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    Géopolitique/ Afrique: Opérationsensablées au Sahel?

    Par Nadia SALAH | Edition N°:5301 Le 26/06/2018 | Partager
    Des groupes moins sophistiqués que leurs homologues du Moyen-Orient
    Rénover l’approche sécuritaire
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    Un casque bleu de la MINUS-Mali, à Kidal. L’Azawad toujours très installée dans le nord du Mali revendique tantôt une autonomie par rapport à Bamako, tantôt un régime islamique indépendant. Les modalités d’intervention ne savent pas saisir ces réalités fluctuantes.  La création du G5 Sahel est en principe destinée à rapprocher l’action militaire de la réalité du terrain. L’accord d’Alger, en 2015, prévoyait un processus électoral qui ne peut pas voir le jour tant que la sécurité n’est pas assurée (Ph AFP)

    Rabat a produit une «Charte de la migration africaine»; Depuis la COP22, le Royaume porte une vision du développement durable pour l’Afrique. Peut-il produire une vision de la sécurité  continentale?

    Peut-être. Il n’a pas été question dans les deux grosses journées de séminaire de l’OCP Policy Center du volet religieux: une partie importante des invités n’y aurait sans doute pas été sensible. En revanche, officiels en charge ou anciens responsables qui partagent leurs expériences,  tous cherchent à rénover l’approche sécuritaire communautarisée. Mais tous aussi évitent de soulever les questions de cohérence entre Washington, l’ONU, l’OTAN, l’Europe….

    Pour l’instant on additionne les charges des missions les unes aux autres: réaliser le parcours à l’ONU et /ou l’UA, puis définir les missions et les moyens sachant que les seconds seront toujours trop maigres et les premières toujours trop floues.

    Puis embarquer des troupes formées ou à former; puis, puis, puis… et enfin essuyer les critiques de toutes parts. Bien heureux aussi quand un puissant ne décide pas de détruire le reste des structures d’une zone, sous le motif d’y détruite des tyrans pour faire place nette au prochain Daech. Bien heureux, enfin,  si tous les hommes rentrent à la maison.

    Du renseignement, il y en a très peu, en tous cas pas assez et pas toujours fiable. 

    Les civils ont peur et trahissent avec une facilité déconcertante, sans que la moindre opération de police ne puisse dissuader cette versatilité. Dans les guerres asymétriques l’environnement est instable. Et pourtant «la responsabilité de protéger (les civils)  devra passer à l’intérêt de protéger» dit un militaire du Ghana. Or, les mandats incluent rarement la prévention du terrorisme.

    Les armes arrivent de partout, même de chez les alliés les plus sûrs.

    C’est le quotidien des opérations de maintien de l’ordre… sauf que parfois, il n’y a pas d’ordre du tout à maintenir. «Il n’y a pas de méthode universelle de règlement des conflits» dit un haut responsable tchadien, qui a fait une grande partie de sa carrière dans le maintien de la paix et dans la conduite des MINUS, plus connues sous le nom de Casques Bleus.

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    Les responsables nationaux des pays du G5 Sahel reprochent à l’Union européenne d’être largement ignorante des réalités socio-ethniques de leur zone et en conséquence d’agir sans discernement.  La photo souvenir du dernier G5 Sahel, le 18 juin 2018, avec (de gauche à droite) le nouveau Secrétaire permanent Maman Sambo Sidikou (sous l’écriteau sortie de secours -sic!-), les ministres des AE de Mauritanie du Burkina et du Niger. Au centre la Haute représentante de l’UE ou les AE et la sécurité, Federica Mogherini, le Commissaire européen au Développement et à la coopération internationale  Neven Mimica, et les ministres des AE du Mali et du Tchad (Ph. AFP)

    A la base, les trafics

    Les groupes rebelles du Sahel n’ont ni le niveau ni l’organisation des groupes du Moyen-Orient. Quant à l’idée d’y voir revenir les rebelles perdus de Syrie ou d’Irak, les experts sont divisés. Les uns pensent que ce sera un mouvement naturel de repli, d’autres estiment que les conditions sont trop différentes pour tenter les «revenants». Personne ne voit une stabilisation en Libye sur une échéance prévisible. Donc les trafics vont continuer, bien alimentés par le pétrole, comme en Irak jusqu’à il y a peu.

    Peu d’espoir aussi du côté d’Alger qui défend  l’ancienne idée du CEMOC  (Comité d’Etat-major conjoint), contre le G5 Sahel, qui n’est d’ailleurs pas mieux soutenu.
    Une «violence extrême vient d’Algérie et de Libye» note un acteur européen: dans ces groupes, il n’y a pas de centre opérationnel, pas de tête identifiée, «même pas de franchise stable venue du Moyen-Orient». Mais il «note» que les attaques terroristes ne concernent jamais les intérêts américains : « c’est curieux, n’est-ce pas?».

    En fait signale un autre  analyste, les mouvements djihadistes/terroristes « se greffent sur des réseaux de contrebande, sur les zones grises de criminalité, qu’ils protègent et qui les protègent ».
    Cependant, même si les groupes sahéliens n’ont ni l’organisation ni le système de communication de leurs homologues du Proche-Orient, leur capacité de nuisance est la même et gênera encore longtemps tout processus de développement.

    Les forces d’intervention

    L’intervention d’un général sénégalais, qui a abordé le lien intrinsèque entre la paix et le développement, a été percutante. Le développement sécurise la paix. Il a voulu tordre le cou à une idée reçue qui consiste à faire croire à une conception africaine de la paix. Pour lui, c’est faux, car, le concept qui transcende les frontières, est partagé par tout le monde. D’ailleurs, «la paix est une culture à développer, un engagement à respecter, des normes de l’Etat de droit. Les pays démocratiques ne se font pas la guerre», note-t-il. Pour promouvoir cette culture et construire la paix, «il est impératif d’accomplir des efforts pour cesser de faire partie du problème pour proposer la solution». Mais cela nécessite la mise en place de quelques principes fondamentaux qui contribuent à la construction pacifique durable. Ainsi, les forces de défense et de sécurité doivent faire preuve de responsabilité dans les opérations qu’ils mènent et de neutralité par rapport au politique. Outre une bonne organisation pour réagir vite, elles doivent être éduquées: «les plus éduquées ne sont pas enclines à utiliser la violence», dit-il. De même, «ces forces doivent être redevables et tenues responsables. Dans le cas contraire, elles risquent de se considérer supérieures aux autres». Outre la conceptualisation de leur fonctionnement, elles doivent se moderniser et rédiger des documents normatifs au niveau du concept de la sécurité.

    Société civile, plus facile à dire qu’à faire

    Antonio Guterrès, Secrétaire général des NU dit et répète depuis sa prise de fonction (janvier 2017) que la société civile doit jouer un rôle accru. Il ne s’agit plus de l’utiliser comme un faire-valoir et la cantonner à valider les décisions.
    Ainsi, les OMP doivent être au service de la dynamique politique.
    Les militaires ayant l’expérience de terrain du maintien de la paix soulignent que c’est plus facile à dire qu’à faire.  Ils doivent avoir des contacts sur le terrain pour recueillir les attentes de la population et disposer d’informations fines. Ils peuvent être mobilisés dans les cas de médiation. Ou encore pour des opérations de police... mais le mandat de l’ONU le prévoit rarement, quand il ne l’exclut pas noir sur blanc.
    Ce qui n’empêche pas que le manque de réaction face à la situation d’urgence leur sera reproché, tout comme le fait d’avoir protégé des populations abritant des terroristes. Mais comment les reconnaître?

                                                                              

    L’Europe ne connaît plus l’Afrique

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    Ancien ministre des AE d’Espagne, Miguel Angel Moratinos, dit que l’Afrique n’intéresse plus l’Europe: «il n’y a plus de séminaire comme celui-ci sur le vieux continent». La seule chose qui fait bouger Bruxelles et les pays européens «c’est la panique devant les migrations » ou la peur du terrorisme. La «seule ligne politique  est une ligne sécuritaire»
    L’ancien ministre des affaires étrangères du royaume d’Espagne ne décolère pas de voir que la France est laissée seule au Mali ou que la Haute Représentante de l’Union européenne pour les AE ne fasse pas de diplomatie. Il faut, dit-il «une diplomatie au niveau de l’Europe». Il va jusqu’à donner le Maroc en exemple, qui sait fixer sa diplomatie et ses engagements (Ph. EFE)

                                                                              

    Conflits et entrepreneurs politiques

    Les ressources naturelles sont à l’origine de la convoitise et de la « gourmandise » des grandes firmes et de certains pays. C’est l’origine des problèmes surtout, lorsqu’une richesse nationale est produite dans une région alors que le pays demeure pauvre. Leur exploitation ne produit pas de richesses au pays. Au bout d’un temps, les populations de ces zones ne comprennent pas que cela ne leur rapporte rien et ne voient pas les retombées. Nous l’avons vu pour le pétrole au Soudan, au Biafra, au Nigéria,… Au Libéria, cela concerne le diamant. Au final, cela crée des frustrations et des révoltes. C’est comme cela que des guerres se produisent aussi autour de ces richesses.
    Mais il existe aussi des «entrepreneurs politiques», qui attisent les frustrations pour les détourner et les mettre à leur service.
    La mauvaise qualité de l’information peut entraîner des quiproquos graves. Le pire de tous est sans doute le massacre des Rohingyas de Birmanie (Asie): le côté hollywoodien de la leadeur politique Aung San Suu Kyi réduit la portée des données en provenance de ce pays, y compris auprès de l’ONU. Sur le continent, il apparaît que les conflits ayant mené au génocide du Rwanda devraient être étudiés de plus près. De même, les implications des ONG ne sont pas forcément dénuées d’arrière-pensées, tandis que les médias ont besoin de sensationnel pour intéresser leurs clients. Autant d’éléments qui rendent difficile la juste appréciation des situations sur le terrain.
    Le rôle de l’information n’a pas été traité, sauf pour signaler, sans développement,  l’importance du renseignement.

                                                                              

    Maroc: première armée, mais grand silence

    Pas de militaire marocain, lors de la rencontre. Du moins pas officiellement, car dans l’assistance, on pouvait reconnaître deux ou trois visages, déjà rencontrés dans d’autres circonstances. En tout cas pas de militaire marocain qui parle.
    Et c’est à regretter car l’armée marocaine est celle qui a la plus grande expérience d’interventions depuis 50 ans, essentiellement avec l’ONU. En fournissant régulièrement 1.700 hommes dans les opérations de maintien de la paix organisées par l’ONU, le Maroc prête un peu moins de 1% de ses militaires. C’est beaucoup moins que l’Egypte, le Burkina ou le Sénégal ; mais c’est dans la moyenne continentale. En revanche, on ne trouve que 5 casques bleus venus d’Algérie alors que c’est le pays africain qui bat tous les records de dépenses militaires (6,4% du PIB, contre 3,3% au Maroc).
    Les FAR sont certes plus tournées vers les opérations médicales et humanitaires, mais elles font aussi du maintien de l’ordre, et le cas échéant, des opérations de secours et d’évacuation d’urgence de populations menacées.
    Elles font aussi du renseignement et des témoins jurent avoir reconnu des accents marocains dans des équipes que l’on pourrait assimiler à des forces spéciales. Qui peut savoir?

     

     

     

     

     

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