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    Hommage à la revue «Souffles»: Retour sur une partie de l’histoire du Maroc

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:4949 Le 30/01/2017 | Partager
    Elle a marqué la mémoire collective de toute une génération
    Une révolution culturelle toujours nécessaire
    L’intégralité des numéros numérisés par la Bibliothèque nationale
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    Le livre consacré au cinquantenaire de la revue retrace un pan de l’histoire contemporaine culturelle et politique du Maroc

    C’est l’une des aventures artistiques et intellectuelles les plus marquantes du Maroc post-indépendance, et elle aura duré 7 ans (1966-1972). Elle fait partie de ce que Roland Barthes appelle «les revues assez ponctuelles, éphémères, fugitives, transitoires, mais qui représentent des moments significatifs de l’histoire», peut-on lire dans le livre consacré au cinquantenaire de la revue Souffles: «Une saison ardente, Souffles, 50 ans après»  publié aux éditions du Sirocco. Car c’est bien de Souffles/Anfas qu’il s’agit, un magazine imaginé par un groupe d’intellectuels et d’artistes engagés sous la direction de l’écrivain, poète et militant Abdelatif Laâbi (Goncourt de la poésie 2009 et Grand Prix de la francophonie de l’Académie française en 2011), aux côtés du poète Mostafa Nissaboury et de l’écrivain Mohammed Khair-Eddine et qui vu avec le regard du présent, retrace un pan de l’histoire contemporaine culturelle et politique du Maroc, du Maghreb et même au-delà. Initialement dédiée à la poésie, la revue a très vite pris une dimension de créativité multidimensionnelle.

    Une production esthétique, culturelle et militante en ces temps où les combats postcoloniaux passaient par une réappropriation de l’identité en passant par la culture: «Un projet de la décolonisation des esprits, de la reconstruction de l’identité nationale revendiquée dans la diversité de ses composantes, de l’insertion de la création littéraire et artistique dans l’aventure de la modernité» selon son fondateur. Les initiateurs du projet étaient, en effet,  partis du constat que le mouvement national s’était occupé essentiellement du combat politique, sans avoir jamais posé la question de comment décoloniser les esprits. «Il s’agissait à l’époque de  recouvrer la souveraineté sur notre mémoire». L’entreprise est louable mais lourde de responsabilités et de contraintes. Les moyens font défaut et ce sont ses fondateurs qui cotisent collectivement pour sortir chaque trimestre un numéro en arabe et en français. Très vite, une poignée de penseurs, d’artistes peintres, d’écrivains, de cinéastes… se joignent aux fondateurs. Ils s’appellent Driss Chraïbi,Tahar Benjelloun, Ahmed Bouanani, Farid Belkahia, Mohamed Melihi, Mohammed Chabaa... tous à peine trentenaires mais qui deviendront les plus grandes figures de la littérature et des arts au Maroc. Une concentration rare de talents, qui se constitue en collectif  avant-gardiste, multidisciplinaire avec pour seul objectif: démocratiser l’art et la culture et les rendre accessibles à tous.

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    Affiche réalisée par Hariri en 1969 pour le numéro spécial de Souffles sur la Palestine. La revue va très vite prendre faits et causes pour les questions politiques de l’époque,  particulièrement ceux liés aux mouvements idéologiques et culturels du Tiers monde (Crédit: Souffles)

    Un objectif qu’il sera difficile à maintenir face aux bouillonnements sociaux et  politiques dans le monde de l’époque. La revue est très vite rattrapée par la pensée politique et devient la voix d’un mouvement où les opinions marxistes-léninistes s’affichent de plus en plus.  Un changement radical au niveau du projet culturel initial, qui fera que certains des membres créateurs vont se retirer de l’aventure.  La revue continue toutefois son aventure, avec une plus forte ouverture sur  le monde, en prenant faits et causes pour les grandes questions de l’époque liées particulièrement aux mouvements idéologiques et culturels du Tiers monde.  Même si Abdellatif Laâbi s’en défend  «C’est que Souffles n’a pas été une tribune de révoltés ou de «jeunes expérimentateurs», ni essentiellement un vecteur d’action politique et idéologique; en laboratoire d’idées et de création, elle a posé dans des termes inédits les problèmes fondamentaux de notre société…», dit-il en préambule du livre, la revue qui a marqué la mémoire collective de toute une génération tant par l’audace de son ton, mettant à nu les réalités de l’époque, par l’espace de vulgarisation artistique qu’elle a créé contrarie fortement le pouvoir.

    Les arrestations, en ces années de plomb, ne tardent pas et l’inculpation tombe comme un couperet: «atteinte à la sûreté de l’État» Anfas, le pendant arabophone de la revue est d’abord interdit, s’ensuit Souffles en 1972. Les deux revues resteront pendant très longtemps introuvables et très peu de bibliothèques pouvaient les proposer que ce soit au Maroc, au Maghreb ou même en France.  Deux chercheurs universitaires américains Thomas Spear et Carole Netter vont cependant faire un travail de collecte et de numérisation et de mise en ligne d’une partie des publications de la revue, à partir de 1997, sauvant ce patrimoine politique, culturel et  historique de l’oubli.  Et ce n’est qu’en 2010 que la Bibliothèque nationale du royaume s’attelle à la numérisation et la publication de l’intégralité de la revue Souffles et Anfas désormais mise à la disposition du public. L’occasion pour des jeunes de faire connaissance avec une génération exceptionnelle par ses engagements et ses luttes, sa réflexion et ses questionnements qui restent encore aujourd’hui d’une affligeante actualité.

     

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