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    Analyse

    Clémentines: Le «label» Berkane en mauvaise passe

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4948 Le 27/01/2017 | Partager
    Effondrement des prix suite à l’inondation du marché par les grandes plantations
    La production en hausse de 22% cette année pour atteindre 325.000 tonnes
    L’agropole ne se développe pas au rythme projeté

    «Les oranges de Berkane», les vendeurs dans les marchés de fruits et légumes du Maroc s’égosillent pour écouler leurs cargaisons de clémentines, originaires souvent d’autres régions. L’évocation de cette ville suffisait pour accrocher une clientèle habituée à ce label de qualité. Cette réputation, ancrée dans les mentalités, commence à prendre des rides. L’image d’Epinal est écornée, et les digues ont bougé cette saison. Le premier signal de ce séisme est venu du cri d’alarme lancé par les petits agriculteurs de la région de Berkane. Ceux-ci vivent un véritable drame, marqué par la perte de leur récolte de cette année, estimée à plusieurs dizaines de millions de DH.

    Le mal est si profond qu’ils ont organisé pour la première fois un sit-in la semaine dernière, avec pick-up, tracteurs et autres engins agricoles, devant la province de la ville avant de se diriger en cortège vers la wilaya d’Oujda. A la sortie de Berkane, les forces de l’ordre les ont stoppés. Par ce mouvement, ils ont voulu exprimer leur colère contre le gouvernement et contre les grands producteurs. Par le passé, ces petits agriculteurs avaient l’habitude de vendre leur récolte de clémentines sur pied aux plus grands qui se chargeaient de sa cueillette et son transport vers les stations de conditionnement. Après le traitement et l’emballage, les meilleurs calibres étaient destinés à l’exportation. Les écarts de triage sont canalisés vers le marché local et national. Cette année, les grands opérateurs ne sont pas venus les prospecter. Le marché a été inondé par la production des nouvelles plantations qui ont commencé à donner leurs fruits, avec un effondrement considérable des prix. La production devra atteindre 325.000 tonnes, en hausse de 22% par rapport à la campagne précédente. Ces quantités sont appelées à augmenter les années à venir.

    Et pour cause, en moins de 10 ans, la superficie consacrée aux agrumes dans le périmètre irrigué de Berkane est passée de 14.000 à 20.000 hectares. D’ici là, si rien n’est fait, la situation des petits agriculteurs devra s’aggraver. Surtout qu’à part certains gros opérateurs qui ont obtenu de grandes superficies à la faveur de la politique de partenariat public-privé initiée par Driss Jettou, alors Premier ministre, et développée par Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture, l’écrasante majorité de ces producteurs sont de petits agriculteurs qui possèdent moins de 5 hectares. Cette population, fragilisée, est aujourd’hui sinistrée.

    Certains d’entre eux pensent sérieusement à l’arrachage des vergers pour se réorienter vers des cultures maraîchères. D’autant que la plupart d’entre eux sont confrontés au remboursement des dettes contractées auprès des banques (Banque Centrale Populaire et le Crédit Agricole du Maroc principalement), des fournisseurs d’engrais et de produits phytosanitaires. Sans parler des factures d’eau d’irrigation. Ce phénomène n’existe pas dans les autres régions connues pour la production de clémentines comme Agadir, Béni Mellal ou le Gharb.

    Agropole

    Cette surproduction aurait pu être absorbée dans la fabrication des jus et de la confiture d’orange, souligne un agriculteur de la place. En effet, pour bétonner leurs dossiers et convaincre la commission d’attribution, plusieurs attributaires de terres agricoles avaient annoncé des investissements dans l’industrie de transformation et de valorisation. Outre les agrumes, ils avaient insisté sur la transformation de la pomme de terre de Berkane en frites et chips. Les conserves et le conditionnement de tomates cerises n’étaient pas en reste. La plupart de ces promesses ne sont pas tenues. Certains bénéficiaires sont allés jusqu’à la sous-location des terres. Ce n’est pas pour rien que lors du sit-in des petits et moyens agriculteurs, une de leurs revendications a porté sur la mise à niveau du marché et «l’envoi d’une commission spéciale à l’agropole de Berkane qui s’est transformée en parc d’exposition, brisant ainsi les ambitions des agriculteurs dans le domaine de l’industrie de transformation», lit-on dans le communiqué publié à cette occasion.

    En fait, l’agropole de Berkane, installée au cœur de la plaine de Triffa et lancée en 2009, a du mal à décoller. Pourtant, les besoins sont énormes. Des unités de conditionnement et d’emballage des clémentines, installées à l’origine à l’extérieur du périmètre urbain, sont aujourd’hui entourées de zones résidentielles.  Plusieurs de ces propriétaires et d’autres potentiels acquéreurs jugent le prix au mètre carré de l’agropole élevé (350-400 DH), d’autant qu’ils ont besoin de grandes superficies pour construire leurs installations. Rien que pour cette étape, ils devront mobiliser plusieurs millions de DH. Pour plusieurs agriculteurs, c’est un blocage pour les investissements. Pour le contourner, certains d’entre eux ont décidé de construire ces infrastructures sur leurs domaines agricoles. C’est le président de la commune rurale du chef-lieu qui donne ces autorisations sans en mesurer les conséquences sur l’environnement et sur la viabilité de projets d’investissements publics comme l’agropole de Berkane. Attention, d’autres opérateurs ont franchi le pas.

    Si les uns ont acheté le terrain et attendent une meilleure conjoncture, d’autres ont commencé à construire. Ce qui fait que le rythme de croisière n’est pas encore atteint. Quoique des entreprises qui s’y sont installées sont loin de la valorisation agricole. C’est le cas de la vente  automobile, électrique ou de matériel d’irrigation. Pour un responsable au sein de l’Office de mise en valeur agricole de la Moulouya, c’est normal que ces entreprises, en lien avec l’activité,  s’installent dans cette zone. Le prix au mètre carré y est nettement inférieur à celui pratiqué en ville (6.000 DH).

    Qualité détériorée

    Par le passé, les plus gros venaient chez les plus petits pour leur acheter les clémentines et les mandarines sur pied. Parfois, ce sont des commerçants venant d’autres régions pour charger les camions afin d’approvisionner les marchés de gros de plusieurs villes du pays. Cette fois-ci, la qualité n’a pas été au rendez-vous. En cause, l’absence de précipitations le printemps et l’automne et le niveau insuffisant des retenues d’eau dans le barrage destiné à l’irrigation du périmètre de Berkane. Résultat: les calibres de ces clémentines étaient petits et donc pas très recherchés ni pour le marché national ni pour l’exportation. Par la suite, les pluies abondantes de décembre n’ont pas arrangé les choses. La qualité s’est détériorée: la clémentine a gonflé, créant un vide entre la peau et la pulpe. Les grands opérateurs, dotés de système d’irrigation de goutte-à-goutte, n’ont pas connu ces mésaventures. Ils ont pu obtenir de bons produits.

     

     

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