Economie

Ecoles supérieures privées: Et encore des équivalences!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5243 Le 03/04/2018 | Partager
Sept viennent de décrocher le label de l’Etat
Un premier groupe en avait bénéficié en 2017, notamment des universités
Inscription dans un doctorat, accès à la fonction publique… ce que cela offre aux lauréats
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Si la première vague de reconnaissances a notamment concerné des universités privées, cette deuxième est exclusivement réservée aux écoles. Il reste encore 12 dossiers entre les mains de la CNACES. Vu le cahier de charges strict imposé, d’autres écoles pourront-elles postuler parmi les quelque 180 autorisées et ouvertes en 2017?

Cela faisait deux ans et demi qu’elles attendaient cette décision. Sept écoles supérieures privées ont obtenu, jeudi dernier, l’avis favorable de la Commission nationale de coordination de l’enseignement supérieur (CNACES) pour la reconnaissance de l’Etat (voir tableau). Un label leur octroyant une équivalence d’office de leurs diplômes.

Cela signifie que les lauréats pourront enfin poursuivre leurs études dans des universités publiques, y compris en cycle doctoral, postuler pour des concours de la fonction publique, ou encore, accéder à des métiers réglementés, tels que celui d’architecte.

En principe, tous les étudiants inscrits dans les sept écoles cette année bénéficieront de l’équivalence de leur diplôme, peu importe l’année dans laquelle ils sont inscrits. Toutefois, il n’y aura pas de rétroactivité pour les anciens diplômés.

Ces écoles rejoignent ainsi les neuf premiers établissements privés reconnus en 2017, en majorité des universités. Douze autres dossiers sont en cours d’examen. La décision de reconnaissance devrait être bientôt signée par le ministre de l’Enseignement supérieur, pour ensuite être envoyée au SGG. La reconnaissance sera officielle après la publication de décrets relatifs à chaque école au Bulletin Officiel.

Du côté des opérateurs, il s’agit d’un rêve, tellement improbable par le passé, enfin devenu réalité. Les candidatures pour la reconnaissance n’ont été ouvertes qu’en 2015, sous l’impulsion de l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, Lahcen Daoudi.

«Ce label concrétise les efforts que nous avons fournis tout au long des 30 dernières années. Il nous donne aussi de la crédibilité vis-à-vis de l’administration publique et des établissements universitaires pour lesquels nos étudiants pourront désormais postuler», déclare Hassan Sayarh, DG de HEM, également élu de l’enseignement supérieur privé. Son groupe s’est battu pour obtenir la reconnaissance de ses six campus, sous la même enseigne HEM, alors que le ministère de tutelle exigeait une procédure à part pour chacun d’entre eux.

«Justice est faite!», s’écrie,quant à elle, Wafaa Bouab Bennani, présidente de l’Estem, également élue de l’enseignement supérieur privé. L’impossibilité de délivrer des diplômes équivalents a toujours été vécue comme une injustice envers les lauréats du privé.

«La reconnaissance est, en fait, pour nous une renaissance. Elle nous met sur la ligne de départ pour une course effrénée vers la qualité, notamment face à des opérateurs jouissant de partenariats public-privé et possédant beaucoup plus de moyens», ajoute la présidente de l’Estem.

Nombreux sont les établissements qui ont concédé des investissements conséquents pour se conformer au cahier des charges du ministère. Cela a créé un véritable esprit d’émulation. «Ce n’est que le début de la bataille. Au final, c’est le marché qui choisira les meilleurs», souligne Bouab.

Avec une part de près de 4,6% des effectifs en 2017, l’enseignement supérieur privé, aujourd’hui en difficulté, est loin des 20% recommandés par la charte nationale d’éducation et de formation. «J’espère que cette évolution positive permettra au secteur d’occuper une place plus importante, et d’aller vers le bon sens, à la fois en termes de qualité et de quantité», souligne Sayarh.

Les écoles et universités privées ont, en effet, beaucoup de mal à faire le plein. L’équivalence pourrait convaincre plus de parents d’y inscrire leurs enfants.

Et les tarifs?

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Les écoles reconnues ajusteront-elles leurs tarifs à la hausse. Cela dépend de la stratégie de chacune d’entre elles. Pour HEM, par exemple, il n’est pas question de toucher au prix des formations. «Notre politique tarifaire, avec ses spécificités, est arrêtée depuis longtemps. En aucun cas la reconnaissance ne pourrait changer les choses», affirme son DG, Hassan Sayarh. «On nous demande d’investir dans des infrastructures, des équipements, du personnel supplémentaire, de la recherche… tout cela a un coût. Il est clair que nous ne resterons pas sur le même standing», confie pour sa part la présidente de l’Estem, Wafaa Bouab Bennani. L’école s’apprête à investir dans la construction d’un nouveau campus au centre de Casablanca, s’étalant sur 2 ha, avec des amphis et un complexe sportif. Un projet qui était suspendu à la décision de reconnaissance. Elle devra donc augmenter ses prix pour accompagner son développement. «Nous irons vers des hausses progressives, mais avec des tarifs raisonnables», précise sa présidente.

                                                                                 

Pour ne plus vous y perdre

■ Autorisation: Avant de pouvoir exercer, tout établissement privé doit au préalable obtenir l’autorisation du ministère de l’Enseignement supérieur. L’autorisation est octroyée si l’établissement satisfait à toutes les normes administratives, techniques et pédagogiques édictées. Par exemple, l’établissement doit avoir au moins une filière accréditée. Il ne peut pas, par ailleurs, être logé dans un appartement ou une villa.

■ Reconnaissance: Il s’agit d’un label prévu par l’article 53 de la loi 01-00 régissant l’enseignement supérieur, attestant du niveau de qualité «élevée» des formations dispensées par un établissement privé. Pour l’obtenir, écoles et universités privées doivent se conformer à un cahier des charges très strict (voir L’Economiste du 27 août 2015). La reconnaissance est renouvelable tous les 5 ans. Elle permet aux écoles et universités privées de délivrer, systématiquement, des diplômes équivalents à ceux du public.     

■ Equivalence: Elle est propre aux diplômes. L’équivalence signifie que le diplôme privé est équivalent à celui du public. Son titulaire peut ainsi s’inscrire dans des universités publiques, candidater pour un doctorat, passer un concours de la fonction publique ou accéder à certaines professions réglementées (celle d’architecte par exemple). Pour le moment, seule la reconnaissance de l’Etat permet à un établissement privé de délivrer des diplômes équivalents.

■ Accréditation: Elle concerne les filières de formation proposées par les établissements. Pour obtenir l’accréditation, la filière doit répondre aux critères de qualité du Cahier de normes pédagogiques imposé par le ministère de l’Enseignement supérieur.

■ Homologation: Cette procédure ne concerne que les étudiants étrangers. Pour obtenir une carte de séjour avec un statut étudiant, ils doivent d’abord obtenir une attestation d’homologation du ministère de l’Enseignement supérieur, certifiant qu’ils sont inscrits dans un établissement autorisé.

 

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