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    Grande distribution: «Le secteur est mûr pour une révolution»

    Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5300 Le 25/06/2018 | Partager
    Le modèle commercial est de moins en moins viable
    L’ONG Oxfam pointe du doigt les inégalités à la chaîne
    Le cas du Maroc étudié
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    Pour certains produits, comme le thé indien et les haricots verts kenyans, les revenus moyens des paysans et des travailleurs n’atteignent pas la moitié du minimum nécessaire pour assurer un niveau de vie élémentaire mais décent au sein de leur société

    Au moment où le débat sur la répartition des richesses entre agriculteurs et grandes surfaces fait rage en France et avec l'affaire du boycott de certains produits de grande consommation au Maroc, Oxfam publie son rapport intitulé «Derrière le code-barre: des inégalités à la chaîne».

    Il en ressort que les inégalités sont omniprésentes dans l’ensemble de l’économie mondiale et le secteur agro-alimentaire ne fait pas exception. C’est à travers plusieurs chapitres que l’ONG britannique révèle les failles du secteur. Au sommet, de grands supermarchés et d’autres géants de l’alimentaire dominent les marchés mondiaux de l’alimentation.

    «Ce qui leur permet d’extraire de la valeur d’immenses chaînes d’approvisionnement qui s’étirent à travers le monde, alors que tout en bas de la pyramide, le pouvoir de négociation des paysans et des travailleurs ne fait que s’amenuiser dans bien des pays producteurs», indique Oxfam.

    Il en résulte des souffrances humaines généralisées parmi celles et ceux qui produisent l’alimentation en vente dans les supermarchés du monde entier. En cette ère des inégalités flagrantes sur le plan mondial et d’aggravation du changement climatique, «ce modèle commercial est de moins en moins viable», s’indigne l’équipe d’Oxfam.

    Entre 1995 et 2011 (la dernière année pour laquelle des données mondiales sont disponibles), non seulement les supermarchés se sont arrogé la plus grosse part parmi les acteurs de la chaîne d’approvisionnement des dépenses en caisse de leurs clients.

    Mais de surcroît, leur part avait accru au cours de la même période (passant de 27% à plus de 30%). Pendant ce temps, au cours de la même période, force est de constater le recul de la part dévolue aux paysans, passant de tout juste 16% en 1995 à moins de 14% en 2011, voire tout juste 7% en moyenne dans certains pays.

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    Pour de nombreux produits (cas des tomates marocaines), les supermarchés ou d’autres grands acteurs ont augmenté la part du prix final à la consommation qu’ils empochent, d’un montant bien supérieur à celui nécessaire pour hisser les revenus des paysans ou le salaire des travailleurs au niveau du minimum vital

    Les analyses réalisées par Basic pour le panier de 12 produits (1) d’Oxfam font apparaître que dans les pays où l’Etat est intervenu pour fixer un prix minimum pour les produits agricoles de base, la part du prix à la consommation versée aux paysans est à peu près le double de celle versée aux agriculteurs qui ne reçoivent pas de soutien de ce type.

    De même, dans des pays comme le Vietnam, l’Equateur, le Maroc et le Pérou, lorsque l’Etat impose un salaire minimum relativement plus élevé (défini ici comme dépassant 50% du PIB mensuel par habitant), l’analyse de Basic constate que les revenus des travailleurs sont bien plus proches des seuils du salaire minimum vital.

    Malgré les pressions exercées sur les fournisseurs, le secteur des supermarchés s’est avéré fort lucratif. Certains plus grands supermarchés au monde cotés en Bourse ont réalisé quelque 1.000 milliards de dollars de ventes en 2016 et près de 22 milliards de dollars de bénéfices. Au lieu d’investir dans la viabilité de leurs chaînes d’approvisionnement, ils ont reversé la même année plus de 15 milliards de dollars de dividendes à leurs actionnaires, déplore Oxfam.

    L’exemple de la tomate marocaine

    L’analyse d’Oxfam suggère qu’il est tout à fait possible que les paysans et les travailleurs gagnent un revenu minimum vital dans les chaînes d’approvisionnement des supermarchés. Il suffirait d’investissements modiques de la part de ces derniers pour combler l’écart entre les revenus et les salaires en vigueur et ceux garantissant le minimum vital par rapport au prix final à la consommation. Par exemple, la part du prix final à la consommation qui est destinée aux travailleurs dans les champs de tomates au Maroc n’atteint que 3,4%, contre 4,7% pour les travailleurs dans les champs du thé en Inde et 1% pour ceux qui travaillent dans la culture des bananes en Équateur.  En outre, la part du prix final à la consommation parvenant aux agriculteurs des plantations de tomates au Maroc est estimée à 26,8% (soit le même niveau que celle qui revient aux agriculteurs opérant dans le café en Colombie). L’exemple de la tomate marocaine reste frappant à ce sujet. En effet, les paysans ne récolteraient que 0,12 dollar par kilo de tomates produit, soit près de 1,14 DH, alors que celui-ci coûtait 1,15 dollar (10,94 DH) dans les supermarchés.

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    (1) Café (Colombie), Thé (Inde), Cacao (Côte d’Ivoire), Riz (Thaïlande), Crevettes, Thon en conserve (Thaïlande), Jus d’orange (Brésil), Bananes (Équateur), Raisin (Afrique du Sud), Haricots verts (Kenya), Avocats (Pérou), Tomates (Maroc)

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