Analyse

Code de la famille: Comment le courant malékite s’est imposé

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5080 Le 04/08/2017 | Partager
Le rôle décisif des dynasties idrisside et mérinide
Une réglementation basée sur le fiqh et le droit
L’unité du rite est la règle au Maroc

«Le statut personnel est régi par des règles de droit écrit et celles du fiqh malékite. La dualité normative du code de la famille lui donne sa particularité. Le juge l’applique et ses décisions produisent ce qui est appelé le droit vivant», analyse Abdelmajid Rhomija, auteur de «La jurisprudence de la Cour suprême 1958-2000 en matière de statut personnel» (voir pages précédente).

La «dualité» des règles de notre statut personnel et successoral a une histoire. Celle-ci est en rapport avec la percée du courant malékite dans l’Empire chérifien. Le Pr Abdelaziz Benabdellah rapporte que «c’est Moulay Driss 1er qui en a été le précurseur en désignant Mohamed Bensaid El Kaissi comme cadi. Ce juge a été l’un des disciples du imam Malik et de Soufiane Athaouri» (1).

Un autre chercheur, le Pr Mohamed Benchrifa, rappelle que le courant malékite a été introduit sous le règne des Idrissides (789-985) et des Zenattis. Cette époque historique «a besoin toutefois d’être mieux étudiée» d’autant plus que «beaucoup de documents qui s’y rattachent ont été perdus». Raison pour laquelle l’universitaire «doute sur le fait qu’Abou Maimouna Derass Ben Smail et Kheir Allah El Fassi» soient les premiers à avoir introduit le courant malékite au Maroc d’antan.  Les avis divergent sur cette période presque inconnue de notre histoire.

L’essentiel est que le Maroc a oscillé entre plusieurs écoles du fiqh (théologie) depuis la conquête islamique à l’avènement de la dynastie idrisside. Il aura ainsi connu le courant hanafit, chafiît, aouzaghi et même chiite, écrit Abass El Jirari. Ce grand académicien marocain est d’ailleurs l’une des plumes qui se sont penchées sur «Les raisons de l’expansion et le maintien du courant malékite au Maroc» (2).

En fin de compte, c’est le courant malékite qui va s’imposer. Surtout après la prise de pouvoir par les Almoravides (1038-1178). «Le Malékisme est devenu l’axe central de leur mouvement réformiste et de leur ligne idéologique. Ils ont même imposé à ce que le candidat au titre d’Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants) soit d’obédience malékite», note le juge Abdelmajid Rhomija. Il y a eu néanmoins des périodes de repli vis-à-vis de ce courant comme ce fut le cas avec les Almohades.

Leur dynastie gouverna le Maghreb et l’Andalousie entre le 12e et 13e siècle. Le sultan Mohamed Bnou Toumart avait par exemple un penchant pour la pensée d’Al Ghazali et des courants achârit, dahirit et Al Amamia... L’époque des Almohades sera même marquée par des autodafés: «On y brûla des ouvrages inspirés du rite malékite afin d’imposer le courant dahirit», selon l’essai juridique du Dr Rhomija.

Les Mérinides vont finalement triompher pour la cause des malékites. Leur courant sera officiellement et définitivement adopté au Maroc du 13e siècle jusqu’à ce jour. Et ce, aussi bien en matière de pratiques religieuses (Ibadat) que relationnelles (Mouamalat). Contrairement à d’autres pays comme la Turquie ou le Liban, «l’unité dans la pratique du rite» est la règle au Maroc. Le Malékisme a toutefois cohabité avec les us et coutumes de certaines régions. Et en cas de conflit des normes, le juge avait le dernier mot. 

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(1) Voir «Fiqh El Maléki et Al wahda Al madhabia» entre le Maroc et son Sahara, en arabe, édition ministère des Affaires islamiques  
(2) Voir son intervention dans le colloque sur imam Malik (Imam Dar El Hijra)

 

   

 

 

 

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