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    Analyse

    Festival Gnaoua Musiques du monde: «Un chapitre va s’ouvrir avec l’inscription à l’Unesco»

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5298 Le 21/06/2018 | Partager
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    «Ce n’est pas en rayant Mawazine de la carte qu’on va régler tous les problèmes du pays. Le festival est financé par des entreprises privées. Elles auraient pu mettre leur argent dans la publicité sans que personne n’ait rien à dire», estime Neila Tazi, cofondatrice du festival Gnaoua Musiques du monde (Ph. NT)

    Le festival Gnaoua se tient du 21 au 23 juin à Essaouira. Il ouvre la saison estivale 2018 avec, en arrière-plan, une actualité bouillonnante. De l’arrivée d’une nouvelle génération de musiciens aux appels au boycott de marques commerciales, en passant par le dossier Unesco, la cofondatrice du festival, Neila Tazi, répond à nos questions.      

    - L’Economiste: Cette 21e édition du festival Gnaoua mise sur la nouvelle génération des maâlems. Est-ce la fin d’un chapitre qui intervient 20 ans après la création du festival?
    - Neila Tazi:
    Cet événement a quelque chose d'intemporel. La musique gnaoua vient de loin, elle est profonde et mystique. Une musique aux lointaines racines qui s’est révélée subitement au plus grand nombre avec la création du festival. Nous avons nous-mêmes été emportés par cette lame de fond qui nous dépassait. Il fallait nourrir ce projet qui nous transportait dans des dimensions culturelle, sociale, politique… Une génération de maâlems nous a quittés, Sam, Abderrahmane Paco, Mahmoud Guinea, Abdelkader Thami et beaucoup d'autres sont décédés depuis. D’où l’importance de créer les conditions de la relève, pour que cette culture continue de vivre. Dans cette dynamique, il y a eu aussi la communication sur le festival, l’organisation, les difficultés pour le pérenniser et la prise de conscience de la nécessaire transmission et de la préservation de ce patrimoine. Donc sa continuité. Un nouveau chapitre s’ouvrira quand la culture des Gnaoua sera inscrite  au patrimoine oral et immatériel de l’Unesco.

    - Justement, où en est cette demande d’inscription?
    - Le ministère de la Culture a inscrit cette demande récemment sur la liste représentative de l’Unesco et non pas sur la liste de sauvegarde d’urgence pour laquelle nous avions pourtant déjà sollicité le ministre de l’époque, Bensalem Himmich, puis ceux qui lui ont succédé. Une association (Yerma Gnaoua) ne peut pas à elle seule mener ce projet sans le parrainage du gouvernement. En 2017, c’est la demande d’inscription de la danse de Taskiouine qui a été déposée à la place de notre dossier. Un pays ne peut pas candidater chaque année parce qu’il y a de plus en plus de demandes, notamment de pays africains.
    Ces derniers sont de plus en plus actifs et le Maroc est d’ailleurs sollicité  au niveau continental pour son expertise dans le montage de ce type de dossier. Un pays ne peut désormais inscrire un patrimoine à l’Unesco que tous les deux ans. Le ministre de la Culture, Mohamed El Aaraj, s’est engagé pour que notre demande soit tranchée en 2019. L’inscription de la culture gnaoua élargira les responsabilités à l’ensemble des acteurs institutionnels et au-delà du festival bien sûr. L’Etat devra prendre des mesures pour sa préservation avec la possibilité de l’inscrire dans des programmes internationaux. Les actions de préservation menées par le pays sont évaluées par l’Unesco. 

    - Vous dites que «l’histoire des Gnaoua porte en elle la question de la reconnaissance d’une minorité, des descendants d’esclaves longtemps marginalisés». Le festival n’a pas exposé que le passé esclavagiste du Maroc. Je me trompe?
    - Nous prévoyons une conférence avec Mohamed Ennaji sur cette thématique en 2019. Au début du festival en 1998, il y avait trois axes, «la scène et la fusion», «la Lila» et un colloque sur les thérapies traditionnelles par la transe. L’ethnopsychiatre feu Abdelhafid Chellih était à l’origine du premier colloque. Il invitait des personnalités reconnues comme Tobie Nathan. Le festival qui devait à la base s’adresser à des initiés s’est vite transformé en un véritable Woodstock.
    Il fallait d’abord asseoir un événement musical. Le colloque a donc été supprimé par manque de moyens. La jeunesse qui déferlait sur Essaouira était au cœur de nos préoccupations. Elle venait y chercher la musique, le bonheur et un espace de liberté. Il faut resituer le lancement du festival en 1998 dans son contexte historique: à la veille du nouveau règne, vent de liberté et d’espoir, libéralisation télécom, début d’internet...
    Puis l’offre de festivals au Maroc s’est démultipliée, ce qui nous a permis de nous recentrer sur nos objectifs avec, entre autres, la mise en place du Forum des droits de l’Homme en partenariat avec le Conseil national des droits de l'Homme (CNDH) qui défend aussi les droits des minorités.

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    Pour son édition 2018, le festival Gnaoua Musiques du monde dispose de 15 millions de DH contre 600.000 DH en 1998. «Le budget de cette édition est à peu près cinq fois moins que celui réservé à des événements similaires comme les Vieilles charrues en France», commente la cofondatrice du festival, Neila Tazi

    - Vous avez «été obligés de réduire la voilure». A quoi ressemblerait cette manifestation sans ce freinage volontaire?
    - C’était le premier festival populaire. Essaouira, la cité endormie,  était tout d’un coup envahie durant quatre jours, et chaque année un peu plus. Il fallait laisser le temps à la ville de s’organiser pour accueillir ces centaines de milliers de festivaliers alors que les moyens financiers ne suivaient pas. Essaouira était un peu marginalisée et en manque de ressources. Une cité qui se retrouve avec une foule aussi importante a forcément une surcharge en termes de gestion. Tout devenait trop, la consommation électrique, la gestion des déchets, l’approvisionnement, la gestion des flux, les parkings, la capacité d'hébergement, etc. Je tiens d’ailleurs à féliciter et à remercier les responsables de la ville et les pouvoirs publics pour leurs efforts. Nous sommes devenus un grand festival même si ce n’était pas l’objectif initial. La réaction du public nous a mis face à des responsabilités. L’important était de préserver la symbiose entre les artistes, le public et l’atmosphère de la ville. Il fallait trouver des moyens  pour augmenter le nombre de scènes, améliorer l’accueil, la technique, les accès, la sécurité et bien sûr la programmation.

    Propos recueillis par Faiçal FAQUIHI

     

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