Economie

Projet de loi de finances: Pause dans les cadeaux fiscaux à l’immobilier

Par Hassan EL ARIFFranck FAGNON | Edition N°:5137 Le 30/10/2017 | Partager
L’on ne peut pas toujours soutenir les mêmes, assume le ministre des Finances
Il relativise l’impact des augmentations de la TVA sur les ménages
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«Pour stimuler l’investissement privé, il faudra agir sur plusieurs facteurs dont la fiscalité. L’introduction de la progressivité dans le calcul de l’impôt sur les sociétés est un signal fort de l’Etat pour accompagner et inciter l’investissement privé», relève Mohamed Boussaid, ministre de l’Economie et des Finances. «Mais avant tout, il faudra rétablir la confiance dans l’économie», insiste Boussaid (Ph. Jarfi)

- L’Economiste: La consommation reste le principal soutien à la croissance. Les augmentations de TVA à venir ne risquent-elles pas d’enrayer ce moteur?
- Mohamed Boussaid:
La consommation des ménages connaît un accroissement notable depuis le début de l’année. Son dynamisme renvoie à la confiance mais aussi à la préservation du pouvoir d’achat. La maîtrise de l’inflation y contribue. Mais, pour pouvoir capter une part importante de la demande des ménages, il faudrait analyser avec beaucoup d’attention leur consommation. Si nous recourons systématiquement ou pour une grande partie aux importations, nous n’allons pas créer de la valeur ajoutée. Il faudra encourager la production nationale dans les secteurs tournés vers la consommation tout en soutenant le pouvoir d’achat des ménages.

- Les salariés qui assurent 75% du produit de l’IR, sont oubliés dans votre projet sachant que la contribution de certaines professions libérales à l’impôt est étrangement modeste.
- Je vous l’accorde. L’équité fiscale est érigée en priorité à la Direction générale des impôts. Si nous voulons vraiment y arriver, il faudra se concentrer sur ces niches au niveau de l’impôt sur le revenu professionnel pour qu’elles contribuent de manière responsable à la recette fiscale.
- Quelles étaient les divergences avec l’ex-ministre du logement sur les incitations au secteur immobilier?
- Il n’y a pas de divergences. La presse a un peu exagéré les choses. La classe moyenne exprime une demande pour les logements de 400.000 DH. La problématique aujourd’hui est de savoir comment utiliser l’ensemble des leviers dont nous disposons pour proposer un logement d’une superficie correcte entre 80 et 100 m² à ce prix. Je pense que la fiscalité est un levier, mais pas le seul. Faut-il ou non exonérer ce produit de l’impôt sur les sociétés? Si nous continuons d’accorder des avantages fiscaux à certains secteurs, d’autres qui créent aussi des emplois pérennes peuvent légitimement les réclamer. Notre rôle est aussi de nous préoccuper de ces secteurs. Il faut une certaine rationalisation.

- Est-il pertinent de maintenir les avantages fiscaux de l’immobilier sachant qu’il y a 1 million de logements inoccupés?
- Il faut avoir une vue d’ensemble sur le problème de l’habitat. Le projet de loi de finances 2018 ne prévoit pas d’exonérations supplémentaires pour l’immobilier. Même si, je suis sensible à la conjoncture dans le secteur. La stagnation est due en partie à la saturation de la demande de logements économiques dans certaines régions. Nous avons relativement satisfait l’essentiel de la demande solvable pour les biens de 250.000 DH. La priorité devrait être de rendre solvable la demande qui ne l’est pas. Maintenant sur les invendus, il ne faut pas y voir que du négatif. Cela veut dire que le besoin a été en grande partie satisfait.

                                                         

Stimuler l’investissement privé

- L’Economiste: La relance de l’investissement privé tarde. Agit-on sur les bons leviers?
- Mohamed Boussaid
: L’investissement est d’abord une question de confiance. Le premier levier est de créer les conditions qui favorisent cette confiance en l’avenir. Que les entrepreneurs voient dans notre pays les opportunités qui s’offrent à eux dans différents secteurs. Après, il faut s’intéresser aux besoins des entreprises notamment en termes de financement et de trésorerie pour les accompagner et inciter l’investissement des sociétés qui s’installent. Le projet de loi de finances 2018 a tenu compte de tous ces éléments en accordant de nouvelles incitations fiscales. Mais, quels que soient les avantages, ils ne contribueront pas à dynamiser l’investissement si les opérateurs n’ont pas confiance. L’allègement de la pression fiscale peut être un soutien, mais il faudra aussi agir sur d’autres leviers comme la relation avec l’administration, l’accès au financement...
Sur la fiscalité, il y a un signal fort de l’Etat d’accompagner et d’encourager l’investissement. Tout comme l’engagement du gouvernement de régler les arriérés de TVA dont souffrent certaines entreprises notamment les sociétés exportatrices. Par le passé, il y a eu des efforts importants en matière de remboursement du butoir. Je pense que nous sommes sur la bonne voie pour permettre aux PME d’investir et de prospérer.

Propos recueillis par Hassan EL ARIF & Franck FAGNON

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