×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Competences & rh

    Frais de scolarité : Une brèche vers l’école publique payante?

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4912 Le 06/12/2016 | Partager
    La participation financière des parents décriée
    Un fonds de solidarité alimenté par le privé, les collectivités territoriales… d’autres pistes à étudier
    Le vide gouvernemental laisse libre cours aux spéculations et surenchères populistes
    frais_scolarite_012.jpg

    A lui seul, le financement ne changera pas la donne du système d’enseignement. Preuve en est, le rendement des écoles qui ne cesse de se dégrader, même si les budgets ont sensiblement augmenté. Le Maroc dépense toujours mal son argent. La mauvaise gouvernance et l’inefficacité du système conduisent à des gaspillages énormes

    Oui l’école publique, malgré les dizaines de milliards de DH dépensés chaque année, a encore besoin de ressources. Pour embaucher plus d’enseignants, assurer un suivi individualisé des élèves, mettre à niveau des établissements, en construire d’autres, les équiper, donner vie aux programmes avec des activités parascolaires… Cela dit, faut-il obliger les parents à contribuer plus à son financement? «Dire que l’éducation est à 100% gratuite au Maroc est faux. En achetant des fournitures scolaires et des manuels, les parents y participent déjà à hauteur de 9 à 11%», relève un chercheur en éducation. Sans compter les cours de soutien auxquels ils doivent inscrire leur progéniture dans l’espoir de la sauver de l’échec.  
    Dans son axe financement, la Vision 2015-2030, validée par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique l’an dernier, propose des frais d’inscription dans le supérieur, et à terme, au niveau du lycée. Ceci, afin de «diversifier» les sources de financement. Les élèves et étudiants issus de milieux démunis en seraient exemptés. La scolarité obligatoire jusqu’au collège, elle, ne serait pas concernée par cette mesure. Avec le projet de loi-cadre consacrant ces orientations, les opposants à la participation financière des parents, syndicats et partis politiques, montent au créneau. Certains annoncent même la fin de la gratuité de l’école publique, même si cela n’a, à aucun moment, été évoqué dans la vision stratégique.
    La proposition de frais d’inscription, normalement annuels, laisse penser, a priori, à une contribution plutôt symbolique, destinée à soulager les budgets des établissements. Quoique des frais d’inscription existent déjà au lycée, à l’instar du primaire et du collège (10 à 12 DH). Dans les facultés, des frais de dossier sont exigés la première année seulement (environ 20 DH). Pourquoi donc ne pas parler simplement d’augmentation de ces frais? Erreur de communication? Surtout que beaucoup de parents sont prêts à payer plus, même jusqu’à 200 DH par an, pourvu que la qualité suive.

    Le grain de sel du FMI et de la Banque mondiale…

    Pour les syndicats, il s’agit là de l’ouverture d’une brèche vers l’école publique payante. «Si nous acceptons le principe, nous serons amenés à payer plus dans le futur», avait confié à L’Economiste Allal Belarbi, SG du syndicat national de l’enseignement, affilié à la CDT, et membre du Conseil supérieur de l’éducation. «D’autres peuvent payer pour le  système, comme le secteur bancaire, de la promotion immobilière, ou des phosphates. Les parents, il faut les laisser tranquilles», avait-il assené.

    enseignement_frais_012.jpg

    L’école publique est de plus en plus désertée par la classe moyenne qui préfère inscrire sa progéniture dans le privé. Dans la région de Casablanca, près du quart des élèves est scolarisé dans des établissements privés. «Actuellement, nous nous dirigeons vers la création d’écoles pour les pauvres et d’autres pour les riches. Or, l’école est d’abord un lieu de sociabilisation», estime un chercheur en éducation (Ph. Jarfi)

    Aujourd’hui, le débat fait rage et les syndicats crient au scandale. Pour eux, le gouvernement choisit la solution de facilité. «Cela fait partie des recommandations du FMI et de la Banque mondiale qui, à chaque fois qu’ils accordent des prêts, préconisent une baisse des dépenses de santé et d’éducation et prônent la fin de la gratuité. Il y a eu de précédentes tentatives de rendre l’école payante en 1994 et 1999, mais ça a échoué. Là, l’on revient à la charge», souligne, pour sa part, le chercheur en éducation. «D’autres solutions peuvent être trouvées. C’est ce qu’ont fait des pays comme la Corée du Sud, qui a refusé la pression du FMI et de la Banque mondiale et a conçu son propre modèle en fonction de ses réalités. L’Etat pourrait très bien, par exemple, créer un fonds de solidarité pour l’éducation à alimenter par les entreprises, puisque ces dernières sont le client final du système d’enseignement», poursuit-il. Les collectivités territoriales pourraient aussi être sollicitées. Des régions commencent, par exemple, à accorder des financements aux universités (Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma).   
    Le Conseil propose une étude sur la capacité des familles à financer le système. Là encore, les critiques fusent. «Sur quels critères se baser pour conclure si une famille est pauvre ou pas. C’est carrément impossible», estime Allal Belarbi.
    La réforme du système d’enseignement est un chantier pour le moins complexe. Il serait illusoire de le limiter à la question du financement. Sans compter que des sommes colossales ont déjà été déboursées, sans que cela ne se traduise par des résultats probants. «Des moyens, nous en avons beaucoup dépensé, mais mal. Le dernier avatar de la mauvaise gestion financière est le fameux Plan d’urgence. L’on se demande où sont passés les milliards qui ont été alloués», avait déclaré à L’Economiste l’ancien ministre en charge de l’Enseignement primaire et collégial, Mly Ismaïl Alaoui (voir L’Economiste du 29 novembre 2016).  
    Gouvernance centralisée, compétences faibles et démotivées (cadres et enseignants), décisions politiques, idéologies désuètes, contenus pédagogiques dépassés,… la liste des tares à régler est longue. La décision, encore une fois, prise sur instructions royales, de «sécuriser» la Vision 2030 par une loi-cadre ne peut être que saluée. Mais l’on ne peut se permettre de se tromper de solutions.
    Un effort de communication et de pédagogie est également nécessaire pour accompagner la réforme. Cependant, l’absence du gouvernement laisse le champ libre aux spéculations et aux surenchères populistes qui critiquent, dénoncent et s’opposent à toute initiative sans pour autant faire l’effort de présenter des alternatives. Ce qui risque encore de porter un coup au système.

    L’OFPPT épargné de la misère grâce aux entreprises

    Si la formation professionnelle a pu décoller, c’est en partie grâce au financement assuré par les entreprises. Le budget confortable de l’OFPPT, de près de 3,5 milliards de DH, est fourni à hauteur de 60% par la taxe de la formation professionnelle payée par le secteur privé. L’Office échappe ainsi à la misère des autres organismes de formation. Il peut, par exemple, recruter les formateurs dont il a besoin pour tourner correctement (7.914 dont 27% de vacataires) et garder des effectifs maîtrisables en classe (28 à 30 stagiaires en général). L’OFPPT peut, également, s’offrir le luxe d’un ambitieux plan 2021, doté d’une enveloppe d’environ 20 milliards de DH. Cette feuille de route lui permettra de former plus de 2 millions de stagiaires entre 2015 et 2021, avec une moyenne de 300.000 par an.

     

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc