International

Travailleurs détachés: Emmanuel Macron défend sa réforme

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5093 Le 25/08/2017 | Partager
La République tchèque et la Slovaquie donnent leur accord de principe
Le système actuel est qualifié de caduc
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La France et l’Autriche ont pu obtenir de la République tchèque et de la Slovaquie un accord de principe pour durcir d’ici à fin octobre la directive européenne sur le travail détaché. Elle est qualifiée dans sa forme actuelle par Emmanuel Macron de «trahison de l’esprit européen». La France veut limiter la durée de ces détachements à douze mois sur une période de deux ans.

La Commission européenne, elle, a proposé en mai une limitation à deux ans. Elle veut aussi lutter contre les fraudes, comme les sociétés dites «boîte aux lettres» faussement domiciliées dans les pays de l’Est, en renforçant les contrôles. L’Hexagone est pleinement soutenu par l’Autriche, qui avait plaidé pour une limitation à six mois et juge la réforme urgente. La Pologne et la Hongrie, grosses pourvoyeuses de travailleurs détachés, restent quant à elles hostiles à toute réforme. Le sujet sera évoqué lors du sommet social européen prévu dans deux mois.

■ Le profil du travailleur détaché: Il s’agit d’un ressortissant de l’Union européenne, envoyé par son entreprise dans un autre Etat membre pour une mission temporaire. Le travailleur bénéficie du noyau dur de la réglementation du pays d’accueil (salaire minimum, conditions de travail), mais continue de payer les cotisations sociales dans son pays d’origine, selon la directive européenne de 1996, en cours de révision. La France, qui a accueilli 286.000 salariés détachés déclarés (+25% sur un an) en 2015, est le deuxième pays d’accueil derrière l’Allemagne. Le secteur bâtiment-travaux publics (BTP) est le premier concerné et la Pologne le principal pays d’origine, avec 46.800 travailleurs détachés en France. L’Hexagone est également le troisième pays d’envoi, derrière la Pologne et l’Allemagne. Environ 140.000 Français sont détachés dans des pays de l’Union, essentiellement en Belgique, Allemagne, Espagne, au Royaume-Uni et en Italie.
■ Alerte aux fraudes: Le détachement fait l’objet de nombreux détournements: non-déclaration, rémunérations très inférieures au Smic, dépassement des durées maximales de travail, hébergement indigne... Selon un rapport sénatorial de 2013, cité par AFP, la fraude concernait à l’époque entre 220.000 et 300.000 travailleurs détachés illégalement en France. Ces fraudes engendrent une concurrence déloyale envers les entreprises respectant la loi.
■ Arsenal répressif: Durant le quinquennat de François Hollande, l’arsenal répressif et les contrôles ont été renforcés par les lois Savary, Macron et El Khomri. L’amende maximale pour fraude au détachement a été portée de 10.000 à 500.000 euros, à raison de 2.000 euros par salarié détaché et de 4.000 euros en cas de récidive. Les contrôles, passés en moyenne de 500 à 1.500 par mois, avaient débouché, à fin mars 2017, sur 33 suspensions de chantiers et 5,4 millions d’euros d’amendes. Les lois ont aussi responsabilisé les donneurs d’ordre, qui sont désormais solidaires de leurs sous-traitants en cas de non-versement des salaires notamment. Dans le bâtiment, la précédente majorité a lancé une nouvelle carte d’identification professionnelle, qui doit être déployée d’ici à fin septembre. Obligatoire sur les chantiers, elle doit faciliter les contrôles de l’inspection du travail.

 

 

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