Competences & rh

Entrepreneuriat: Trois fois plus de projets, mais peu d’emplois

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5277 Le 22/05/2018 | Partager
Plus de la moitié ne prévoient de créer aucun poste pendant 5 ans!
35,4% des entrepreneurs tentent leur chance par nécessité et restent peu innovants
R&D, formation, financement… éternels maillons faibles
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Même si le Maroc compte aujourd’hui plus d’entrepreneurs, leur part reste en dessous de la moyenne des économies à développement comparable, et de celle de l’ensemble des 54 pays de l’enquête GEM

L’écosystème entrepreneurial n’a pas tellement changé au cours des 3 dernières années au Maroc. Pourtant, en l’espace d’un an, le nombre d’entrepreneurs naissants (moins de 3 mois d’activité) a triplé. Leur part est passée de 1,3% en 2016 à 4,2% en 2017 (voir tableau).

C’est ce que révèle le rapport sur la dynamique entrepreneuriale au Maroc en 2017, élaboré par la faculté de droit de Casablanca, dans le cadre de l’enquête internationale GEM (Global Entrepreneur Monitor). Les résultats ont été récemment présentés dans le centre Links, à l’occasion du Forum marocain de l’entrepreneuriat.

«Aujourd’hui, nous avons la preuve qu’une politique publique peut engendrer un impact immédiat. La mise en place du statut d’auto-entrepreneur a permis de créer 70.000 entreprises en un an», explique Khalid El Ouazzani, team leader GEM Maroc, directeur du laboratoire de recherche Entrepreneuriat & Management des organisations.

«Contrairement au programme Moukawalati, le lancement de ce statut n’a pas coûté grand-chose. Il a suffi de lever les entraves administratives et d’offrir un dispositif fiscal et d’accompagnement adapté aux jeunes entrepreneurs», poursuit-il.

Grâce à cette progression, le Maroc a pu améliorer son classement d’une quinzaine de places dans le ranking de GEM, qui couvre 54 pays, pour atteindre la 37e position. «Il est peut-être temps de penser au statut d’étudiant entrepreneur», suggère, pour sa part, Salah Koubaa, vice-doyen de la faculté, en charge de la recherche et de la coopération.

Le taux d’activité entrepreneuriale (TAE) est ainsi passé de 5,6% à 8,8%. Néanmoins, ce ratio demeure en dessous de la moyenne internationale (14,9%). L’amélioration du TAE cache, par ailleurs, des réalités peu réjouissantes. 35,4% des entrepreneurs marocains entreprennent pas nécessité et non par opportunité.

«L’impact de ce type d’entrepreneuriat, généralement informel, sur le développement économique est marginal. Il est faiblement créateur d’emplois et peu innovant. D’où l’importance de politiques d’appui ciblées, en fonction du profil du porteur de projet», souligne El Ouazzani.

En effet, plus de la moitié des créateurs d’entreprises (53,2%) ne prévoient pas de créer d’emplois dans les cinq prochaines années. Seuls 10,8% envisagent de générer plus de 5 postes, et 36% entre 1 et 5. Selon l’enquête, la dynamique entrepreneuriale enclenchée entre 2015 et 2017 s’est accompagnée d’une perte d’un tiers du potentiel d’emploi.

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97,9% des sondés n’ont pas eu recours à un service d’accompagnement durant les 12 derniers mois, selon l’enquête. Il s’avère que près de la moitié en ignorent l’existence

En outre, moins du cinquième (18,7%) prévoit d’introduire une innovation (produit ou marché). Les entrepreneurs sont aussi peu ouverts sur l’export. Uniquement 3,8% s’inscrivent dans une dynamique internationale.

L’écosystème entrepreneurial, quant à lui, reste grevé par une multitude de freins. L’éducation & formation à l’entrepreneuriat, le transfert R&D et le financement sont les points les plus problématiques.

En matière d’éducation et de formation entrepreneuriale, notamment dans le primaire et le secondaire, le Maroc est classé avant-dernier, devant l’Egypte. Au niveau de la R&D, il n’existe toujours que peu d’interactions entre les milieux universitaires et économiques, et peu d’incitations publiques à l’innovation et à l’acquisition de nouvelles technologies. Là encore, le Maroc est avant-dernier.

Concernant le financement, l’accès à des fonds reste difficile, même auprès des canaux classiques (banques, microcrédit). Le capital investissement, lui, est toujours négligeable. Sur ce volet, le Maroc est classé 48e sur 54 pays. Les politiques et programmes publics en faveur de la création d’entreprises sont également décriés. De même que l’ouverture du marché, sanctionné par des barrières à l’entrée et par l’inefficacité de la loi sur la concurrence. 

En revanche, du côté des infrastructures (physiques, commerciales et de services), l’enquête salue les progrès réalisés. C’est l’aspect où le Maroc est le mieux noté. L’environnement entrepreneurial est pour ainsi dire «hostile». Il existe bien des dispositifs d’appui des porteurs de projets. Mais ils sont méconnus (voir graphique).

3.099 ménages sondés

L’enquête nationale sur l’entrepreneuriat au Maroc a été réalisée par le laboratoire Entrepreneuriat & Management des organisations, relevant de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Casablanca. Elle rentre dans le cadre de l’étude internationale GEM (Global Entrepreneurship Monitor), couvrant 54 pays.   

Le laboratoire n’a pas fait les choses à moitié. Il s’est penché sur un échantillon de 3.099 ménages, acquis auprès du HCP, et de 83 experts nationaux. Il s’est également basé sur une compilation des données des trois années durant lesquelles l’étude a été menée au Maroc. Les services d’un cabinet de sondage ont, par ailleurs, été sollicités. L’étude, plutôt coûteuse, n’aurait pas pu voir le jour sans le financement de la région Casablanca-Settat.

«Grâce à ce travail, nous avons pu constituer une base de données exceptionnelle de plus de 7.000 personnes et de 250 experts. Ce capital, nous le mettons à la disposition des doctorants, chercheurs et acteurs du monde socioéconomique», relève Khalid El Ouazzani, directeur du laboratoire.

«L’étude GEM cible les individus de 18 à 64 ans, et non seulement les entreprises formelles. Elle représente ainsi le vrai reflet de l’entrepreneuriat dans notre pays», tient-il à préciser. L’objectif est de mesurer le niveau de l’activité entrepreneuriale, de procéder à des comparaisons à l’échelle internationale, d’identifier les freins et les facteurs de réussite, et de proposer des recommandations aux pouvoirs publics.

 

 

 

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