×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Culture

    Le «régulateur» social est plus qu’un baba cool!

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5300 Le 25/06/2018 | Partager
    «Une alliance pour l’égalité est en train de se cristalliser»
    Avortement, héritage, terres collectives… des appels à la réforme
    Ce grand débat est relayé par le festival Gnaoua
    forum-cndh-00.jpg

    Des militantes féministes, des universitaires et des artistes sont venus de Tunisie, Liban, Mali, Maroc... pour débattre des droits de la femme au Forum CNDH co-organisé par le festival Gnaoua Musiques du monde, les 22 et 23 juin à Essaouira  (Ph. Fadwa Al Nasser)

    Chemise blanche en lin assortie d’un pantalon, de chaussures, lunettes Ray Ban noires et bouteille d’eau minérale Sidi Ali à la main. Le président du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) livre une note «musicale» très juste sur les questions qui agitent le débat public.

    «Malgré les blocages et les résistances, l’égalité est devenue incontournable et constitue, aux côtés de l’abolition de la peine de mort ou de la liberté de conscience, une des composantes principales au débat public au Maroc», note le président du CNDH à l’ouverture du Forum sur «L’impératif de l’égalité» tenu les 22 et 23 juin à Essaouira.

    Cet événement, co-organisé avec le festival Gnaoua Musiques du monde depuis 2012, est un marqueur ponctuel sur une «délibération publique» visant à «renforcer le processus de consolidation démocratique», analyse El Yazami. L’évolution et l’appropriation des droits fondamentaux sont en arrière-plan de ces propos. Même si les autorités viennent d’interdire à Casablanca un colloque sur les libertés individuelles programmé par le Collectif démocratie et libertés. 

    «L’égalité des genres est sous-jacente au débat qui secoue la société marocaine. L’égalité homme-femme évidemment, mais aussi l’égalité d’accès à  l’éducation, la justice, la santé, la culture… La réforme constitutionnelle de 2011 a ouvert tous les champs du possible. Les Marocains s’en saisissent aujourd’hui pour exprimer leurs attentes», relève la cofondatrice du festival Gnaoua, Neila Tazi.

    Les revendications s’enchaînent au point que personne, le gouvernement en premier, n’a vu venir l’appel au boycott lancé le 20 avril sur les réseaux sociaux de marques commerciales comme Sidi Ali.

    Parallèlement, le débat sur le droit à l’avortement et l’égalité successorale, par exemple, est toujours aussi clivant. De par sa fonction de régulateur social, le CNDH a émis deux avis suite à une saisine royale notamment. Son porte-parole revient ainsi sur la pétition des associations de défense des droits des femmes «pour une révision profonde et globale du code de la famille».

    La démission de Asma Lamrabet de la Rabita Mohammedia des Oulamas est un autre indicateur des enjeux qu’affrontent des institutions encore en déphasage avec les changements constitutionnels.

    L’essayiste, absente du Forum CNDH pour «un engagement portant sur la même thématique en Espagne», prône un Islam «qui ne doit être ni une barrière, ni un obstacle pour l’émancipation dans la justice et l’égalité en droits» (cf. L’Economiste du 26 mars 2018).

    Ce débat social est loin d’être clos. L’universitaire et ex-membre du CNDH, Rabéa Naciri, relève certes une «évaporation progressive des promesses constitutionnelles». Cependant, ce constat sert aussi de carburant aux réformateurs au lieu de les décourager.

    «Une large alliance pour la réforme est en train de se cristalliser, encore balbutiante et peu sûre d’elle, voire inconsciente de ce qu’elle est et de ce qu’elle peut constituer dans le futur. Mais elle est là, même si c’est encore en pointillés», estime le président du CNDH.

    Féministe convaincu, Driss El Yazami note que «ce débat agite tous les pays du Maghreb et au-delà, et qu’on ne peut réduire cette revendication (des droits des femmes) à une lubie de militant(e)s «droits de l’hommiste» coupé(e)s des réalités». 

    Et ce n’est pas la députée tunisienne Bochra Bel Haj Hmida qui dira le contraire. Elle préside la commission des libertés individuelles et de l’égalité mise en place par décret présidentiel. «Ce que nous avons obtenu et en train d’obtenir avec les islamistes (d’Annaha), on en rêvait pas avant la révolution en 2011».

    La parlementaire met en exergue ce qu’elle appelle «le paradoxe tunisien». Egalement avocate, elle «espère» que le récent rapport de sa commission qui plaide notamment pour l’égalité en matière d’héritage «ait un effet boule de neige sur toute la région» d’Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

    asmaa-hmzaoui-gnaoua-00.jpg

    A tout juste 20 ans, Asmaa Hamzaoui est leader des Bnat Tambouctou et l’une des rares ambassadrices de l’art gnaoua. Le guembri est un instrument joué par des hommes (Ph. Fadwa Al Nasser)

    Les femmes subsahariennes ont certes les mêmes préoccupations d’égalité, mais leur combat semble ne pas avoir des priorités et un rythme similaires à celui de leurs consœurs maghrébines.

    «Le papa préfère (encore) les garçons aux filles. Mon père a eu 4 femmes et plus d’une vingtaine d’enfants. Sauf que ce sont les filles qui s’occupent aujourd’hui de toute la famille. C’est mon cas», témoigne l’artiste malienne Fatoumata Diawara.

    Cette actrice trentenaire confie «cacher» encore ses menstruations et s’indigne de ces avances indécentes de «coucher» pour percer dans le milieu artistique: «J’ai été élevée dans l’effort au point qu’il m’arrivait parfois d’avoir envie d’être un homme. Le soutien des pères à leurs filles compte beaucoup dans cette quête d’égalité», relève la chanteuse malienne.

    Le droit et le corps ont une autre tonalité lorsqu’ils sont liés à la terre. Rkia Bellot, ancienne fonctionnaire au ministère des Finances, se bat depuis 2007 pour les droits des femmes Soulaliyates, exclues du droit de propriété des terres collectives.

    Rkia Bellot en fait partie puisqu’elle est native de la commune El Hdada dans la région de Kénitra. Son combat, soutenu par l’Association démocratique des femmes du Maroc, a abouti en 2009 à une demi-victoire: une circulaire du ministère de l’Intérieur consacrant l’égalité des droits entre hommes et femmes «uniquement en cas de vente d’une terre collective».

    La circulaire  a été généralisée ensuite à toutes les femmes Soulaliyates du Maroc. Pour Rkiat Bellot, devenue Naîba (représentante des ayants droit quel que soit leur sexe)  depuis, a une priorité: modifier le Dahir liberticide du 27 avril 1919 régissant les terres collectives.

    Gare au piège du féminisme «castrateur»

    Pour le CNDH, le combat pour l’égalité entre homme et femme «reflète les mutations profondes de la société»: transition démographique, scolarisation généralisée et obligatoire, femmes plus nombreuses sur le marché du travail… Il faut se garder toutefois de voir dans les droits des femmes une guerre des sexes. Certes, la biologie compte, mais l’égalité relève des droits des personnes quels que soient leurs physique, origine, conviction… Le discours égalitaire ne doit pas être à sens unique au risque de se retrouver face à un féminisme castrateur. La réciprocité et la cohérence des revendications doivent être la règle pour les deux sexes. Trois cas à méditer: le droit de garde des enfants accordé d’office à la maman divorcée, le congé parental (3 jours pour le père contre 14 semaines pour la mère!) et Al Moutaâ, ce droit au dédommagement accordé à une femme qui divorce… Certaines voix féminines, comme l’universitaire Rabéa Naciri, reconnaissent la légitimité et la pertinence de telles questions qu’elles ont soulevées aussi. Force est de constater que ces points ne sont pas aussi visibles que l’égalité successorale par exemple dans l’agenda revendicatif.

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc