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    Dossier Spécial

    Enseignement : Grandeur et décadence

    Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:4900 Le 17/11/2016 | Partager
    Ecole publique: l’âge d’or entre 1956 et les années 1970
    Le début de la crise commence à la fin des années 1970 avec la déperdition scolaire, la non-adéquation formation-emploi...
    Juillet 2015, une nouvelle vision pour la réforme de l’école
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    Une classe CM2 de l’année scolaire 1957-1958 à Tanger. Visiblement, le nombre d’enfants par classe était en phase avec les normes internationales de l’époque

    60 ans après l’Indépendance, le Maroc s’interroge toujours sur son école. Le rapport du cinquantenaire l’a bien souligné en 2006. 10 ans plus tard, la situation est loin de s’améliorer. Les différents diagnostics établis par un organisme aussi autorisé que le Conseil supérieur de l’enseignement (rebaptisé Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique -CSEFRS-)  l’ont confirmé: le Maroc a mal dans son école. Du coup, l’analphabétisme, loin de reculer, bat encore son plein. Or, «il n’est de richesse que d’hommes», disent les sages.
    La valeur et la place du capital humain dans le développement socioéconomique et culturel des nations sont irremplaçables.
    De 1956 à 2016, le Maroc a accompli des pas de géant dans de nombreux domaines: droits de l’homme, droits de  la femme et de la famille, libertés publiques et de la presse, alternance démocratique, électrification quasi générale, infrastructures routières, même le niveau de vie des foyers marocains serait en progression constante malgré des disparités sociales encore criantes, selon un récent rapport du HCP. Mais en matière d’éducation, le bât blesse. Néanmoins, une analyse attentive des 60 ans d’indépendance nous oblige à dégager une phase d’or du système d’enseignement marocain, où la machine éducative a connu des années glorieuses, celle entre 1956 et les années 1970. En dépit des contraintes de départ, dont une croissance démographique importante et des écarts entre le fort enthousiasme des Marocains pour tout ce qui est apprentissage et les capacités d’accueil au niveau des infrastructures, le système a plus ou moins bien fonctionné et joué son rôle. Il a pu, entre autres, élargir l’accès des Marocains à l’éducation et doter l’administration et l’économie naissantes de cadres compétents. Il a également été à l’origine de la forte mobilité sociale des années 1960 et 1970, et a constitué un moyen d’ouverture sur le monde, d’accès à la modernité et de renforcement du lien social. De hauts cadres de l’administration, les premiers ingénieurs et médecins du pays, de dizaines de milliers de formateurs, ont été le produit de cette école publique marocaine. Certes, seul 1 Marocain sur 100 inscrits à la 1re année de l’école primaire arrivait au bac, de larges couches de la population, surtout dans les zones rurales, n’avaient pas accès à l’école, mais les établissements scolaires étaient accueillants, des cadres compétents et des professeurs de qualité veillaient consciencieusement au grain et se donnaient à fond à la formation des jeunes sans calcul politicien, ni cupidité. Le grand gagnant dans ce système était la qualité et l’efficacité, en matière de maîtrise de langues et d’apprentissage, avant que les calculs politiques étriqués ne viennent enrayer la machine éducative, que le débouché principal pour les lauréats, que constituait le secteur public, ne commençait à s’essouffler. C’est à partir des années 1980, en effet, que la crise de l’enseignement, comme le constatent les analystes à l’unanimité, a commencé à se faire sentir dans les discours et dans les faits. Un début de déphasage a commencé à apparaître entre le système d’éducation-formation et celui de l’économie nationale. Un retrait de l’Etat des secteurs productifs et une saturation de ses besoins en cadres ont participé à cette dichotomie. Résultat, une montée du chômage de masse, suivie du début d’un nouveau chômage appelé de qualité, celui des diplômés.
    Fin des années 1970-début 1980, commence la phase de la dégringolade. Elle atteint son paroxysme dans les années 2000. A telle enseigne que les quatre grands principes directeurs formulés en 1957 par une commission royale, prélude à un enseignement de qualité dans un pays souverain, à savoir l’unification, la généralisation, la marocanisation et l’arabisation, sont passés à la trappe, ou du moins ont été très mal appliqués, comme la marocanisation et, surtout, l’arabisation. Les dysfonctionnements et les tares du système éducatif datent de cette époque et se multiplient au fil des ans. Depuis, toutes les réformes proposées, dont celle de la Cosef en 1999 et celle du plan d’urgence en 2008, n’ont pas atteint les objectifs escomptés.  Ces tares concernent d’abord le faible effectif des enfants dans le préscolaire. Les statistiques publiées par le MEN dans ce domaine sont édifiantes: le taux de scolarisation des enfants 4-5 ans est à peine de 67,8% jusqu’en 2015. Ce taux a gagné quelques points par rapport à 2007-2008 (où il était de 59,4%). Mais un long chemin reste à parcourir pour atteindre les 100% prévus par toutes les réformes. Ce faible taux du préscolaire pénalise surtout les filles du monde rural. Elles sont à peine 36,1% préscolarisées et à peine 48% d’enfants sont préscolarisés dans le rural, garçons et filles confondus. Or, le préscolaire est la base de l’éducation et sa qualité. L’Unicef-Maroc n’a cessé de s’en alarmer. Pour ses dirigeants, le préscolaire «est l’une des réponses stratégiques pour améliorer l’efficience et les rendements aussi bien internes qu’externes du système éducatif et pour promouvoir l’équité des enfants dans leur accès au droit à une éducation de qualité. Car, si  les disparités ne sont pas endiguées en amont, elles s’agrandiront au fil des années scolaires et resteront constantes après l’âge de 8 ans». La deuxième tare s’appelle la non- maîtrise des langues: l’élève marocain ne maîtrise ni l’arabe, ni le français, encore moins l’anglais, et ses acquis au niveau des autres matières, notamment les mathématiques, ne sont pas mieux lotis. Il y a en plus une «fracture linguistique» entre l’école publique d’une part et le système privé et étranger d’autre part. L’ouverture linguistique qu’offrent ces deux derniers leur confère une légitimité alternative au sein de la société. De plus en plus de parents acheminent d’ailleurs leurs enfants vers le privé, surtout dans le préscolaire et le primaire. La troisième tare du système d’enseignement marocain se nomme déperdition scolaire. Là encore, les statistiques officielles du MEN ne laissent aucun doute: le primaire, le collège et le lycée enregistrent des abandons de la scolarité par dizaines de milliers d’élèves. On parle de 350.000 chaque année. N’arrive au bac que la moitié des effectifs inscrits en première année du primaire, les autres, sans bac ni diplôme de formation professionnelle, vont chercher ailleurs que l’école. En milieu rural, les données du MEN montrent que les enfants 6-11 ans n’arrivent pas tous au collège. Seulement 69,5% parmi eux y accèdent, et ce taux chute  à 30,6% lorsqu’il s’agit de leur accès au lycée. Quatrième tare: la baisse de la qualité de l’école en général, et l’université en paie les frais. Résultat: l’effectif de la population analphabète a plus que doublé, en chiffres absolus, entre 1960 et 2004, passant de 6 à 12,8 millions de personnes, comme le note le rapport du cinquantenaire en 2006. Et la courbe est loin d’être inversée 10 ans plus tard. Bien entendu, il n’y a pas que des tares, mais aussi quelques acquis en 60 ans d’indépendance, mais ces derniers sont noyés dans la médiocrité. On peut citer parmi ces derniers la marocanisation à 100% des enseignants et des cadres administratifs, et la massification au sein des universités.
    Quant à l’arabisation entamée aux années 1980, loin d’atteindre ses objectifs identitaires, elle a été imposée non sans des préjugés politiques et idéologiques. Ce qui a participé drastiquement  à la baisse de la qualité. De cette époque date l’islamisation des programmes scolaires, et une révision des programmes a été imposée du plus haut niveau de l’Etat. A côté de l’enseignement religieux classique destiné à former des clercs en matière du savoir religieux traditionnel (Lettres originelles, Dar Al Hadith Al Hassania…), on introduisit à partir des années 1970-80, au niveau de l’enseignement primaire et secondaire, un nouveau type de savoir religieux, obligatoire pour tous les élèves, du primaire jusqu’au bac. Autre acquis, la quasi-généralisation de l’enseignement scolaire au primaire. Les enfants entre 6 et 11 ans étaient à  peine 81,1% en 2007-2008. Ils sont 99,5% en 2015. Sur ce volet, il faut reconnaître que des progrès énormes sont enregistrés ces dernières années. Et les prévisions de la charte d’éducation et de formation, avec un petit retard certes, sont largement dépassées. Mais cet acquis est battu en brèche par la déperdition scolaire, le grand fléau du système scolaire marocain.
    Pendant ces 60 ans d’indépendance, notamment ces 20 dernières années, constatant ces déficits et conscients de la gravité de la situation, les pouvoirs publics ont échafaudé nombre de réformes pour sauver le système d’enseignement de son marasme. Juillet 2015, une nouvelle tentative de réforme, sera-t-elle la dernière? Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, suite à son évaluation de la charte d’éducation et de formation, préconise une nouvelle vision stratégique pour la réforme de l’école marocaine 2015-2030. Un document de plus de 80 pages et 199 axes, préconisant, entre autres, une école de qualité, accessible à tous les enfants marocains et tournée vers le progrès, l’intégration du préscolaire dans l’école primaire, la primauté de la langue arabe avec le français comme langue d’ouverture, la bonne gouvernance et le développement chez l’apprenant des capacités d’observation, d’analyse et de l’esprit critique.

                                                                               

    La grande question des ressources humaines

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    Entre le «complot de 1963» dont Rabat accuse l’UNFP, branche socialiste récemment détachée de l’Istiqlal,  et la disparition de Ben Barka, les lycéens (en photo) se révoltent contre l’interdiction de redoubler et perturbent  la vie économique pendant une bonne partie de l’année 1965. Jusque dans les années 1990, la scolarisation obligatoire n’est pas appliquée, une trop faible part des élèves accède au secondaire… Par manque de ressources humaines qualifiées, l’économie marocaine ne parvient pas à tirer pleinement profit  des évolutions mondiales, dans l’agriculture comme dans l’industrie.
    Par contre, jusque dans les années 2000, l’enseignement sert de troupes de réserve dans les conflits sociaux, ce qui gêne considérablement sa mise à niveau (origine apparente de la photo: happyknowledge.com)

                                                                               

    La charte d’éducation-formation

    s’attaque à la maîtrise des langues

    Afin de faciliter aux apprenants l’initiation aux langues étrangères, la charte d’éducation et de formation avait préconisé dès la rentrée 2000-2001 quelques mesures. Parmi lesquelle, un apprentissage de la première langue étrangère dès la 2e année du premier cycle de l’école primaire en se centrant, durant cette année, sur la familiarisation orale et phonétique.  L’enseignement de la seconde langue étrangère dès la 5e année de l’école primaire. L’enseignement de chaque langue étrangère associé à l’enseignement, dans cette même langue et dans la limite de l’horaire qui lui est consacré, de modules culturels, technologiques ou scientifiques permettant son utilisation fonctionnelle, son exercice pratique soutenu et, partant, la consolidation, l’entretien et le perfectionnement des compétences de communication linguistiques proprement dites.  L’introduction dans les universités et autres établissements d’enseignement supérieur des cours de mise à niveau en langues étrangères et en langue arabe, associés à des modules scientifiques, technologiques ou culturels destinés à rendre fonctionnels les apprentissages linguistiques. Enfin, la charte avait préconisé le perfectionnement des enseignants des langues de manière systématique et planifiée, et une évaluation régulière des acquis linguistiques.

    62 milliards de DH en 2011 dédiés à l’enseignement

    LA mobilisation des ressources est l’une des dimensions qui impactent la réussite de la généralisation et la performance du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique. L’Etat demeure le principal bailleur de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle. La recommandation de la charte concernant l’augmentation annuelle moyenne, d’au moins 5%, du budget total du système d’éducation et formation a été totalement mise en œuvre, particulièrement durant la période du programme d’urgence. L’indice de l’effort absolu (IEA), qui compare le budget global alloué au système d’éducation et de formation à la richesse nationale, a atteint son niveau le plus élevé pendant les années 2010 et 2011, dépassant même les 7,7%. Toutefois, cet indice a baissé au cours de l’année 2013 pour s’établir à 6,69%.
    De manière générale, l’analyse de l’évolution des coûts unitaires, au niveau des trois cycles de l’éducation nationale, indique que les efforts ont été largement concentrés au niveau du primaire et du secondaire collégial, notamment durant la période de mise en œuvre du programme d’urgence.  Au niveau de l’université, le coût par étudiant dans les filières à accès régulé représente plus de 3 fois le coût par étudiant dans les établissements à accès non régulé. Compte tenu des capacités financières et budgétaires de l’Etat, et en l’absence d’un consensus national sur d’autres alternatives, notamment la non-gratuité progressive et différenciée, la question de la diversification des sources de financement du SEF s’impose avec acuité.o
    Source: CSEFRS, Vision 2015-2030.

    Université et recherche: Les retards de l’économie du savoir

    A l’exception de certains instituts créés sous le protectorat français et pilotés depuis la métropole, le paysage universitaire du Maroc indépendant était désert. La première université a été créée en 1959 à Rabat et le premier baccalauréat marocain date de 1963. Depuis, d’importants progrès ont été réalisés: d’un millier en 1956, le nombre des étudiants est passé à environ 290.000 en 2004; 15 universités ont été créées, regroupant 62 facultés, en plus d’une cinquantaine d’écoles et d’instituts supérieurs et plusieurs dizaines d’instituts privés. Malgré ces progrès, le taux de scolarisation dans le supérieur se maintient depuis quelques années autour de 11%. Ce taux reste insuffisant comparé à celui de pays similaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient qui est de 22% en moyenne (45% en Jordanie et 80% en Corée du Sud). Cet indicateur met en exergue la problématique de l’enseignement supérieur au Maroc, dans une perspective d’intégration à l’économie du savoir: non seulement notre pays a besoin d’élargir la base de la population ayant accès à des niveaux d’éducation supérieurs, afin d’accroître sa compétitivité et son attractivité en matière d’économie du savoir, mais il doit aussi faire face à la massification que connaît l’université. Cette massification se répercute directement sur la qualité de l’enseignement supérieur et sur l’emploi des effectifs qui en sortent. Cependant, les termes de cette équation d’avenir trouvent leur origine dans le passé récent de l’enseignement supérieur au Maroc. En effet, l’université marocaine n’est pas sortie indemne de la conflictualité politique qui a été longtemps portée dans son enceinte. De même, le rayonnement social de l’institution universitaire a pâti de sa marginalisation progressive. Les programmes, les méthodes et la recherche y sont restés cloisonnés et non actualisés. En outre, le principe d’autonomie de l’université, longtemps proclamé, n’a pas encore trouvé un chemin pour s’imposer comme principe directeur de la gouvernance du système d’enseignement supérieur.

    Source: «Le Maroc Possible»,
    rapport du cinquantenaire

     

     

     

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