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    Géopolitique/Afrique: Le poids trop lourd du «non-encore dit»

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5301 Le 26/06/2018 | Partager
    Institutions très faibles mises en rivalité avec des groupes violents
    Les anciennes analyses sont caduques
    Définition des missions trop imprécise
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     Robert Dossou  est avocat, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien président de la cour constitutionnelle du Bénin. La fragilité des Etats et la puissance des liens ethniques mettent le continent à la merci des guerres civiles, où, contrairement à ce que l’on croit souvent, il est rare que l’idéologie ou la religion dominent les liens tribaux. Mais aujourd’hui encore, parler des ethnies revient à dire de gros mots. Pourtant, le fond sociologique est là d’autant plus puissant que les institutions peinent à prendre en charge les attentes des gens. «C’est aussi simple que cela» dit Me Dossou, l’un  des juristes les plus respectés d’Afrique et faisant semblant de ne pas voir que cette position heurte autant les vues occidentales qu’africaines.  Si la question est un peu dure pour son public, alors il contourne avec des images ou des comparaisons pour que les idées passent quand même. Mais il éclate d’un rire homérique. Il faut choquer un peu,  mais pas trop si l’on veut avancer.  Néanmoins, il ne faut pas compter sur lui pour rejeter les fautes et faiblesses sur l’extérieur, comme le font de nombreux politiciens (Ph BeninwebTV)

    - L’Economiste: Plusieurs opérations de maintien de la paix sont organisées en Afrique. Pourquoi?

    - Me Robert Dossou: Pourquoi le Maroc n’a-t-il pas besoin de ces opérations?! Parce qu’il n’y a pas de crise, les institutions fonctionnent, les hommes politiques peuvent passer de l’opposition au gouvernement. Mais lorsque l’Etat est faible et la crise s’installe sur le territoire, le gouvernement de cet Etat ne peut pas maintenir l’ordre. C’est à ce moment que la communauté internationale organise des opérations de maintien de la paix. Mais cette mission devient de plus en plus délicate, car le maintien de la paix provoque parfois des dégâts. Les troupes assurant ces opérations ne vont pas dans ces pays pour faire la guerre. Mais que faire quand elles sont attaquées ? Que faire si elles voient des actes de violence voire un génocide?  Faut-il contre-attaquer? Attendre la modification du mandat de l’ONU ? C’est un problème difficile mais qui doit nécessairement trouver une réponse.

    - Alors selon vous, quelle devrait être la réponse?
    - Il n’y en a pas encore. Elle est délicate parce que si on dit que cette troupe doit combattre il faudra dire contre qui? Et pourquoi combattre untel plutôt qu’un autre ? Les amis du président ou ses opposants ? Ces opérations sont extrêmement délicates dans certains cas. Dans d’autres cas, la question est claire, comme dans le cas de la lutte contre le terrorisme, il y a une guerre asymétrique. Nous ne savons pas d’où cela vient ni quel camp est concerné. Les attentats suicide compliquent la situation. Au fur et à mesure, il faudrait dégager les voies et les moyens pour résoudre les problèmes. Mais à l’origine, le mal profond qui crée ces situations réside dans l’inexistence réelle d’Etats institutionnalisés, légaux et surtout légitimes. La mauvaise gouvernance et parfois la gourmandise pour les matières premières sont également pour quelque chose. Les pays africains pauvres sans matières premières, Les pays africains avec un Etat légitime qui fonctionne ne génèrent  pas de crises où il faut une intervention extérieure de maintien de la paix. Ces pays peuvent être atteints, de manière collatérale et accessoire. Mais, ils n’hébergent pas, pour l’instant, ce genre de guerre.

    - Dans certaines zones,  des puissances internationales interviennent sans mandat de l’ONU.
    - Non, des contradictions d’intérêt autour de certaines matières premières peuvent générer une guerre civile à l’intérieur d’un pays. On l’a vu dès le lendemain de nos Indépendances, au début des années 1960. A l’époque, on avait vu la guerre civile du Nigéria autour du pétrole. Actuellement, c’est principalement la mauvaise gouvernance, l’inexistence d’un Etat réel, le non respect de l’Etat de droit, des droits de l’homme,… Il n’y a rien à faire, cela crée des crises.

    - Que faut-il faire pour réduire l’influence de mouvements terroristes comme  Boko Haram?
    - Il faut affiner les études sociologiques et politiques et voir quels sont les points d’appui de ces groupes terroristes, leur mode de financement, la tolérance dont ils bénéficient de la part d’Etats et des citoyens. Il s’agira de prendre les mesures qui s’imposent pour les éradiquer. Mais attention, des Etats fragiles ne sont pas en mesure de mener ce combat seuls. Il est donc impératif  d’avoir  une mobilisation de la communauté internationale. 

    - Mais l’Afrique fait l’objet de convoitises de grandes puissances…
    - Je ne pose plus les problèmes en ces termes. Chaque Etat peut convoiter des choses chez l’autre, mais il appartient à chacun de s’organiser pour que les convoitises de l’autre ne lui portent aucun préjudice. J’étais un grand militant anti-impérialiste, dans la lutte contre le colonialisme et le néocolonialisme. J’estime que cette lutte a largement triomphé. Maintenant, une nouvelle phase de lutte, avec d’autres interpellations historiques, qui nous arrivent. Je refuse désormais de dire que c’est l’autre qui est la cause de mes malheurs. J’ai lu avec intérêt l’ouvrage de Venance Konan, un journaliste de Côte d’Ivoire, le directeur de Fraternité Matin. Il dit que « si l’Africain ne veut pas se tenir debout, laissez le tomber mais ne l’empêchez pas de rester debout ». Alors, il nous appartient de nous redresser, de nous tenir debout, qu’il s’agisse de l’Afrique du Nord ou subsaharienne.

    Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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