Justice

Procès des événements d’Al Hoceïma: Premiers portraits sociaux des accusés

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5208 Le 13/02/2018 | Partager
Adultère, cancer, abandon scolaire, faillite...
Un collectionneur de «règlements de comptes»
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La Chambre criminelle de Casablanca passe à la vitesse supérieure: 4 audiences par semaine dans le procès des événements d’Al Hoceïma (Ph. Jarfi)

28 accusés sur 54 ont été appelés à la barre jusqu’au vendredi 9 février. A l’heure où nous mettions sous presse, la Cour d’appel de Casablanca va poursuivre ses interrogatoires. Le cérémonial est réglé comme une horloge. Le président, Ali Torchi, appelle l’accusé qui se présente devant lui accompagné d’un policier.

Il enchaîne ensuite sur la lecture des charges pénales comme l’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, l’organisation de manifestations sans autorisation, violence et outrage contre un corps constitué... Des accusations qui, de par leur gravité, donne au procès des événements d’Al Hoceïma tout son poids historique. Puis, finalement, les questions-réponses qui souvent dévoilent des faits dignes d’un grand polar.

Certains accusés formulent parfois une seule phrase qui, en peu de mots, condensent la dureté d’une vie ou presque. Comme lorsque le jeune Soulaiman Fahili tient à affirmer en ouverture de son interrogatoire «être victime d’un adultère». Couplé de surcroît «d’un déni de justice» et «d’un règlement de comptes» lui ayant valu d’être là où il en est aujourd’hui. Le jeune mari s’est plaint de son cas sans jamais trouver une oreille compatissante.

Une vidéo postée sur YouTube sera son dernier recours contre «la partialité et l’inimitié» d’un commissaire, Issam Bouzidi. Encore lui. Cet officier de police hante les esprits, comme celui de Abdelkheir Yasnari. L’embarrassant boucher sera «liquidé» à son tour en pleines manifestations (cf. L’Economiste n° 5200 du 1er février 2018). Les audiences s’enchaînent avec leurs lots de déclarations.

Abdelhak Sadiki a été «violé dans sa dignité». La gorge nouée, il va raconter aux juges son «kidnapping» et non pas son «arrestation comme le prétend l’accusation». En plein vol d’Al Hoceïma à Casablanca, des agents «déclarent vouloir jeter par-dessus bord» les interpellés. L’un d’eux se montre «rassurant». «Celui-là est  clément», me suis-je dis Monsieur le juge.

En effet, il l’est à sa manière: «Nous n’allons pas vous jeter en mer et pas sur terre m’a dit l’agent», raconte l’accusé. «Il m’a psychologiquement anéanti et je le suis à ce jour Monsieur le juge», poursuit le jeune Abdelhak Sadiki qui a «perdu 12 amis» ayant tenté d’émigrer et «deux autres morts des suites d’un cancer».

L’un de ses compagnons de cellules prend le relais. Mohamed El Hani est un commerçant qui «a fait faillite» après 8 mois de son arrestation. «J’ai arrêté mes études universitaires pour m’occuper de mon père cancéreux», raconte l’accusé qui projetait de se marier en août 2017. A l’instar de ses prédécesseurs, Mohamed El Hani tiendra «à partager son malheur» avec le juge. Il évoque un homme «au cœur noir».

Le commissaire Bouzidi s’entend. Encore lui. L’accusé résume finalement en trois mots son destin: «torture, faillite et emprisonnement». D’autres vont insister aussi «à tout dire» à la présidence et «sans rien oublier». Ahmed Hazar, 36 ans, marié et père de deux enfants. Sa grand-mère est également «morte de cancer». Il se définit d’abord comme «victime d’abandon scolaire».

 

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