Habillage_leco
Enquête

Lakjaâ: «Il ne suffit pas de fixer les ambitions, il faut les femmes et les hommes pour les réaliser»

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5008 Le 21/04/2017 | Partager
C’est la clef de tout changement, pour le président de la Fédération
Audit généralisé des clubs pour favoriser une gestion financière plus saine
Le foot national tourne à 50 millions de dollars
fouzi_lakjaa_008.jpg

«Il est inadmissible qu’un entraîneur qui travaille sous la casquette de la DTN paye les impôts et pas celui qui opère dans un club», déplore Fouzi Lakjaâ, président de la FRMF» (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Vous avez lancé l’audit de plusieurs clubs, mais les rapports sont restés dans les tiroirs?
- Fouzi Lakjaâ:
Non, lorsque nous lançons l’audit des clubs, ce n’est pas pour créer un scandale. Nous avons inscrit cette opération dans une logique constructive, en vue de développer une gestion financière saine dans le football. Pour le faire, nous ne pouvions pas  décréter une mesure sans en connaître le diagnostic. Et c’est pour cela que nous avons lancé un appel d’offres pour que des cabinets spécialisés de la place, qui auditent le monde des affaires, puissent le faire avec les clubs.
Un audit détaillé financier et comptable a été réalisé. Aujourd’hui, tout est clair, nous savons ce qu’il faut pour améliorer cette gestion.

- Justement, que faut-il faire?
- Nous avons mutualisé les bonnes pratiques. Celles qui existent dans un club doivent être suivies par les autres si elles sont meilleures. Je vous donne un exemple: un club qui bancarise toutes ses opérations, les autres devront suivre. Nous avons demandé aux clubs d’aller vers la création de sociétés sportives. Ce qui a été entrepris au niveau de 2 ou 3 clubs et sera généralisé d’ici la fin de l’année.
La saison prochaine, les clubs vont démarrer leurs activités avec les sociétés sportives, conformément à la loi. Pour le tour de table, nous avons garanti le maintien des associations sportives qui détiendront le tiers du capital. Ce  qui leur donne la possibilité de bloquer toute décision pouvant aller à l’encontre de l’objectif tracé. Il est vrai que nous partageons le diagnostic. Si nous nous amusons  à faire un sondage auprès de l’opinion publique, 9 personnes sur 10 vous diront que la gestion financière des clubs est opaque. Mais pour corriger, des procédures techniques et scientifiques sont impératives. Dans cette opération, le plus important est d’avoir gardé les bureaux d’audit avec les clubs pour la mise en place de la société sportive. Ils ne quitteront pas le club tant que cette forme de société n’est pas créée. C’est irréversible.

- Le passage des clubs vers les sociétés sportives ne semble pas évident, en dépit de l’expérience pilote avec le FUS?
- C’est la clef de tout changement. Il ne suffit pas de fixer les ambitions, il faut avoir les femmes et les hommes pour les réaliser. Si les clubs veulent migrer vers cette gestion, ils devront disposer du savoir-faire. C’est l’objet de la formation du pôle administratif et financier lancée la semaine dernière. Une première promotion a commencé sa formation. Elle reviendra dans les clubs pour prendre le relais, avec l’accompagnement des bureaux d’audit. Evidemment, pour changer les mentalités, il faut choisir entre deux options: attendre l’évolution culturelle, cela prendra des décennies, ou alors stimuler le changement par la base et créer les ingrédients nécessaires pour l’imposer au top management.
- Au niveau du budget de la Fédération, quels sont les montants en jeu?
- Il faut être clair. Si nous voulons aller vers le professionnalisme et si nous prenons comme référence de comparaison la ligue espagnole, française ou anglaise, nous sommes loin du compte. Le Barça paie 428 millions d’euros de salaires, alors que l’ensemble du football marocain tourne avec 50 millions  de dollars. Y compris la Fédération, les 11 ligues régionales, les 32 équipes de l’élite, les 100 équipes amateur, le football féminin, le beach soccer… Je vous laisse le soin de comparer entre les 428 millions d’euros de salaires et les 50 millions de dollars pour le football national. Les grands clubs qui participent aux compétitions africaines comme le WAC ou le Raja fonctionnent avec 7 à 8 millions de dollars alors qu’un club comme le Ahli est à 150 millions et le Tarraji à 120 millions. Le club Al Aïne dans les Emirats arabes unis paie 110 millions de dollars en salaires.

- L’informel domine le business du foot. Comment combattre ce fléau?
- Ce n’est pas de l’informel spécifique au foot. A Paris, un sac Louis Vuitton coûte 1.000 euros, alors que le même produit de contrefaçon est vendu à Rabat ou à Casablanca à 100 DH. Les marques de sport sont comme les autres. Elles vendent différentes catégories d’un produit, selon le pouvoir d’achat du pays: le 1er, 2e et 3e choix.
A Madrid, le premier choix d’un maillot du Real coûte 80 euros. Plus loin, d’autres magasins le proposent à 10 euros. Même chose au Maroc. Nous encourageons les clubs à mettre en place leurs «stores» pour  vendre leurs produits. Ce sont des techniques pour drainer la clientèle et éviter la contrefaçon. Mais pour réguler ces activités et minimiser le problème, il est impératif de mener une politique douanière, avec des règles rigoureuses de commerce.

- Les agents des joueurs alimentent une véritable anarchie dans le marché des transferts?
- Il faut reconnaître que dans tous les métiers, l’intermédiation constitue une force. Elle existe aussi dans le foot. Si un président ou un entraîneur exprime un besoin au niveau de son équipe, les intermédiaires lui font des propositions.
Cette activité n’est pas gérée par la Fédération. Selon la FIFA, toute personne peut être un intermédiaire de foot. Elle a raison. C’est comme dans le commerce, quiconque peut le faire, à conditions de respecter les règles en vigueur. Par contre, l’intermédiation dans le foot nécessite des connaissances, des valeurs et des limites. Plus on s’en écarte, plus on se rapproche de  l’anarchie.

- La fiscalité au niveau des clubs et des joueurs n’est pas réglée...
- La Fédération paie l’IR mais pas l’IS, car nous ne faisons pas de bénéfices puisque nous sommes une association à but non lucratif et d’utilité publique. Donc, l’argent que nous recevons est mis dans le football. J’ai toujours été contre un entraîneur qui gagne 100.000 DH mensuellement sans payer l’impôt alors qu’un revenu dans un autre domaine est imposable. Aujourd’hui, au niveau des clubs, il n’y a pas de comptabilité. Ils sont dans la même situation que le secteur agricole il y a quelques années. Donc, pour parler de fiscalité dans le football, une clarification s’avère nécessaire.
Personnellement, j’ai invité la Direction générale des impôts à se mettre autour de la table pour trouver la meilleure formule permettant à cette population de faire ses déclarations de revenus. Et c’est possible puisque les salaires sont payés sur la base de contrats signés par le staff du club.   
- Combien gagne un footballeur?
-Un joueur de D1 doit se retrouver en moyenne autour d’1 million de DH de revenu  par an. Ce qui lui fait entre 80.000 et 100.000 DH mensuellement. C’est une assiette largement suffisante pour qu’il soit imposable.

- Et les entraîneurs?
- Ils devraient se retrouver autour de 150.000 DH par mois. Nous avons tous les contrats. Nous savons combien gagne tout un chacun. Il est inadmissible qu’un entraîneur qui travaille sous la casquette de la DTN paye les impôts et un autre qui bosse dans un club ne le fait pas.

Subventions

Outre les salaires, le budget de la FRMF comporte des transferts effectués vers les clubs. La première division est subventionnée à hauteur de 8 millions de DH par club et la deuxième à 3 millions de DH. A cela s’ajoutent 100 millions de DH pour les clubs amateur et 27 millions de DH pour les arbitres. En somme, le budget de la Fédération est autour de 500 millions de DH. Les comptes de la Fédération sont audités par KPMG.

Foot d’élite ou de masse?

Fouzi Lakjaâ ne mâche pas ses mots: «Il faudra savoir où placer le curseur. Si nous voulons aller vers le football professionnel, il faudra s’adapter au marché et ses contraintes. Si on décide d’aller vers le foot de masse, nous nous retrouverons à jouer les tournois de quartiers. C’est un choix qui va diviser notre budget par cent». Selon lui, l’équipe nationale a joué à Marrakech contre le Burkina Faso et la Tunisie à cause de contraintes budgétaires alors que le Nigéria était en Angleterre et la Côte d’Ivoire en France. Cela leur donne plus de possibilité de se confronter à des équipes de grande envergure.

Propos recueillis par
Mohamed CHAOUI

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc