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    Il était une fois, la saga du Maroc rockn’roll

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:4829 Le 05/08/2016 | Partager
    Des groupes marocains à la carrière internationale
    Un chapitre méconnu de l’histoire musicale du pays

    Il y a bien longtemps, la scène musicale marocaine était rock’n’roll. Bien avant la fameuse «Nayda» des années 2000, qui a engendré un nombre d’artistes de la scène actuelle et fait émerger la musique fusion, c’est dans les années 60, 70 et même 80  que plusieurs groupes marocains se sont essayés, avec succès, au rock, à la soul, la funk ou même la pop. Certains ont  même réussi à faire entendre leurs voix en Europe et aux Etats-Unis. Ils s’appellent les Variation, les Golden Hands, Vigon et les Toubkals, Fadoul et les Privilèges… Des formations musicales emblématiques qui ont initié un nouveau courant: le Morock’n’roll, écrivant ainsi un chapitre aujourd’hui méconnu de l’histoire de la musique au Maroc.

    ■ Honneur aux créateurs du concept

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    Du progressif rock au hard rock, la musique des Variations a toujours été inspirée par leur pays d’origine

    JOE Leb, Marc Todaly et Isaac Bitton. Trois jeunes Casablancais, marocains de confession juive. Leur groupe les Variations est l’un des tout premiers à avoir percé dans la scène rock internationale. Influencés par les Rolling Stones et les Chaussettes Noires, ils participent d’abord à des tremplins puis, en 1967, le groupe se lance dans une tournée en Allemagne puis au Danemark où il enregistre son premier single «Mustang Sally» et fait les premières parties d’artistes mythiques comme Led Zeppelin ou encore Steppenwolf.  Formé à Paris dans les années 60, le trio a souvent été présenté comme un groupe français. Mais Marocains ils sont, Marocains ils resteront. L’un des premiers opus  avec lequel ils s’imposeront, début des années 70, est d’ailleurs titré: Moroccan Roll. Il comprend un titre emblématique: Kasbah Tadla, qui réinterprète le morceau «Farhat Chaab» de feu Ahmad Chajaï en version progressif rock. Des titres comme «Free me» ou encore «Take it or leave it» installeront définitivement leur notoriété. En 1969, ils sortent l’album «Nador» qui flirte avec le hard rock et qui les mènera en tournée aux Etats-Unis. Un ultime concert, avec le groupe reformé pour l’occasion, aura lieu en 2006, à Paris, dans le temple du jazz rock des connaisseurs: Le petit journal de Montparnasse.

                                                                 

    ■ Un succès posthume

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    Fadoul connaît un succès posthume grâce à la réédition de son album «Al zman Saib» 45 ans après sa sortie

    Fadoul, lui, était incontestablement le roi de la funk. Il s’est fait remarquer  avec son groupe «Les Privilèges», fin des années 70, avec une incroyable reprise de «Papa’s got a brand new bag» de James Brown, rebaptisée pour l’occasion «Sid Redad». D’autres standards de l’époque tels que «All Night Long» qui devient «Al Zman Saib» le consacrent définitivement le maître de «l’arabic funk».  Après avoir vécu quelque temps à Paris, s’imprégnant de la musique de James Brown et d’autres groupes américains, Fadoul est revenu au Maroc, continuant à faire de la musique dans les années 80 et explorant de nouveaux genres musicaux. Décédé début des années 90, Fadoul ne connaîtra pas le même succès que ses aînés. Et c’est un DJ allemand, passionné, qui lui rendra un hommage posthume. C’est en fouillant dans les bacs à vinyles, d’un des rares vendeurs de disque encore en exercice à Casablanca, que Jannis Stürtz, patron du label musical Jakarta Records et du sous-label Habibi Funk, découvre une véritable pépite. Le fameux album contenant la célèbre reprise de James Brown. Depuis cette découverte faite en 2012, le DJ berlinois n’a eu de cesse d’en savoir plus sur le chanteur. Après plusieurs voyages au Maroc, et des mois de recherche, Jannis apprend le décès du chateur par les Golden Hands qui l’on mis en contact avec l’un de ses amis. De fil en aiguille, l’obstiné DJ finit par rencontrer une de ses sœurs qui lui raconte plein d’anecdotes sur son frère. Résultat une réédition du premier album  remasterisé du chanteur, «Al Zman Saib», quarante-cinq ans après sa sortie initiale. L’album de huit titres est sorti en décembre 2015,  en version CD, vinyle et digitale. Il est accompagné d’une pochette avec un livret de notes, des photos et des traductions des paroles.

                                                                 

    ■ Le seul man national

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    Vigon a eu une carrière très riche et a collaboré avec les plus grands. Ici avec Stevie Wonder

    Vigon, Abdelghafour Mohcine de son vrai nom, l’autre star de l’époque, est beaucoup plus connu pour sa carrière solo, mais son groupe les Toubkals a fait swinguer beaucoup  de monde, particulièrement dans les bases américaines de Kénitra, Sidi Slimane et Ben Guérir. A partir de 1962, le groupe joue en direct dans les studios de la télévision nationale les tubes US de l’époque. Mais c’est avec les Lemons que Vigon connaîtra le succès. En France d’abord, dans l’incontournable  salle de l’époque le Golf Drouot en compagnie d’un certain Michel Jonasz. Du Rythme & Blues qui fait sensation et les concerts dans les principales salles parisiennes de l’époque: la Loco, actuellement «La machine du Moulin Rouge» ou encore le Bus Paladium, se succèdent pendant trois ans.
    Vigon et les Lemons font même la première partie des Who, et sortent un single sur le label «Les Rockers». En 1966, le groupe assure cette fois-ci la première partie des Rolling Stones. Clap de fin pour Vigon et les Lemons en 1967. Mais notre Soul man national poursuivra sa carrière solo avec notamment des collaborations avec Aretha Franklin, Stevie Wonder ou encore Otis Reding.

                                                                 

    ■ Un enfant à la tête du groupe

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    Le Golf Drouot, temple incontournable de la scène rock parisienne a vu défiler de nombreux artistes marocains

    L’autre groupe emblématique de la scène des années 70 a été créé autour d’un enfant. Aziz, de son vrai nom Thami Daou El Makane. Il a 10 ans quand il confectionne sa première guitare. Un bidon vide Flytox et des cordages récupérés sur un vélo font l’affaire. Une passion qui  poussera son oncle à l’inscrire au conservatoire. Peu de temps après, l’oncle, Abdelkader Daou El Makane, a eu l’idée de former un groupe de rock avec un enfant à la guitare. Ils ne  portent pas encore le nom des Golden Hands, mais les rockeurs se font déjà connaître un peu partout dans le pays grâce au tube «L’ange et ses vampires». Le public habitué à n’écouter que de la musique moderne importée est très vite séduit. Les  tournées s’enchaînent pour les jeunes hommes  qui font des reprises de rock, mais également de la musique instrumentale. Et c’est justement  pendant la performance solo de Aziz, qui n’a alors que 13 ans, sur le titre de «Hikayet Gharami» de Farid el Atrache qu’une spectatrice s’exclame: «Ce petit a des mains d’or». Le titre du groupe les «Golden Hands» est né. A partir de ce moment-là, il n’est plus question pour le groupe de se contenter de reprises. Ils se mettent à construire leur propre discographie. Ainsi sort «What to say», premier titre composé par Aziz Daou El Makane, coécrit par Mohamed Milouli. Les Golden Hands sillonnent le pays, enflamment  les salles et théâtres du Royaume. Un succès qui leur donne, peut-être, l’audace nécessaire pour sortir un titre en darija. Une version marocaine de Mirza, le titre de Nino Ferrer sorti en 1965, est dans les bacs. Une idée très originale à l’époque où la chanson marocaine «classique» règne à l’ombre des monstres sacrés du Moyen-Orient. S’ensuivra une carrière internationale. Dans les années 70, le groupe joue notamment au Golf Drouot à Paris considéré come  le temple du rock où se produisent notamment  Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc.  Depuis, les «papy du rock» n’ont jamais définitivement décroché. Ils refont surface occasionnellement pour des concerts, au festival L’boulvard notamment ou encore lors de la dernière édition du Jazzablanca, pour le plus grand bonheur  de leurs vieux fans, mais également de jeunes qui découvrent leur incroyable discographie sur le Net.

     

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