Politique

Sahara: Les pourparlers reprennent

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5366 Le 08/10/2018 | Partager
Le Maroc répond positivement à l’invitation de relancer les discussions à Genève
L’Algérie et la Mauritanie n’ont pas encore réagi
Cette première rencontre vise à débloquer la situation et échanger sur les dernières évolutions

Après plusieurs années de fuite en avant, le Polisario et l’Algérie sont mis devant leurs responsabilités. Face au dynamisme du Maroc, dont l’initiative d’autonomie est considérée comme «sérieuse, crédible et réaliste», l’immobilisme des séparatistes, qui campent sur leurs positions, n’est plus acceptable.

Aujourd’hui, le SG de l’ONU et son envoyé personnel, Horst Köhler, appellent les différentes parties à reprendre les pourparlers. Une invitation à se réunir autour d’une «table ronde initiale à Genève, les 5 et 6 décembre prochains», a été adressée aux différents pays intéressés par ce dossier.

Antonio Guterres a informé les membres du Conseil de sécurité que le Maroc a répondu positivement. Pour Mustapha El Khalfi, ministre en charge des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, Rabat a accepté dans la mesure où «l’Algérie et la Mauritanie ont été également invitées». Le Maroc avait appelé à maintes reprises l’ONU et son Conseil de sécurité à prendre en compte le rôle direct des pays du voisinage, particulièrement l’Algérie, dans la résolution de ce dossier.

Pour l’instant, Alger n’a pas encore réagi à l’appel du secrétaire général de l’ONU. Celui-ci «l’appelle instamment à répondre positivement, de bonne foi et sans conditions préalables à l’invitation de son Envoyé personnel».

La relance des négociations, en présence de l’Algérie, mais aussi de la Mauritanie, dont les relations avec le Maroc connaissent un coup de froid depuis quelques années, notamment à cause de l’ambigüité de ses positions par rapport à ce dossier, est décisive pour aboutir à une solution définitive.

La première rencontre, prévue à Genève, permettra «d’échanger les vues sur les derniers développements et sur le processus politique, mené sous les auspices exclusifs de l’ONU, et d’examiner les aspects régionaux de ce différend».

L’appel à reprendre les négociations permettra certainement de dépasser le blocage lié à l’incapacité du Polisario et de l’Algérie à proposer des initiatives pour faire bouger ce dossier. D’autant que les séparatistes ont essuyé un revers suite à la position de l’ONU ayant imposé le retrait de la zone tampon.

Les provocations du Polisario se sont avérées contre-productives. Les manœuvres à l’Est du mur de défense n’ont pas permis de changer le statu quo sur le terrain. L’appel du Conseil de sécurité au retrait immédiat et à l’abstention de se livrer à des actes déstabilisateurs dans cette zone constitue un désaveu à la direction du Polisario, qui avait défié la légalité internationale en déclarant qu’elle «n’allait jamais quitter Guergarate».

                                                                        

Trois questions au professeur Mohamed Amrani Boukhobza

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Pour Mohamed Amrani Boukhobza, professeur des relations internationales à l’Université Abdelmalek Saâdi à Tanger, il ne s’agit pas actuellement de relancer les négociations formelles. Celles-ci exigent la réunion d’une série de conditions. En tête, disposer de propositions qui pourraient constituer une base des discussions (Ph Privé)

- L’Economiste: Que peut-on attendre de la relance des pourparlers sur l’affaire du Sahara?
- Mohamed Amrani Boukhobza: Tout dépendra de la position de l’Algérie et de la Mauritanie. Pour l’instant, les deux pays n’ont pas encore réagi à l’appel du SG de l’ONU. Il faut préciser qu’il ne s’agit pas de négociations formelles, qui exigent la réunion d’une série de conditions pour garantir leur efficacité. Il s’agit plutôt d’une table ronde pour échanger les points de vue. Il faut rappeler aussi que le Maroc avait refusé depuis 2008 de reprendre les discussions informelles avec le Polisario dont les différents rounds tenus à Manhasset n’avaient abouti à rien. C’est pour cela qu’il faut attendre la position des deux Etats voisins. Le SG de l’ONU a fixé un délai jusqu’au 20 octobre.

- Ces deux pays vont-ils répondre favorablement à l’invitation du SG de l’ONU?
- Il faut noter un changement dans la position de la Mauritanie, notamment après la dernière visite de son ministre des Affaires étrangères à Rabat. Ce pays pourra accepter l’invitation et jouer un rôle dans ce dossier, surtout suite à ce qu’on peut considérer comme une transformation positive de son comportement vis-à-vis du Maroc. Mais précisons que Rabat mise surtout sur la participation de l’Algérie, qui est une partie directe au conflit.

- Quelles sont les conditions nécessaires au lancement des négociations formelles autour de ce dossier?
- Plusieurs conditions sont nécessaires. En tête, la participation des véritables parties concernées par cette affaire. Le Maroc doit négocier avec l’Algérie et non pas le Polisario. C’est Alger qui l’abrite sur son territoire et lui fournit le financement et l’appui logistique et militaire. C’est pour cela que Rabat insiste sur la participation de ce pays. Les négociations ne peuvent pas, non plus, être menées sans positions de principe de chacune des parties. Sur ce point, l’offre marocaine est claire. Le seuil fixé est lié au plan d’autonomie, jugé crédible, réaliste et sérieux. En face, les autres parties ne disposent d’aucune proposition pouvant constituer une base de négociation. C’est l’une des principales difficultés auxquelles l’envoyé personnel du SG de l’ONU doit faire face.

Propos recueillis par Mohamed Ali MRABI
 

 

 

 

 

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