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Dossier Spécial

Agrobusiness responsable: La bataille de la 3e puissance agricole européenne

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5005 Le 18/04/2017 | Partager
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Maurizio Martina, ministre italien de l’Agriculture: «Nous sommes un pays promoteur d’une philosophie de production basée sur le respect de la nature, de l’environnement et des modalités de production traditionnelles. Les structures compétentes de nos deux pays sont en contact pour faciliter un développement plus fort de l’agriculture biologique au Maroc» 

Troisième puissance agricole de l’Union européenne, l’Italie est l’un des leaders mondiaux de l’agriculture biologique en Europe et dans le monde et est très impliquée dans les productions sous signes d'identification de la qualité et de l'origine. Avec leur localisation géographique, en région Mena, le Maroc et l’Italie partagent un patrimoine méditerranéen commun. Les deux pays renfonceront leur coopération via la signature d’un mémorandum d’entente afin de définir un cadre légal pour une collaboration plus structurée dans le secteur de la sécurité sanitaire de produits végétaux et de la recherche scientifique. Décryptage dans cet entretien exclusif avec Maurizio Martina, ministre italien de l’Agriculture.
 
- L’Economiste: Comment relever le défi de la sécurité alimentaire et promouvoir un agrobusiness responsable au service d’une agriculture durable et résiliente? 
- Maurizio Martina:
 Il s’agit justement du thème général que nous avons voulu lancer avec l’Expo de Milano 2015, où plus de 140 pays, y compris le Maroc, se sont réunis pour discuter des moyens pour assurer une alimentation saine, sûre et suffisante à une population mondiale qui, en 2020, atteindra 9 milliards de personnes. Il y a là un défi décisif pour l'avenir de la planète. Dans le monde, 795 millions de personnes souffrent de la pauvreté alimentaire et ce n'est plus acceptable, surtout si nous pensons que nous produisons des aliments qui seraient suffisants pour tous si un tiers de ces produits n’était pas gaspillé chaque année. Un paradoxe de l'abondance qui n'est plus soutenable. Nous avons besoin d'un changement de modèle, pour arriver à produire plus avec moins. Les agricultures devront être de plus en plus résilientes et écologiques.

- Le premier accord de coopération technique et financière entre Rabat et Rome a été signé en 1961. Votre visite au Siam va-t-elle se solder par de nouveaux projets de coopération avec le Maroc?
- Depuis les années soixante, l’Italie est présente au Maroc à travers des projets de coopération au développement, notamment au niveau du secteur hydrique, celui de la santé, des routes rurales et du microcrédit destiné à la création d’emploi. Notre coopération est très importante aussi en matière de formation en archéologie grâce à une collaboration avec l’université italienne de Siena. Dans le secteur de l’agriculture et de l’agro-industrie, les institutions des deux pays entretiennent un dialogue constant et très efficace et travaillent ensemble afin de soutenir et renforcer les échanges commerciaux et encourager les investissements et le transfert de technologie vers le Maroc. L’expertise italienne en matière agricole et la qualité des machines italiennes sont reconnues au niveau mondial. La participation «spéciale» de l’Italie au Siam 2017, en qualité de pays à l’honneur, est une preuve de la haute considération que le Maroc réserve aux entreprises italiennes du secteur qui présentent un modéle de collaboration commerciale gagnant-gagnant. Les institutions de nos pays vont donc continuer leur coopération dans ce domaine qui sera finalisée pour renforcer les contacts entre les secteurs privés et favoriser les échanges d’expertise entre petites et moyennes entreprises marocaines et italiennes. A l’occasion de ma visite au Siam, un mémorandum d’entente sera signé avec l’Office national de sécurité sanitaire et des produits alimentaires afin de définir un cadre légal pour une collaboration plus structurée dans le secteur de la sécurité sanitaire de produits végétaux et de la recherche scientifique dans cette matière.
 
- Troisième pays agricole de l’Union européenne, l’Italie est l’un des leaders mondiaux de l’agriculture biologique en Europe et dans le monde. Quelles pistes de soutien entre l’Italie et le Maroc dans le domaine de l’agriculture biologique?
- Comme vous le savez, l’Italie est très engagée dans le secteur de l’agriculture biologique, une filière qui connaît des taux de croissance importants: plus d'un hectare sur 10 en Italie est cultivé avec cette méthode. Nous sommes un pays promoteur d’une philosophie de production basée sur le respect de la nature, de l’environnement et des modalités de production traditionnelles. Les structures compétentes de nos deux pays sont en contact pour faciliter un développement plus fort de l’agriculture biologique au Maroc. En particulier, le ministère de l’Agriculture italien a développé une collaboration très efficace avec l’Office national de sécurité sanitaire et des produits alimentaires (ONSSA) marocain qui a conduit récemment une visite sur place des fonctionnaires de l’Onssa dans certaines pépinières en Italie.

- Votre pays est très impliqué dans les productions sous signes d’identification de la qualité et de l’origine. Comment a-t-il réussi à imposer la traçabilité des produits?
- Nous sommes pour un maximum de transparence et d'information aux consommateurs, grâce à des modèles innovants de traçabilité. Notre priorité est de permettre aux citoyens de connaître l'origine et la qualité des matières premières agricoles utilisées dans les aliments. En même temps, nous avons construit un solide système de contrôle, avec plus de 400.000 contrôles en trois ans dans toutes les chaînes alimentaires. Nous avons décidé de renforcer l'action préventive contre les faux aliments made in Italy avec des contrôles réguliers même sur le web: notre pays est un chef de file dans ce domaine. Pour lutter avec force contre les nouvelles frontières de l'agro-piraterie, nous avons conclu des accords avec les grandes plateformes de commerce électronique.

«La machine italienne en marche au Maroc»

Pour Maurizio Martina, ministre italien de l’Agriculture, «la valeur de la technologie des machines agricoles italiennes est connue dans le monde entier. En particulier, dans le secteur de la production d’huile d’olive, il y a un intérêt croissant de la part de producteurs marocains vers le know-how italien». «L’Italie est évidemment prête à partager son expertise et, dans le cadre de notre participation en qualité de pays à l’honneur au Siam 2017, les nstitutions italiennes au Maroc ont organisé un séminaire sur «la technologie italienne pour un développement durable de l’agro-industrie au Maroc» afin de promouvoir la duplication des expériences de collaboration gagnant-gagnant déjà développées dans certains secteurs», renchérit le ministre. En octobre 2014, l’Agence italienne pour le commerce éxtérieur a signé avec l’Onssa (Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires) un protocole d'accord qui a conduit, grâce à la contribution décisive du ministère du Développement économique italien, à la création d'un centre technologique nommé Bio Beef pour le traitement de la viande rouge à Meknès. «Plus précisément, il s’agit de vingt machines (made in Italy) pour le traitement de la viande bovine et sa transformation en saucissons, conçues par 5 entreprises italiennes et installées dans le centre Bio Beef, où même des activités de formation en faveur des employés sont organisées», conclut Maurizio Martina. 

 

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