×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Competences & rh

    Stérilisation hospitalière: Une poignée de pharmaciens formés pour tout le Maroc

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5492 Le 10/04/2019 | Partager
    Moins de 5 sont diplômés dans le domaine
    A peine 2 formations ouvertes à Casablanca et Rabat
    Les candidats ne se bousculent pas pour s’y inscrire
    sterilisation-hospitaliere-092.jpg

    Préparateur de stérilisation, assistant de laboratoire, ingénieur de matériel, ingénieur de stérilisation hospitalière… de nombreux profils sont aujourd’hui rares, voire inexistants au Maroc (Ph. F. Al Nasser)

    Voilà un autre métier pour lequel il n’existe que très peu de compétences spécialisées au Maroc: responsable de stérilisation hospitalière. Une activité peu connue, car relevant du back office des hôpitaux, mais d’une importance capitale pour la sécurité des soins offerts.

    En milieu hospitalier, la stérilisation est normalement une affaire de pharmaciens. C’est en tout cas le modèle défendu par de nombreux professionnels, et qui est adopté dans certains pays. «Les pharmaciens sont les seuls habilités à endosser cette responsabilité», estime Soufiane Derraji, fondateur de la Société marocaine de stérilisation (SMS), professeur de pharmacie clinique à la faculté de médecine et de pharmacie de Rabat.

    Au Maroc, en 2010, le ministère de la Santé a publié un arrêté impliquant directement les pharmaciens dans l’encadrement du personnel en charge de cet aspect. Sauf que les profils spécialisés sont très rares. «Nous sommes 4 ou 5 pharmaciens diplômés dans ce domaine dans tout le Maroc», assure Jaouad El Harti, responsable de la stérilisation à l’hôpital Avicenne de Rabat. Contacté par L’Economiste, le ministère de la Santé a confirmé ce chiffre. Comment cela est-il possible?

    Il existe plusieurs spécialités en pharmacie: clinique, industrielle biologique et d’officine. La majorité des étudiants préfère s’orienter vers la pharmacie biologique ou d’officine, car elles offrent la possibilité d’ouvrir des laboratoires de biologie médicale ou des pharmacies. Très peu s’orientent vers la pharmacie industrielle ou clinique, or, ce sont les lauréats de ces deux branches qui peuvent ensuite se spécialiser en stérilisation hospitalière, à travers une formation continue.

    «On ne peut former un spécialiste pendant quatre ans uniquement sur la stérilisation. Il est possible d’y procéder en intégrant un module dans le cursus de pharmacie, et à travers de la formation continue», souligne Samir Ahid, doyen de la faculté de pharmacie de l’Université Mohammed VI des sciences de la santé (UM6SS).  

    Pour la pharmacie clinique, les débouchés naturels sont les hôpitaux et les cliniques. Ces dernières recrutent rarement un pharmacien s’occupant exclusivement de la stérilisation. Celui se chargeant de la pharmacie gère, généralement, aussi l’aspect hygiène. Optimisation des coûts oblige.  

    D’autres profils manquent à l’appel, comme celui d’ingénieur en stérilisation hospitalière, ou encore, d’inspecteur spécialisé dans cette discipline. Des métiers qui existent en France, où des «scandales hospitaliers» dans les années 90 ont poussé le pays à prendre à bras-le-corps la question de la stérilisation dans les structures de soin.

    Même les infirmiers et les aides-soignants sont très peu formés ou sensibilisés à cette spécialité. La stérilisation peut-elle être correctement gérée avec un tel déficit de compétences?

    A Rabat, une seule promotion depuis 2012

    Le besoin en formation est ainsi énorme. Pourtant, il n’existe au Maroc que deux parcours dédiés. Le premier est un certificat universitaire proposé par la faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, monté en partenariat avec la Société marocaine de stérilisation. Une seule promotion en est sortie en 2012. Depuis, même si les inscriptions sont toujours ouvertes, les candidats ne se bousculent pas au portillon. «Les candidats ne trouvent pas de sponsors pour financer leurs études.

    Dans l’esprit des employeurs, la formation universitaire, même continue, doit être gratuite. Nous n’avons pas cette culture de payer pour se former. Même dans le privé, l’investissement dans le renforcement des compétences du personnel est minime», regrette Derraji, responsable de ce certificat. Le cursus a été réaccrédité par l’Université Mohammed V en 2017. Mais il peine toujours à faire le plein pour démarrer un nouveau cycle de formation.

    Le deuxième parcours est un diplôme universitaire (DU), le premier du genre au Maroc, ouvert par la faculté de pharmacie de l’UM6SS en novembre 2018, avec une vingtaine de participants. Le DU a été monté en partenariat avec le Centre marocain de stérilisation (CMS), qui gère la stérilisation de l’hôpital Cheikh Khalifa.

    Le CMS finance, en outre, deux thèses de doctorat dans le domaine de la stérilisation hospitalière, à Casablanca et à Rabat, un domaine de recherche très peu étudié au Maroc. «Notre objectif est de partager notre savoir-faire, et d’encourager la recherche et l’excellence dans cette spécialité», précise Khalil Jai Hokimi, DG du centre.

    Le DU est ouvert aux docteurs en pharmacie, en médecine, et en médecine dentaire, ainsi qu’aux infirmiers, préparateurs en pharmacie et licenciés en biologie. Ces derniers auront droit à un certificat universitaire et non à un DU, car ne disposant pas d’un master. «Nous avons tenu à diversifier le profil des candidats, vu le nombre de demandes élevé que nous avons reçu, et l’importance d’une formation globale intégrant l’aspect managérial pour l’ensemble des acteurs», explique Samir Ahid.

    Le cursus coûte 9.000 DH pour les professionnels et 7.000 DH pour les étudiants. «Nous proposons ce DU presque à perte, car l’essentiel pour nous est d’encourager la formation en stérilisation. Il fait partie des moins chers. Celui d’auditeur qualité en biologie, par exemple, est facturé 39.000 DH», souligne Ahid.

    Pour améliorer la qualification du personnel médical, les employeurs doivent investir dans la formation. Les universités aussi, sont tenues d’assumer leur responsabilité pour préparer des profils répondant aux besoins du marché.

                                                                                          

    Les facultés doivent se positionner 

    «Les facultés de médecine et de pharmacie doivent être des locomotives du développement socioéconomique. Pour cela, il faut qu’elles opèrent un repositionnement stratégique, et qu’elles développent de nouveaux métiers. La loi régissant l’enseignement supérieur leur confère le droit d’ouvrir des diplômes universitaires techniques (DUT)», insiste Farid Chehab, ancien doyen de la faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca, chef du service de cancérologie digestive et transplantation hépatique à l’hôpital Ibn Rochd de Casablanca. Dans le secteur de la santé, de nombreux profils sont rares, voire inexistants. Durant son mandat à la faculté, Chehab avait soumis au ministère de l’Enseignement supérieur un projet de création de DUT pour plusieurs métiers. Dont ceux de préparateur de laboratoire,  de recherche, préparateur de stérilisation, ingénieur de matériel médical… Mais qui n’a pas abouti. Pour combler ce déficit RH, professionnels, facultés et ministère de la Santé doivent coordonner leurs efforts. Autrement, aucune avancée ne serait possible.

    Ahlam NAZIH

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc