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    Economie

    Le secteur de l’édition traîne toujours sa grosse dépression

    Par Aïda BOUAZZA | Edition N°:4958 Le 10/02/2017 | Partager
    Seulement 3.304 documents produits en 2015-2016
    Dégringolade des publications francophones
    95% des livres marocains sont publiés en une seule édition et 3,10% sont réédités une seule fois!
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    Source: Fondation du Roi Abdul-Aziz

    «Le monde du livre marocain est jeune, urbain et partagé entre les secteurs arabophone et francophone, qui présentent chacun leur propre fonctionnement, leurs propres acteurs et leurs propres objets, soumis à des pratiques et à des valeurs spécifiques». C’est ce que décrit notamment Anouk Cohen, chargée de recherche au CNRS, membre du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative, dans son livre «Fabriquer le livre au Maroc», paru en 2016.

    Est-ce à dire que le pays connaît une effervescence de production, des grands succès de librairies, de grands ouvrages de sciences humaines tirés à plusieurs milliers d’exemplaires?
    Ce n’est malheureusement pas encore le cas (cf notre édition du 1er février 2017 www.leconomiste.com) et c’est ce qui ressort du tout dernier rapport de la Fondation du Roi Abdul-Aziz pour les Études islamiques et les Sciences humaines qui vient de publier pour la deuxième année consécutive son rapport annuel (2015/2016) sur l’édition au Maroc. Et ce, à l’occasion de la tenue à Casablanca du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) qui a ouvert ses portes ce jeudi. L’objectif est de contribuer à une meilleure perception de la réalité de l’édition, et de sa dynamique.
    Ce rapport situe les grandes tendances de la scène éditoriale dans les domaines littéraires et ceux des études en sciences humaines et sociales par rapport à plusieurs critères notamment la langue, les champs disciplinaires…
    Ainsi, pour l’année 2015/2016, le Maroc a produit 3.304 documents contre par exemple 66.000 pour l’Espagne! Et ce sont surtout les hommes qui sont les auteurs les plus prolifiques avec 86%. Les données du rapport en disent long sur l’état du secteur: 95% des livres marocains sont publiés en une seule édition et 3,10% sont réédités une seule fois! Quant au prix moyen, il a connu une légère baisse atteignant 61,10 DH (94 DH en Algérie et 96 DH en Tunisie).
    «Le chiffre de 3.304 publications représente plus que ce que produisait le Maroc en un siècle il y a quelques années. Tout est relatif», temporise Mohamed Sghir Janjar, directeur adjoint de la Fondation du Roi Abdul-Aziz.
    Dans le détail, sur le total de 3.304, 2.807 sont des ouvrages et 497 des revues académiques et culturelles, marquant une augmentation de 19% par rapport à 2014/2015. C’est le roman (ou œuvres littéraires) qui est en tête avec 675 publications (25%). Avec tous les chantiers de réforme des textes de loi, le droit se taille une bonne place avec 371 titres (13,69%), suivi de près par les études islamiques qui affichent 274 titres (10,10%).

    Spinoza, Kant, Arkoun... La philosophie de retour

    De son côté, la production d’ouvrages dans les disciplines économiques et financières qui sont restées exclusivement francophones peine à émerger. C’est le cas également des sciences humaines comme la philosophie (3,20%), la psychologie (0,48%), les études des autres religions (0,36%). Pour le cas particulier de la philosophie, le bilan est nettement plus important que l’année précédente avec une augmentation de 45%. Une tendance qui s’explique par la hausse des traductions de textes philosophiques contemporains tels que Michel Foucault, Spinoza, Kant... La philosophie arabe n’est pas en reste avec Ibn Rushd, Ibn Tofail ou encore Arkoun. Autre tendance dégagée par le rapport, l’avancée de l’arabisation avec une hausse significative des publications de 58% dans les années 80 à 82,5% aujourd’hui. Une situation qui s’explique par l’élargissement et la généralisation de l’instruction publique, mais aussi par l’accroissement du nombre d’étudiants des universités dans les branches littéraires et en sciences humaines et sociales (enseignement arabisé depuis le milieu des années 70).

    Méthodologie

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    Pour élaborer le rapport, les rédacteurs se sont basés exclusivement sur les informations bibliographiques réunies dans la base de données de la Fondation, continuellement mise à jour, au rythme des acquisitions quotidiennes sur le marché local à travers les différentes régions du Maroc.
    Ces acquisitions portent sur toutes les publications (ouvrages et revues) toutes langues et spécialités confondues, à l’exception des imprimés relatifs aux sciences dites exactes (physique, chimie, médecine, biologie...), les livres pour enfants et manuels scolaires, les imprimés à usage pratique (livres de cuisine, de décoration, livres-santé,....) ou encore les imprimés de vulgarisation sans portée informative ou académique.
    Deux semaines par an, le service d’acquisition de la Fondation se transforme en une unité nomade qui sillonne le Maroc à la recherche de nouvelles publications introuvables dans les librairies de l’axe Casablanca/Rabat. «L’éclatement du marché du livre au Maroc, ainsi que l’ampleur des titres publiés, chaque année, à frais d’auteur, font que le tiers des ouvrages recensés annuellement dans le rapport de la Fondation, ne sont repérables ni dans les points de vente de l’axe Casablanca/Rabat, ni au SIEL», est-il expliqué.

    A l’inverse, les publications francophones accusent un net recul, ne couvrant plus que 14,5% du volume de l’édition marocaine. Le rapport relève à ce sujet, que le milieu de l’édition au Maroc ne compte plus que 3 éditeurs importants en langue française, notamment la Croisée des Chemins, Marsam et le Fennec.

    Le HCP et les Finances, gros producteurs

    Pour sa part, l’amazigh reste très timide avec seulement 50 titres et concerne principalement les recueils de poésie (21), les nouvelles (16), les romans (6) ou encore les pièces de théâtre (5). Par ailleurs, aux côtés des documents papiers,

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    L’écart s’est creusé entre la langue arabe et la langue française durant la période 2001-2016 alors que durant la période 1960-1980 le rapport était relativement équilibré

    l’électronique fait son entrée, représentant 25,35% des revues publiées. Les principaux éditeurs sont essentiellement des institutions publiques, productrices de rapports, enquêtes ou actes de colloques. Sur la liste des gros producteurs figurent le Haut commissariat au plan et le ministère des Finances. A ce niveau, la langue qui domine est le français avec 67% de la production, suivi de l’arabe (24%) et de très loin par l’anglais (3%).Une nouvelle tendance est observée du côté des publications portant sur les juifs du Maroc au cours de la période 2015/2016. Ce sujet, longtemps accaparé par des chercheurs étrangers ou des juifs marocains travaillant en langues étrangères, suscite l’intérêt d’auteurs arabophones. Ces chercheurs se focalisent notamment sur le judaïsme local, les juifs de Safi, du Souss et de l’Anti-Atlas. Ce rapport relève la publication d’un ensemble de 9 ouvrages, une production faible, mais qui atteste tout de même de l’intérêt porté par des jeunes chercheurs au patrimoine judéo-marocain comme composante de l’identité culturelle du pays.

    La religion, 3e discipline éditoriale

    La tendance était perceptible et les chiffres le confirment aujourd’hui: les publications religieuses poursuivent leur trend haussier, particulièrement au cours des deux dernières années. «L’encouragement de l’édition du livre islamique au Maroc rentre dans le cadre de la mise en valeur du patrimoine et de la tradition religieuse locale», précise le rapport. De nombreuses institutions, notamment le ministère des Habous et des Affaires islamiques, la Rabita Mohammadia des Oulémas mais aussi des acteurs privés comme la fondation Mouminoun sans frontières ou les éditions Al-Aman contribuent à cet accroissement. L’impression du livre religieux à compte d’auteur soutient également cette activité avec 76 titres publiés, soit 27,73% de l’ensemble des ouvrages d’études islamiques.
    Trois thématiques, à la fois religieuses et intellectuelles semblent retenir l’attention des auteurs et éditeurs marocains: la question de l’enseignement religieux (24 titres); la réforme et le renouveau de la pensée religieuse (10 titres) et la pensée islamique à l’épreuve des questions sociales contemporaines (24 titres). Pour la petite histoire, le Maroc, jusqu’à la fin du siècle dernier s’est contenté d’importer les livres religieux produits au Moyen-Orient, notamment au Liban et en Egypte où opéraient les plus grandes maisons d’édition spécialisées en patrimoine religieux islamique, y compris celui de l’Occident musulman (al-Andalus et le Maghreb).

     

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