Dossier Spécial

Enseignement/Regroupements, alliances, fusions… le privé se redessine

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5260 Le 26/04/2018 | Partager
L’UIC, l’ESG, l’UPM et l’Emlyon dans le giron du fonds KMR
L’EMSI s’allie au fonds Actis et rejoint son réseau panafricain aux côtés de Mundiapolis
Les établissements unissent leurs forces pour investir l’Afrique
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Après la première vague de reconnaissances de l’Etat en 2017, une deuxième a été annoncée fin mars dernier. Cinq écoles en ont bénéficié: le groupe HEM, les trois campus de l’EMSI, Sup de Co, l’Estem et l’IGA

Ça bouillonne dans l’enseignement supérieur privé au Maroc. Après plusieurs années de quasi léthargie, le secteur se reconfigure. De nouveaux jeux d’alliances, des regroupements, une course pour la reconnaissance de l’Etat… La Fédération de l’enseignement supérieur privé vient même d’être dissoute. Un nouveau chapitre semble s’ouvrir.

Ces dernières années n’ont pas été faciles. Les inscriptions n’ont cessé de reculer. De 2011 à 2016 uniquement, elles ont été presque divisées par deux, pour se situer à près de 4,5% du total des effectifs du supérieur. De nouveaux opérateurs ont également fait leur apparition.

Outre les écoles privées qui se sont regroupées pour créer des universités (Universiapolis, Mundiapolis…), d’autres, issues de partenariats public-privé ou public-public (UIR, Université euroméditerranéenne de Fès, Université Mohammed VI Polytechnique…), ont vu le jour. De grandes écoles françaises sont aussi venues s’installer au Maroc (Ecole centrale Casablanca, l’Essec, Paris Dauphine, HEC, Emlyon, TBS…). L’offre s’est élargie, et la concurrence s’est accentuée.

Les étudiants auront l’occasion de le voir à l’occasion de la 27e édition du Forum international de l’étudiant, qui s’ouvre ce jeudi à Casablanca. Les écoles privées établies depuis des décennies n’ont eu d’autres choix que de redéployer leurs cartes. C’est ainsi que plusieurs ont ouvert leur capital à des fonds d’investissement privés, et se sont mises en réseau avec d’autres établissements.

Après Mundiapolis, l’EMSI a, par exemple, ouvert son capital au fonds Actis. Les deux établissements ont intégré son réseau panafricain Honoris United Universities, le premier en Afrique. L’ESG et l’Emlyon, pour leur part, se sont alliées à KMR Holding pédagogique (soutenu par le fonds  britannique DPI), propriétaire de l’UPM, qui a récemment racheté l’UIC. KMR ambitionne de créer un groupe marocain de dimension africaine.

Tandis que HEM a ouvert son capital à la Société financière internationale. «Grâce au concours de la SFI, nous avons pu ouvrir notre école de Fès, et développer notre pôle Med Métiers à Tanger», précise Hassan Sayarh, DG de HEM. Et ce n’est pas fini, d’autres alliances, voire des fusions, sont attendues.

«Ces fonds cherchent des regroupements afin de pouvoir investir l’Afrique. DPI, par exemple, sont déjà au Sénégal et en Côte d’Ivoire», explique Jacques Knafo, vice-président de la Conférence des grandes écoles, fondateur de l’ESG. «Le plus important, c’est la circulation des étudiants, qui pourront se rencontrer à l’échelle du continent», poursuit-il.

Pour faire le poids devant la concurrence en Afrique, mieux vaut unir ses forces. «L’EMSI est dans une logique de regroupement. Nous ciblons particulièrement l’Afrique francophone, afin de participer à la mobilité des étudiants et à la formation des élites africaines de demain», confie Kamal Daissaoui, président de l’EMSI.

Avec la reconnaissance de l’Etat, ouverte en 2015, les écoles ont accédé à un avantage concurrentiel de taille: la possibilité de délivrer des diplômes équivalents à ceux du public. «La reconnaissance permettra de tirer le secteur vers le haut, mais aussi d’attirer de nouveaux fonds d’investissement», estime Khalid Benzakour, DG de l’ISGA.

En effet, offrir un diplôme équivalent encouragera plus d’étudiants africains à opter pour le Maroc, dont la part de marché pourrait nettement s’améliorer. Son statut de plateforme d’investissement vers le continent ne pourrait que se renforcer. «Au même titre que les Marocains, les étudiants subsahariens sont friands de diplômes. Néanmoins, l’Etat doit jouer son rôle pour garantir la qualité de ces diplômes», insiste Knafo.

Pour l’ancien président de la Fédération de l’enseignement supérieur privé, il faut faire attention à ne pas «brader» la reconnaissance de l’Etat. «Le label a été octroyé à des écoles qui ne justifient pas encore de toutes les conditions du cahier des charges du ministère. Nous risquons de galvauder la reconnaissance, comme ce fut le cas des accréditations de filières», prévient-il. D’où l’importance du renforcement du dispositif de contrôle.

Des écoles multi-sites qui résistent

Contrairement à la majorité des écoles privées, installées dans l’axe Casablanca-Rabat, certaines ont choisi de se développer dans plusieurs  villes et régions, souvent boudées. C’est le cas de HEM et de l’ISGA. «Ces écoles multi-sites ont un rôle important à jouer dans le développement des régions. Les textes de loi ne les ont malheureusement pas prévues. Les pouvoirs publics doivent les encourager», estime Khalid Benzakour. Faute de demande, difficile de résister dans de petites villes. «L’ISGA, par exemple, a dû fermer son école de Settat et la transférer à Casablanca, ce qui est dommage», regrette Benzakour.

 

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