants de trois collectifs. Il s’agit de la Confédération des syndicats, du Forum pour le changement et le Collectif de la société civile pour une transition démocratique. Chacun regroupe plusieurs acteurs, des associations, des organisations et des syndicats. Ils ont eu comme ordre du jour, l’examen de l’évolution de la situation actuelle en vue de trouver une solution à la crise que vit le pays. C’est ainsi qu’une commission a été mise en place.

    Objectif: élaborer une feuille de route pour la sortie de crise, qui sera soumise à la prochaine rencontre fixée pour le 15 juin, selon un communiqué publié à l’issue de cette réunion. En attendant, les participants à cette rencontre ont appelé à la nécessité d’opérer rapidement la transition démocratique pour concrétiser la rupture avec le système.

    Manœuvres

    L’opinion publique algérienne n’est pas dupe. Pour réduire la pression populaire et neutraliser les manifestations, le pouvoir en place a engagé plusieurs manœuvres. La démission du Premier ministre Ahmed Ouyahya, le départ de Bouteflika, les poursuites engagées contre le clan du président déchu, l’arrestation de son frère Said Bouteflika, des généraux du renseignement, des hommes d’affaires, … sont autant de ces séquences qui ciblaient un objectif. Il s’agit  de montrer à l’opinion publique que le général Ahmed Gaid Salah, le nouvel homme fort du régime, allait dans le sens des revendications de la rue. Dans la réalité, il a été désavoué par le soulèvement populaire, particulièrement sur son obsession de maintenir l’élection présidentielle le 4 juillet.

    M.C.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc