Economie

Le chaînon manquant de la croissance

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5158 Le 29/11/2017 | Partager
L’investissement a très peu d’effet d’entraînement
10% de PIB investis pour 1 point de croissance
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Les investissements directs étrangers n’impactent pas de manière notable la croissance du fait qu’ils ciblent en grande partie des secteurs, tels que l’immobilier, ayant peu d’effets de second tour

Il y avait foule lors de la 5e édition de l’Observatoire du commerce international, organisée par Euler Hermes, hier mardi 28 novembre. Le rendez-vous qui gagne chaque année en standard. A l’évidence, les chefs d’entreprises sont assoiffés d’informations et des clés de décryptage pour orienter leurs décisions.

Globalement, les nouvelles sont plutôt bonnes. En effet, la croissance est de retour un peu partout dans le monde. «Nous commençons à entendre une musique qui nous a tant manqué», relève Stéphane Colliac, économiste senior Euler Hermes, en charge de la France et de l’Afrique.

La croissance mondiale a enregistré un nouveau palier (3,7%) depuis le 2e trimestre 2017, principalement dans la zone euro et aux États-Unis, qui reste la locomotive mondiale, tirant dans son sillage la zone euro, le Japon et la Chine. Les pays émergents (Brésil, Russie, Afrique du Sud…) qui étaient en difficulté ont commencé à sortir de leur récession.

Néanmoins, la partition musicale de la croissance économique connaît des dissonances. La première et non des moindres concerne le retour du protectionnisme sous l’effet du discours enflammé de Donald Trump, président des États-Unis. Depuis son arrivée, il a instauré pas moins de 16 mesures protectionnistes à l’encontre exclusivement de la Chine. Un niveau jamais atteint. La deuxième fausse note dans cette partition concerne la tension générée par la Corée du Nord et les risques d’embrasement, surtout quand on sait que la région engage 40% du PIB mondial.

Le commerce de biens et de services devrait connaître une hausse en termes de valeur et de volume. Les entreprises ont de nouveau la capacité de fixer les prix dans un contexte marqué par un dollar qui a cessé de s’apprécier. Ce qui aide les entreprises à améliorer leur chiffre d’affaires. En 2018, l’économie mondiale devrait continuer de croître, mais pas autant qu’en 2017, marquée par un effet de rattrapage.

En principe, une conjoncture aussi favorable devrait profiter aux secteurs exportateurs. Mais c’est plutôt les pays les plus ouverts et les plus innovants qui ont bénéficié de cette embellie tant attendue. S’il accélère les réformes, le Maroc fera partie des heureux élus.

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L’annonce de la flexibilisation du régime de change a été à l’origine d’une perte de l’équivalent d’un mois d’importations à cause de la spéculation

Il faut rappeler qu’il a raté, par exemple, une bonne occasion de mettre en œuvre une réforme tant attendue. La flexibilisation du régime de change a été reportée sine die à cause de la spéculation qui a coûté 2 milliards de DH en devises, soit l’équivalent d’un mois d’importations.

La zone euro devrait connaître un taux de croissance de 2,1% en 2018 contre 2,3% cette année. Une perspective qui se traduirait par un accroissement de la demande adressée au Maroc en provenance de cette région, dont deux pays (la France et l’Espagne) concentrent 40% des exportations.

Le Royaume ne doit pas tout miser sur la demande extérieure. Pour consolider sa croissance, il doit améliorer les indicateurs à l’origine de son mauvais classement dans le Doing Business. Il s’agit des lourdeurs en matière de transfert de propriété, l’obtention d’un crédit et le règlement de l’insolvabilité. Comparativement à des pays comme l’Egypte, l’Inde, l’Ethiopie, le Maroc n’arrive pas encore à canaliser des investissements à même de relancer sa croissance.

En 2016, par exemple, l’immobilier a canalisé 50% des IDE. Un secteur qui ne génère pas de croissance dans la durée et ne crée pas d’emplois. Il n’a pas assez d’effets de second tour pour générer plus de croissance. Ainsi, 10% de PIB investis génèrent à peine 1% de croissance.

«Plateformisation» du commerce mondial

«Quatre tendances se dégagent du commerce mondial: le développement de la culture de l’immédiateté. Les entreprises veulent désormais accéder instantanément à l’information nécessaire pour conclure leurs transactions. Avec l’apparition de nouvelles technologies de communication, le commerce mobile s’accapare maintenant le tiers des transactions en ligne en 2016», explique Wilfried Verstraete, président du directoire, groupe Euler Hermes. A cela s’ajoute la multiplication des sources d’information, permettant à l’intelligence artificielle d’avoir une meilleure valeur ajoutée au sein des sociétés. Le président annonce qu’en 2019, les entreprises devraient débourser 50 milliards de dollars dans le big data. La «plateformisation» des échanges commerciaux B2B et B2C à travers le monde va s’accentuer. Les plateformes e-Bay, Amazon et Ali Baba sont devenues incontournables. Les entreprises sont donc appelées à s’adapter aux grandes mutations du commerce international. Toutefois, pour croître, elles devront prendre des risques en assurant leurs arrières.o

 

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