Economie

Boussaid: «Il est temps de redonner confiance aux opérateurs et d’accompagner les entreprises»

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5320 Le 23/07/2018 | Partager
Traiter et améliorer les conditions globales d’investissement
Relancer la machine économique et maintenir les équilibres financiers, le challenge du projet de Budget
Des dossiers sur le feu: recul des IDE et des réserves de changes
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Pour Mohamed Boussaid, «le recul des réserves de changes n’est pas dangereux puisque nous sommes quand même à 5 mois et demi de couverture des importations. Le travail qui nous attend prochainement est de revenir aux 6 mois, qui est encore une fois, très confortable»

- L’Economiste: Les prévisions de croissance sont revues à la hausse. Comment expliquez-vous  la bonne performance des secteurs non agricoles?
- Mohamed Boussaid:
Les prévisions sont faites en septembre pour l’année suivante.  C’est une bonne hypothèse de travail pour la loi de finances. Elles sont corrigées à la suite de collecte de la récolte céréalière. Pour la loi de finances 2018, la prévision du taux de croissance était de 3,2%, sur la base d’une hypothèse de 70 millions de quintaux. L’actualisation a été revue à 3,6% grâce à l’amélioration des performances du secteur agricole et au recul de certains secteurs. Nous tablions sur une croissance non agricole à 3,8%. Nous n’allons atteindre que 3,3% mais c’est mieux que l’année dernière qui était de 2,7%.  Donc, c’est tout à fait normal qu’il y ait une actualisation des prévisions.

- Les réserves de changes ont reculé pour tomber à 5 mois de couverture des importations. Pourquoi?
- C’est le réceptacle de toutes les opérations en monnaies étrangères. Aujourd’hui, elles subissent la pression de la balance commerciale qui s’est aggravée sur les 6 premiers mois de cette année. L’augmentation de la valeur des importations des hydrocarbures de 100 milliards de DH a impacté les réserves de changes. 
Un deuxième élément à noter est que, depuis le début de cette année, nous n’avons pas mobilisé suffisamment d’emprunts au niveau extérieur. Il faut prendre en compte un autre élément négatif qu’est le recul des investissements étrangers. Malgré les évolutions positives des transferts des MRE de 8,5% sur les 6 premiers mois, malgré les recettes du tourisme avec plus de 15%, nous constatons un recul des réserves. Ce repli n’est pas dangereux puisque nous sommes quand même à 5 mois et demi de couverture des importations. Le travail qui nous attend prochainement est de revenir aux 6 mois, qui est encore une fois, très confortable. 

- Le chômage des urbains, des jeunes… s’est aggravé. Quelles sont les priorités du projet de loi 2019 dans ce domaine?
-Comme dit l’adage, l’emploi ne se décrète pas. C’est la résultante d’un certain nombre de politiques. Mais l’emploi relève essentiellement de l’investissement privé. Malgré un taux d’investissement de 32% dans notre pays et malgré l’effort important dans l’investissement public, nous n’arrivons pas à régler le problème de l’emploi. Donc, il est lié de manière organique à l’investissement privé, au comportement des opérateurs en matière de participation au développement de notre pays. Aujourd’hui, en matière d’investissement, nous constatons un certain attentisme au niveau des opérateurs privés, dû à un nombre d’éléments qu’il va falloir traiter. Il est temps de reprendre, au niveau de l’action, les éléments qui permettent de conforter la confiance de ces opérateurs, d’accompagner les entreprises dans leur quête de plus de compétitivité.

Il faudra améliorer les conditions globales au niveau de l’investissement. Encore une fois c’est lié, l’investissement privé impacte l’emploi qui souffre ou s’améliore en fonction de cela. Au niveau macro-économique, il faut dire que notre taux de croissance n’est pas suffisant pour résorber de manière substantielle, le chômage, qui est resté relativement stable au cours des 10 dernières années. Nous avons toujours été entre 9 et 10,5%. Entre 2017 et maintenant, notre économie a créé 116.000 emplois contre 109.000 l’année dernière. Ce qui a permis d’améliorer le taux de chômage à 10,5% au lieu de 10,7% l’année dernière.

- La préparation du projet de budget 2019 comporte des contraintes sociales. 
- Il s’agit de la contrainte de garantir la paix sociale, de relancer la machine économique, et de maintenir les équilibres financiers du pays. Elle émanera de la solution apportée à cette équation: comment faire plus de social tout en relançant l’économie et maintenir l’équilibre des finances publiques.

- Vous allez couper dans les dépenses publiques?
- Aujourd’hui, c’est très tôt de parler de cela. Nous recherchons les points d’équilibres pour répondre aux exigences et aux priorités du moment.

- Le recul des flux nets des investissements étrangers de 33% est très fort. 
- D’abord, c’est sur 6 mois. Cela veut dire qu’il y a des investissements étrangers qui ne sont plus là par rapport à l’année dernière. Les investissements étrangers sont impactés par des opérations remarquables. Sur 6 mois, on ne peut pas mesurer. Pour mieux voir, il faut avoir une plus longue période comme une année par exemple. Aujourd’hui, nous constatons ce recul et ce n’est pas bon.

 

Facteurs de vulnérabilité

Mohamed Boussaid a abordé les facteurs de la vulnérabilité dans les équilibres des finances publiques. La hausse des prix pétroliers en fait partie. Ainsi, le baril du pétrole a été acheté à 70,8 dollars le baril comme moyenne au cours des 6 premiers mois de cette année contre 54,4 dollars au cours de 2017.  Le prix du gaz butane est passé de 468 dollars la tonne l’année passée contre 510 dollars.  En outre, les dons des pays du Golfe sont épuisés avec une moyenne de 1 milliard de dollars par an, soit 10 milliards de dollars au cours des dernières années. Cela en plus de la multiplication des revendications sociales, particulièrement celles liées à l’amélioration des revenus, du pouvoir d’achat des salariés.

 

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Programmation triennale

Mohamed Boussaid est déterminé à respecter les dispositions de la Loi organique des finances qui prévoit l’entrée en vigueur de la programmation triennale l’année prochaine. Ainsi, elle concerne les exercices 2019, 2020 et 2021. «La fixation des priorités pour ces trois années est liée à l’accélération de la mise en œuvre des réformes en vue de dégager les marges financières nécessaires au maintien des équilibres. Ces priorités doivent s’inscrire dans le cadre de l’élaboration du nouveau modèle de développement, selon les orientations royales», a indiqué le ministre des Finances. Selon lui, le programme gouvernemental vise à renforcer les bases d’un taux de croissance fort. A l’horizon 2021, il vise une croissance située entre 4,5 et 5,5%, un déficit budgétaire de 3% du PIB et une inflation maîtrisée à moins de 2%.

Quant au taux d’endettement, il devra être inférieur à 60% du PIB.  Pour cet horizon, le ministère prévoit un taux de chômage contenu dans la limite de 8,5%. Pour les dépenses de fonctionnement, il compte sur une stabilité, avec la création de 13.000 postes par an destinés aux enseignants dans le cadre des Académies régionales d’éducation et de formation en vue de remplacer les départs à la retraite. Pour les prévisions de la compensation, le ministère mise sur un prix du gaz butane à 544 dollars la tonne en 2019 et 560 dollars les deux années suivantes. Le prix du baril de pétrole est estimé à 68 dollars et 70 dollars les deux années suivantes. Quant au change, un dollar correspondra à 9,5 DH pour les trois prochaines années. 

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