Régions

Jerada: J'irai au charbon, je n'ai pas le choix...

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:5180 Le 02/01/2018 | Partager
Depuis la fermeture des Charbonnages du Maroc, la ville va à vau-l'eau
Les promesses et engagements de créer d'autres industries vaines
Qui achète le charbon clandestin?
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Depuis longtemps, l'histoire de Jerada est intimement liée au charbon. A l'heure des jours heureux, en 1936 lorsque l'exploitation de la mine de charbon a démarré, la ville est devenue prospère en vivant de ce commerce. «Les Charbonnages du Maroc» (société qui exploitait la mine de charbon à Jerada et Hassi Blal) assurait de bons salaires à ses ouvriers avec une bonne couverture médicale et un accompagnement social irréprochable.

Le centre culturel de la ville était aussi l’un des plus actifs sur le plan national et les établissements scolaires réalisaient de bons résultats à la fin de chaque année. De quoi faire pâlir d'envie les villes avoisinantes. Une période de grâce qui a duré plus de 60 ans avant que les aléas économiques n'aient eu raison du commerce de charbon. Le prix de revient de la matière première est devenu trop cher conduisant les Charbonnages du Maroc à cesser leur activité, en juillet 2000.

Alors commence la descente aux enfers de toute une ville, qui s'est complètement éteinte en l'absence de perspectives. Les salariés, premiers touchés par cette fermeture, ont vu leurs indemnités s'envoler sans possibilité de recours. Toutes les promesses qui ont été faites par les autorités compétentes à l'époque n'ont pas été tenues: les engagements pour la construction d’unités productives (transformation de halfa et unités de valorisation des viandes rouges) n’ont pas été honorés. Les maladies non soignées et le nombre de chômeurs ne cessait de croître. À tel point que la ville est devenue une bombe à retardement avec un taux de vulnérabilité qui frôle les 35%.

Faute de débouchés, plus d’un millier d’anciens mineurs et leurs enfants retournaient vers le charbon pour l’extraire (Cf notre édition n°:4651 du 20/11/2015). Cette fois, clandestinement avec tous les risques qu’ils encourent. C’est le début d’un calvaire, ponctué par une série de drames et issues tragiques. Plus d’une quarantaine de personnes sont mortes enfouies sous les décombres et la poussière de charbon.

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Depuis la fermeture des Charbonnages du Maroc et faute de débouchés, plus d’un millier d’anciens mineurs et leurs enfants sont retournés aux mines de charbon pour l’extraire. Cette fois, clandestinement avec tous les risques encourus. C’est le début d’un calvaire, ponctué par une série de drames et issues tragiques. Plus d’une quarantaine de personnes sont mortes enfouies sous les décombres et la poussière de charbon... le sourire aux lèvres...

«Chaque année on perdait 2 à 3 pères de familles», rapporte amèrement Lahcen Alghali, acteur associatif qui suit de près l’évolution des attentes et des malheurs d’une population livrée à elle-même. Une collecte vendue au prix de la vie pour certains, et achetée pour une bouchée de pain par d'autres. Les témoignages en ville sont unanimes: Les deux grands revendeurs de charbon en ville, et qui ont pignon sur rue, sont des élus, un de l'Istiqlal (Deghou), l'autre du PAM (Toutou).

Et pourtant, des solutions et pistes de croissance auraient pu être possibles et réalisables depuis juin 2001 déjà date à laquelle le Souverain avait choisi Jerada pour lancer la deuxième phase de l'INDH (2011/ 2015) dédiée à la mise à niveau territoriale. Une initiative dont l'application stricto sensu aurait permis l'amélioration de la qualité de vie des populations en créant des activités génératrices de revenus.

Elle aurait permis de renforcer les infrastructures de base, les services sociaux, etc. La population en milieu rural aurait pu être inclue dans la dynamique de développement et bénéficier de l'accès à des soins de santé, éducation, électrification, eau potable. Jerada avait besoin de tout cela et même plus étant donné son lourd passif.

Mais, l’espoir enclenché par l’initiative royale ne s’est pas concrétisé sur le terrain. Et le choix de cette ville, pour lancer cette vision de croissance, n’a pas été assimilé par plusieurs.
Aujourd'hui, beaucoup trop d'hommes, pères de famille, fils, frères périssent au fond des descenderies ou au milieu de blutoirs en sas en quête d'une maigre pitance... au péril de leur vie. Quant au statut de mineur, la prise en charge sociale, l’application des lois sur les accidents de travail, l’accompagnement professionnel et médical... courez toujours!

Et pourtant...

Lors de sa visite à Jerada en juin 2011, SM le Roi avait lancé un programme de mise à niveau et de développement économique et social de la province de Jerada pour un coût global de 314,1 millions de DH. Un vaste chantier qui  porte sur la mise à niveau territoriale de la ville de Jerada et des centres de Hassi Blal, Oulad Qadour, Sidi Boubker, Qenfouda, Doghmania et Laouinate, le renforcement des services de santé à travers la création d'une unité spécialisée dans la prise en charge des maladies silicotiques à Jerada.
Il était également question de soutenir  des projets agricoles par la plantation d'arbustes sur une superficie de 3.200 ha et la réhabilitation de la petite et moyenne hydraulique.
Parmi les objectifs fixés figurent le renforcement des équipements d'eau potable des centres de Ain Bni Mathar et Touissit et des communes rurales de Sidi Boubker, Ras Assfour, Ouled Sidi Abdelhakem et Tiouli, ainsi que l'assainissement liquide des villes de Jerada et Ain Bni Mathar.

De notre correspondant, Ali KHARROUBI

 

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