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PSA: «Nous avons un projet intégré de bout en bout»

Par Amin RBOUB | Edition N°:5247 Le 09/04/2018 | Partager
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Jean-Christophe Quémard, directeur de la Région Moyen-Orient et Afrique: «Ce que le groupe PSA est en train de réaliser au Maroc, aucun constructeur au monde ne l’a fait sur l’ensemble du continent africain». Qui dit mieux! Un message on ne peut plus clair envoyé à Renault! (Ph. Khalifa)

Des chiffres en cascade. Tous les objectifs de PSA au Maroc seront non seulement atteints mais dépassés. Pour preuve, le sourcing local devra passer du simple au double. Autrement dit, le chiffre d’affaires du contenu local sera autour de 2 milliards d’euros au lieu de 1 milliard initialement. Entretien avec Jean-Christophe Quémard, exécutif vice-président Région Afrique Moyen-Orient du groupe PSA.  

- L’Economiste: En quoi le projet PSA Maroc est-il différent?
- Jean-Christophe Quémard:
J’insiste, ce que le groupe PSA est en train de réaliser au Maroc, aucun constructeur au monde ne l’a fait sur l’ensemble du continent africain. Nous avons développé un projet global au Maroc. Notre groupe intègre l’ensemble de la chaîne de valeurs. Mieux encore, la gestion globale ainsi que le centre de pilotage industriel et commercial de la région MENA de PSA seront pilotés à partir du Maroc. De surcroît, le centre R&D est déjà opérationnel avec 1.500 ingénieurs et techniciens de niveau supérieur. Depuis 3 ans, PSA a développé une filière complète de l’ingénierie automobile au Maroc -Morocco Technical Center-.  A terme, l’ambition est que ce technical center marocain puisse développer une des silhouettes du groupe. Il y a aussi l’Open Lab, une structure qui fait appel à des chercheurs pour réfléchir sur des sujets d’innovation avec 44 projets sur la mobilité et les EnR.  Notre usine est à la fois thermique et électrique. Mieux encore, le premier moteur made in Maroc est déjà assemblé et tous les tests qu’il a subi ont été concluants. Nous sommes aussi les seuls à réaliser un taux d’intégration à terme de 80%.

- Justement, il y a une polémique en ce moment sur les chiffres au Maroc. Comment vous calculez le taux d’intégration, la valeur ajoutée?
- Je tiens à préciser que toute notre démarche est scientifique. Tous les éléments et les chiffres que nous avançons ont été validés par notre business plan et ont justifié notre investissement. On ne vous raconte pas des bêtises. Lorsqu’on s’engage sur 60% de contenu local dès le démarrage de l’usine, c’est non seulement l’engagement pris avec l’Etat marocain, mais aussi l’engagement pris avec nos actionnaires.  Tout ce que nous annonçons en tant que groupe industriel fait partie d’éléments vérifiés, approuvés et tangibles.

- Est-ce important pour un pays comme le Maroc de fixer des plafonds sur le taux d’intégration, au moment où le principal défi réside dans l’emploi et la montée en compétences des RH?
- Moi j’étais le patron des Achats de PSA et j’ai visité le Maroc il y a 15 ans. Déjà à cette époque là il y avait une orientation industrielle. Le Maroc a une politique d’industrialisation bien ficelée depuis plus de 15 ans. Aujourd’hui, l’on commence à avoir des réalisations très significatives. Entre-temps, les choses se sont construites progressivement. Finalement, la proposition de l’Etat marocain est globalement très intéressante dans l’industrie automobile.
-  Il y a eu une fuite récemment qui a été relayée par les médias sur le modèle de véhicules que vous comptez produire à Kénitra. L’on parle notamment de la Peugeot 208... Qu’en pensez-vous?
- Je vous affirme que les véhicules qui seront produits sur le site de Kénitra seront du segment B et C, bâtis sur la même plateforme. Pour le moment, je n’ai rien d’autre à dire plus que cela. Ce sont là les informations officielles du groupe PSA.

- L’on se réjouit aujourd’hui que PSA ait atteint pratiquement tous les objectifs fixés, avant même le démarrage du site de Kénitra. Est ce que l’objectif sur l’intégration locale pourra être dépassé un jour?
- Franchement, je ne sais pas. Car il y a des technologies qui nécessitent des investissements qui ne s’amortissent que sur des volumes très importants. Monsieur le ministre de l’Industrie parle d’un volume global de 1 million de véhicules produits au Maroc, ce qui annonce des capacités très importantes. Mais pour une technologie donnée, il faut que le fournisseur ait 1 million de voitures. Cela n’est pas encore gagné. Sur les 80% d’intégration locale, c’est un objectif à terme. Aujourd’hui, je ne sais pas vous dire comment nous allons y arriver. Mais c’est sûr, nous serons à 70-80% de contenu local.

- Est-ce qu’il y a un potentiel pour que le Maroc puisse produire des véhicules électriques pour PSA?
- Je tiens à préciser que la plateforme que l’on met en place à Kénitra est compatible avec les véhicules électriques. Les voitures que nous produirons au Maroc offriront la capacité de produire des véhicules électriques. Bien sûr que l’on y pense. Mais je vous assure qu’aucune décision n’a encore été prise dans ce sens. Par ailleurs, le marché des véhicules électriques, à la fois au Maroc et dans la région, est quand même balbutiant.
On est vraiment au tout début. En tout cas, si jamais nous prendrons ce genre de décision sur l’électrique, ce ne sera pas pour des considérations politiques ou stratégiques, mais plutôt dans une logique économique pertinente. Oui, tout est prédisposé pour, mais nous prendrons la décision lorsque ce sera pertinent.

Propos recueillis par Amin RBOUB

 

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