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Economie

Le mémorandum choc de la Banque mondiale: Un demi-siècle de retard sur l'Europe

Par Franck FAGNON | Edition N°:5008 Le 21/04/2017 | Partager
Le Royaume subit en partie les défaillances du système éducatif
Il faudra réinventer un nouveau logiciel de politique économique
Seulement 15% de la population appartiendrait à la classe moyenne ou aisée
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La classe moyenne représenterait 25% de la population marocaine selon une étude de la PewResearch Center. Le seuil d'accès se situe aux alentours d'un revenu mensuel de 5.500 DH pour un ménage de quatre personnes. Selon l'approche de la Banque mondiale, ce seuil serait plus élevé, autour de 10.000 DH par mois. Sur cette base, seulement 15% de la population relèverait de la classe moyenne

Economiquement et socialement, le Maroc accuse un retard d'environ un demi-siècle par rapport à l'Europe et se retrouve très loin des pays émergents à hauts revenus. Le constat de la Banque mondiale dans le mémorandum économique pays 2017 va faire des vagues. Le document aux conclusions explosives a été remis mercredi 19 avril à plusieurs membres du gouvernement.

Les inégalités sont encore très frappantes. Les lacunes soulevées dans ce mémorandum et les pistes pour accélérer le rattrapage économique constituent une base de travail pour le nouveau gouvernement. Sans renier les efforts colossaux consentis depuis les années 2000 dans la modernisation de l'économie et la diversification des moteurs de croissance, le rythme de croissance reste inférieur aussi bien à celui des économies les moins avancées que celles émergentes à hauts revenus.

«La dynamique de rattrapage a été plus faible que dans d'autres marchés émergents de la région tels que la Turquie, ou dans les pays qui ont commencé avec les mêmes conditions initiales en 1960, comme la Corée du Sud», relèvent les auteurs du mémorandum.

Les pays qui ont connu un décollage économique ont maintenu un taux de croissance du PIB par habitant supérieur à 4% sur 20 à 30 ans. Or, entre 1980 et 2010, la hausse du PIB par habitant au Maroc s'est limitée en moyenne à 2%. La tendance structurelle de la croissance par habitant s'est relevée depuis 2000 et se situe en moyenne à 3% sur la période 2000-2014. Mais, pour réaliser un miracle économique, il faudra passer un nouveau palier. Au-delà de la quantité, il faudra travailler sur la qualité de la croissance.

L'écart entre le Maroc et les pays émergents dynamiques est plus frappant lorsqu'on tient compte de la richesse totale par habitant. Le Maroc a amélioré sa richesse par habitant (y compris l'immatériel) de l'ordre de 10.000 dollars entre 2000 et 2011 pendant que les pays à revenu intermédiaire élevé ont augmenté la leur de 25.000 dollars, signale la Banque mondiale. Dans sa région, le Marocain est aussi riche que l'Egyptien mais moins que le Jordanien, le Tunisien et l'Algérien.

La différence avec la Jordanie et la Tunisie se fait essentiellement au niveau du capital immatériel. Celui-ci représente 65% de la richesse du Maroc, un niveau équivalent à celui des pays à revenu intermédiaire élevé. Il a baissé de 5 points comparé au début des années 2000. «Pour converger vers la richesse des pays plus avancés, il faudra stopper cette tendance baissière et accroître son effort relatif pour accumuler davantage d'actifs immatériels sous la forme de capital institutionnel, humain et social», estiment les rédacteurs du mémorandum.

La porte très étroite de la classe moyenne

Un ménage de quatre personnes accèderait à la classe moyenne à partir d'un revenu mensuel de 1.200 dollars selon une étude du PewResearch Center. Pour le Maroc, ce revenu se situerait à 5.500 DH compte tenu d'une parité de pouvoir de production de 0,45. Cela classe 25% de la population dans la classe moyenne. Leur poids a augmenté de 9 points par rapport à 2001, mais reste nettement inférieur par rapport à la moyenne (44%) dans d'autres pays émergents. Même sur les 25%, la Banque mondiale émet des réserves. Le seuil d'accès à la classe moyenne serait plus élevé en tenant compte des services publics effectivement rendus. En suivant des critères tels que la capacité à acquérir un logement autre que social, une voiture d'entrée de gamme et la scolarisation des enfants dans une école privée, il faut au moins un budget de 10.000 DH par mois pour une famille de quatre personnes pour intégrer la classe moyenne. «Ce seuil élevé par rapport au benchmark tient aux surcoûts supportés par les ménages en raison de l'insuffisance des services publics», relèvent les rédacteurs du rapport. Sur la base de cette mesure alternative de la classe moyenne, seulement 15% des ménages y feraient partie.

 

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