Economie

Accord de pêche: Rabat et Bruxelles satisfaites du nouvel accord

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5323 Le 26/07/2018 | Partager
Pas d’application provisoire pour le moment
128 bateaux autorisés, 52,2 millions d’euros de compensation
Le contrôle des débarquements assuré par les «observateurs»

Comme nous l’annoncions dans notre édition du lundi 23 juillet, le nouvel accord de pêche Maroc-UE vient d’être paraphé à Rabat. Il couvre désormais l’ensemble du littoral atlantique, du Cap Spartel au Cap blanc, soit la totalité des provinces du Sud. Cette victoire diplomatique du Maroc qui redoutait les effets collatéraux de l’arrêt de la Cour européenne de justice. Et un camouflet pour le Polisario et ses sponsors. 
 Pour le moment, l’application provisoire (avant ratification par les Parlements) n’est pas à l’ordre du jour, signale une source proche du dossier. L’accord et son protocole d’application (2018-2021) insistent sur la sauvegarde de la ressource halieutique et son exploitation durable. Il s’agit «d’un accord équilibré qui prend en considération les problématiques qui étaient posées», souligne Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et la Pêche maritime. L’effort de pêche ne sera pas augmenté même si le nombre de bateaux autorisés passe de 126 à 128. Le débarquement obligatoire d’une partie des captures se fera  sous surveillance d’observateurs marocains. Et en cas de non-respect de la clause, la pénalité encourue représente 15% de la valeur de la cargaison contre 5% auparavant. 
L’ accord échu le 14 juillet dernier a fait de cette clause une disposition cruciale. Car elle constitue un levier important de  valorisation et donc d’industrialisation du secteur de la pêche. D’où l’exigence de Rabat d’orienter  une partie des volumes pêchés vers l’industrie locale de transformation, alors que Bruxelles veut plus de flexibilité quant à l’application de cette obligation qu’elle considère  comme un simple transit du poisson qui peut être acheminé par voie terrestre vers l’Europe. Histoire donc de «comptabiliser» les volumes pêchés. Or, là-dessus, pas de chiffres précis. Les seules estimations de la pêche artisanale industrielle portent sur  80.000 tonnes d’une valeur de 80 millions d’euros.
De son côté, l’ambassadeur de l’UE au Maroc, Claudia Wiedey souligne «qu’il s’agit d’un partenariat gagnant-gagnant. Ceci, aussi bien au niveau  financier qu’à celui des quotas de pêche».
 Le texte précise, entre autres, les zones de pêche et les conditions d’accès pour la flotte européenne, à travers la définition des pêcheries. Mais pour ce qui est du poisson pélagique, le volume qui était de 80.000 tonnes passerait à 85.000 lors de la première année pour atteindre 100.000 tonnes à la 3e et 4e année de l’application de l’accord.
Parallèlement, la compensation financière sera portée à 52 millions d’euros contre 40 millions dans l’accord précédent, en hausse de 30%. L’essentiel de l’indemnisation, soit 35%, devrait profiter à la stratégie Halieutis. En particulier aux pêcheurs des provinces du Sud.  

Mécanismes de suivi

L’extension de l’accord de pêche aux zones du Sud est soumise à certaines conditions. En particulier, le développement durable de ces zones. Les deux parties devront mettre sur pied des mécanismes appropriés pour permettre à la délégation de l’UE à Rabat d’être informée sur la répartition géographique des avantages financiers découlant de l’accord. La partie marocaine devrait produire des rapports périodiques.

Rabat et Bruxelles se sont également entendues sur des dispositions d’amélioration visant à  optimiser les retombées et les bénéfices pour les populations locales des zones concernées.  Ces dernières bénéficieront des avantages socio-économiques découlant de l’accord, notamment en termes d’infrastructures, de services sociaux de base, de création d’entreprises, de formation professionnelle, de projets de développement et de modernisation du secteur de la pêche. 
Une augmentation du nombre de marins marocains à embarquer dans les navires européens est également prévue pour plusieurs catégories de navires.
Excepté ces aspects, «les modalités de ce nouvel accord ainsi que les débarquements obligatoires et les segments de pêche restent inchangés», assure Rabat.  L’objectif est d’assurer la préservation des ressources halieutiques, est-il fortement souligné. A cet effet, plusieurs exigences techniques on été intégrées. Il s’agit, entre autres, d’une révision des plafonnements de captures de petits pélagiques au Sud,  en adéquation avec le cycle de reproduction  de ces espèces. Par ailleurs, certaines espèces à préserver et dont la gestion fait l’objet de plans d’aménagement stricts ne sont pas incluses dans le nouvel accord, notamment le poulpe et la crevette. 


Les chiffres clés de l’accord échu

Retombées
• 200 marins marocains à bord des navires européens
• 1.000 contrats d’embarquement conclus
• 180 emplois directs et 59.000 postes indirects
• Dakhla, Laâyoune, Boujdour concentrent 66% de l’appui financier
• 1 euro investi rapporte 2,78 euros de valeur ajoutée pour les pêcheurs européens
• 75% de l’impact socioéconomique profitent aux provinces du Sud

Contrepartie financière
La valeur totale annuelle du protocole se chiffre à 40 millions d’euros dont :
• 16 millions au titre de  compensation  pour l’accès à la ressource  
• 14 millions pour soutenir la stratégie Halieutis.
• 10 millions d’euros sous forme de redevances dues par les armateurs au titre des licences de pêche.

Les segments de pêche
• Pêche artisanale en Atlantique au Nord: 35 palangriers de fond
• Pêche artisanale au Sud: 10 navires (lignes et canneurs),
• Pêche démersale: 16 navires (palangriers de fond et chaluts de fond),  
• Pêche thonière: 27 canneurs;
• Pêche pélagique industrielle: (80.000 tonnes de captures) 18 navires.

 

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