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Qui se souvient des Charbonnages du Maroc?

Par Nadia SALAH | Edition N°:5180 Le 02/01/2018 | Partager
Même l’ONE ne voulait pas de ce charbon de mauvaise qualité
6 à 8.000 personnes employées mais sans rentabilité
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L’ancienne centrale électrique au charbon, telle qu’elle était en 2013, au moment de la signature de son extension, avec le chinois Sepco III (qui apportait  aussi le financement : 3 milliards de DH, pour une tranche) tourne avec du charbon importé via le port de Nador, à plus de 60km de là. On retrouve la société Sepco sur les Noor 2 et 3 de Ouarzazate. En 2008, on pensait convertir cette vieille centrale en une centrale combinée, plus sage en matière d’émissions carbone. En fait, les constantes difficultés financières de l’ONE puis de l’ONEE l’ont toujours privée de ses marges de choix. La nouvelle centrale avait dû être inaugurée en 2016 puis en 2017… (Ph. L'Economiste)

C’est dans les années 1920 que les filons de charbon, du bon charbon, ont été découverts dans la région de Jerada. En fait, à une bonne heure du village, lequel est devenu une ville, quand l’exploitation commença une décennie plus tard. L’entreprise qui s’en chargeait était les Charbonnages du Maroc, qui fut marocanisée dans les années 1970. Les Charbonnages du Maroc, sur le modèle des Charbonnages de France qui firent naufrage à la même époque.

Si le charbon était de bonne qualité (anthracite), en revanche il était très difficile à exploiter car les veines avaient entre 20 et 30 cm de hauteur. Très rares étaient celles qui atteignaient 80 cm. Ce qui revient à dire que le charbon extrait était, lui, de très mauvaise qualité, car plein de poussières. La qualité était si mauvaise que l’ONE faisait tout pour éviter de passer commande aux CDM.

Ceci n’a pas empêché que la Banque mondiale signe un prêt pour foncer («habiller») le puits principal et acquérir des équipements d’extraction, en dépit du fait que CDM n’ait aligné que des déficits depuis le début des années 1980. Même avec la hausse des prix du pétrole dans les années 1970-80-90, impossible de tenir la concurrence ni par les prix ni par la qualité face aux Russes et aux Sud–africains (sous embargo, pourtant). Et pourtant, cette mine sans client et en déficit permanent employait entre 6 et 8.000 personnes!

Au moment où il se lance dans les privatisations, l’Etat se prépare à la fermer, ne laissant à vendre qu’une filiale, Sococharbo.  Il réduit le nombre d’employés jusqu’à 2.000, pour un chiffre d’affaires de 500 millions de DH (en 1992). Il nomme un administrateur hors norme: Amar Drissi, lequel stoppe le plan de fermeture, persuadé de pouvoir relancer l’activité avec, entre autres, un système performant de laverie (pour améliorer la qualité) et en ramenant le nombre d’employés vers 600 à 700 personnes (lire ses propres commentaires, L’Economiste des 9 juillet 1992, 23 décembre 1993).

Pour alléger les énormes charges de personnel, il impose le respect de l’âge légal de la retraite, le versement des pensions, joue sur les départs naturels, se montre intraitable face aux retards et manquements.  Il sanctionne de renvoi les chefs, y compris ingénieurs, manquant aux obligations de sécurité.

A quelques dizaines de kilomètres, par la garigue, de la frontière algérienne, Jerada était un point chaud et dur du syndicalisme marocain. Pourtant, la politique de Drissi lui vaut d’avoir été protégé (parfois physiquement) par les mineurs contre les interventions syndicales.

La mine avait-elle vraiment pris le chemin de la rentabilité, quand Drissi la quitte deux ans plus tard, annonçant qu’elle peut tourner jusqu’à 2005? Non, disait-on à Rabat, où on remet en route, mais au rabais, le plan de fermeture.
Charbonnages du Maroc ferme effectivement en 2005. Valeur aujourd’hui, on ne sait pas exactement si les engagements d’indemnisations et de retraire ont été correctement tenus.

 

 

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