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    Répulsifs contre les moustiques dangereux
    L’ingénieuse trouvaille du Pr. Amar

    Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:4829 Le 05/08/2016 | Partager
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    Pour Mohamed Amar, responsable du laboratoire de microbiologie et biologie moléculaire appartenant au CNRST, cette découverte confirme la qualité de la formation des universités marocaines (Ph. NEA)

    Mohamed Amar, responsable du laboratoire de microbiologie et biologie moléculaire, appartenant au CNRST, fait partie des personnalités qui ont été décorées par le Souverain à l’occasion de la fête du Trône de cette année. Une distinction bien méritée eu égard à la valeur des travaux réalisés par l’équipe de son laboratoire. Parmi ces travaux, la découverte d’un micro-organisme d’origine marocaine doté d’un pouvoir répulsif contre les moustiques.
    Dans cette interview, le professeur Amar nous emmène dans cette aventure scientifique lancée en 2009 pour nous parler des étapes de ce projet depuis les premières recherches jusqu’au dépôt du brevet international.
     
    - L’Economiste: D’où vous est venue l’idée de vous lancer dans un tel projet?
    - Mohamed Amar:
    A partir d’une interrogation simple: pourquoi dans une même chambre, il y a des gens qui sont piqués par des moustiques et d’autres sont épargnés? Les répulsifs qui sont actuellement sur le marché sont soit d’origine chimique soit à partir des plantes, mais leur utilisation intensive pourrait constituer un danger pour l’environnement et probablement pour la santé publique. Pour y pallier, nous avons cherché un produit naturel qui respecte l’environnement.
     
    - Quelles sont les étapes de votre recherche?
    - D’abord, nous avons procédé à un travail de prospection des produits émanant d’êtres vivants ou de micro-organismes qui pourraient être dotés d’un pouvoir répulsif contre les moustiques vecteurs de maladies infectieuses. Depuis 2009, notre équipe recherche des micro-organismes dans l’environnement marocain. Nous avons prospecté un certain nombre d’écosystèmes, à savoir les sources chaudes comme Moulay Yacoub, Ain Allah et Abaynou. Et également des lacs salés: Sid Albed et Oualidiya ainsi que le sable du Sahara avec une focalisation sur Merzouga.

    - Qu’est-ce qui a motivé le choix de ces lieux?
    - Nous recherchions des bactéries thermophiles qui résistent à la température. En effet, en industrie, pour fabriquer du textile, on utilise de hautes températures et de la pression.

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    Le Pr Mohamed Amar est convaincu que la recherche est un travail d’équipe. Ici avec deux jeunes chercheurs exhibant une partie de la collection des souches stockées au niveau du laboratoire (Ph. NEA)

    - Une fois cette prospection terminée, quelle direction vos travaux ont-ils prise?
    - Ce travail de prospection a permis de sélectionner 240 bactéries qui peuvent avoir un effet sur les moustiques. Nous les avons d’abord testées dans notre laboratoire. Ce travail a fait l’objet de la soutenance d’un doctorat préparé par un étudiant de l’université de Meknès sous mon encadrement. Par la suite, il a été procédé à l’identification de ces bactéries en définissant leurs caractéristiques tout en cherchant si elles émettent quelques produits volatiles. Ce qui a permis enfin de retenir 50 bactéries qui ont subi des tests contre les moustiques vecteurs de maladies infectieuses, dans un laboratoire d’une université en Hollande. Ce travail mené par le même doctorant de Meknès a permis de découvrir pour la première fois un micro-organisme s’apparentant à l’espèce bactérienne Bacillus, aerius, isolé du sable de Merzouga, qui a montré un important effet répulsif contre les moustiques vecteurs de maladies infectieuses, en l’occurrence le paludisme et le dengue transmis respectivement par Anophels gambiae et Aedes aegypti (mouche tigre).
    - Après cette découverte, quelle démarche avez-vous effectuée pour le dépôt du brevet à l’international?
    - Des tissus ont été imprégnés par le micro-organisme découvert avec des tests effectués par l’université Gand en Belgique et par une industrie de textile (Devan Chemicals en Belgique). Les tests sur l’homme ont été réalisés en Cameroun. Les résultats obtenus ont confirmé l’effet répulsif de la souche Bacillus aerius CCMM V3 contre les moustiques vecteurs de maladies infectieuses. La découverte a fait l’objet d’un dépôt d’un brevet international. L’exploitation de cette découverte pour la production de textiles intelligents dotés d’un pouvoir répulsif contre les moustiques a été accordée à la société Devan Chemicals.

    - Selon vous, quelles sont les entraves à la recherche au Maroc?
    - Ces dernières années, on enregistre une amélioration au niveau des budgets accordés, mais le problème reste posé au niveau de la gestion avec des procédures administratives longues, ce qui ne convient pas aux exigences de la recherche. Je suis pour une évaluation et un contrôle rigoureux, mais a posteriori et non a priori comme il est pratiqué actuellement. Il y a aussi le problème de la relève qu’on peut dépasser avec l’intégration de la diaspora des chercheurs marocains qui ont confirmé leur valeur à l’étranger.

    Partenariat

    Pour le Pr Amar, cette découverte s’inscrit dans le cadre d’un projet européen, financé par le ministère de l’Enseignement supérieur, le CNRST et l’UE au cours de la période 2009-2014. Un projet qui regroupe 12 institutions dont 10 européennes et 2 africaines: du Maroc et du Cameroun.

    Propos recueillis par
    Noureddine EL AISSI

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