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    Analyse

    Intelligence artificielle: Les universités commencent à se positionner

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5486 Le 02/04/2019 | Partager
    L’UM6SS ouvre un département dédié, spécialisé en santé, et bientôt un master
    Accès aux data médicales, un frein de taille à la recherche et l’expérimentation

    Dans un pays où le quart de la population n’a pas accès aux soins, où il n’existe que 6,2 médecins et moins d’un lit pour 10.000 habitants (Banque mondiale), parler d’intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la santé peut paraître incongru. Pourtant, il faudra bien prendre le train en marche, pour mieux relever les défis futurs. Et la technologie n’attend pas. Les prochaines années promettent des bouleversements inédits, auxquels il faudra se préparer.

    L’Université Mohammed VI des sciences de la santé (UM6SS) a organisé mercredi dernier à Casablanca un colloque international autour de cette thématique, en présence d’éminents spécialistes, marocains et français. Le constat était unanime, le Maroc a pris du retard dans le domaine de l’IA.

    Les universités commencent à peine à se positionner sur des recherches en intelligence artificielle, et à développer des formations spécialisées, très rares. Néanmoins, rien n’est impossible. «Le monde entier a pris du retard sur le sujet, mis à part les Etats-Unis et la Chine. Les universités marocaines ont le mérite d’avoir créé plusieurs laboratoires de recherche en IA et en big data», souligne le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi.

    Le ministère achète un supercalculateur

    L’Enseignement supérieur a lancé en mars dernier un appel à projets R&D en IA et big data, avec un financement de 50 millions de DH. L’initiative est louable, mais l’effort reste modeste, par rapport au caractère stratégique de ce secteur, dont dépendra le développement futur de tous les pays. Ce sont, en effet, ceux qui maîtriseront les technologies du futur qui domineront le monde.

    Le ministère a aussi acquis, il y a quelques mois, un supercalculateur, un ordinateur ultra puissant, permettant de grandes capacités de calcul. Placé au CNRST, son usage est ouvert aux chercheurs, à la fois des universités publiques et privées, et même à des «pays amis». Le supercalculateur, signé Huawei, a coûté près de 6,2 millions de DH. 

    «Je ne pense pas que nous soyons en retard, car il existe des expériences réussies incroyables dans les universités. Je pense que ce qui nous manque le plus, c’est le travail en commun», estime pour sa part, Chakib Nejjari, président de l’UM6SS.

    «Nous ne sommes pas assez complémentaires entre universités, et au sein même des différents départements universitaires. Il n’existe, par ailleurs, que peu d’interactions avec les entreprises pour développer des applications intelligentes, pouvant résoudre les problématiques des différents secteurs», poursuit-il.

    Pour sa part, le ministère de la Santé prépare une feuille de route sur la santé numérique, dans l’objectif de monter une stratégie nationale. Cependant, le projet requiert tout un écosystème où différents départements, notamment la Santé, l’Enseignement supérieur et l’Industrie, devraient être impliqués. La réussite de cette stratégie dépendra donc de la capacité de tous les acteurs à travailler ensemble et à concerter leurs efforts.

    La santé fait partie des secteurs qui pourraient le plus profiter de l’IA. L’UM6SS ambitionne d’être pionnière dans le domaine. L’université vient de créer un département dédié. «L’idée est de mettre ensemble des compétences qui travaillent pour développer des solutions innovantes, dont des médecins et professionnels de santé, des ingénieurs, mathématiciens, informaticiens… La plateforme implique plusieurs universités et couvre différentes disciplines», explique Nejjari.

    Un partenariat vient, en outre, d’être signé avec l’université Paris 13 Sorbonne Paris Cité, mercredi dernier. Il englobe un projet d’enseignement par simulation, baptisé C9. Un deuxième, ID9, plus ambitieux, car intégrant plusieurs facultés de médecine marocaine, est en cours de développement. L’année prochaine, l’UM6SS lancera, via son école d’ingénieurs, un master en IA dans la santé.  

    Le Maroc manque, par ailleurs, de financements (0,8% du PIB pour la R&D) et de compétences spécialisées (voir encadré). Autre difficulté, l’accès aux data, la matière brute sur laquelle s’appuie l’IA. «Dans le domaine de la santé, les données sont abondantes.

    Toutefois, elles sont assez coûteuses, et leur accessibilité demeure un défi, en raison de problèmes de confidentialité rendant leur collecte et leur partage fastidieux», précise Jean-Pierre Astruc, président de l’université Paris 13 Sorbonne Paris Cité.

    «J’aimerais travailler sur plus de sujets liés à la santé, mais l’accès aux données m’est souvent refusé», témoigne Hajar Moussannif, enseignante-chercheure à l’université Cadi Ayyad de Marrakech, initiatrice d’un master en data sciences. Les données personnelles des patients étant protégées par la loi, restent difficilement exploitables.

    «Il existe énormément de données qui pourraient être utilisées pour alimenter des solutions d’intelligence artificielle. Cela dit, il faut que ce soit réglementé», relève Saber Boutayeb, professeur agrégé en oncologie médicale à l’université Mohammed V, et à l’Institut national d’oncologie de Rabat.

    «L’étape 1, c’est la constitution d’une base de données sécurisée, avec des prescriptions informatisées. C’est ce qui a été développé à l’Institut national d’Oncologie de Rabat, ainsi que dans les centres de Casablanca et de Tanger. La solution devrait être généralisée à terme au niveau national», ajoute-t-il. 

    Les défis sont multiples. Faut-il pour autant s’avouer vaincu? Evidemment non. Mais sans une stratégie globale portée par le gouvernement, assortie d’objectifs précis et de financements, difficile d’imaginer des avancées notables.

    Crise de production de scientifiques et de savants

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    «Nous souffrons d’une grave crise de production de scientifiques, d’inventeurs et de savants, à la mesure des ambitions et des chantiers structurels du pays», avait déclaré l’ancien secrétaire général du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Driss Guerraoui, actuellement président du Conseil de la concurrence (voir L’Economiste N° 5123,  du 10 octobre 2017). En 2017, seuls 15% des diplômés de l’enseignement supérieur relevaient de filières scientifiques, 4,9% des sciences et techniques, 4,8% de cursus en technologie et 3,9% des sciences de l’ingénieur. En 2018, uniquement 16% des effectifs des facultés à accès ouvert étaient inscrits dans des filières scientifiques et techniques. Or, sans suffisamment de compétences formées dans ces domaines, et surtout encouragées à s’investir dans la recherche et l’innovation, le Maroc ne pourra pas opérer sa «révolution technologique».

    Ahlam NAZIH

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