Régions

Les tensions toujours palpables à Al Hoceïma

Par Ali ABJIOU | Edition N°:4993 Le 31/03/2017 | Partager
Les jeunes continuent de manifester jusqu’à 3 fois par semaine
Dignité mais surtout emploi, les principales revendications
Une multitude de projets économiques lancés en grande pompe, mais abandonnés
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Contrairement aux premières manifestations, celles organisées ces derniers jours s’accompagnent d’actes de vandalisme. Après le limogeage du gouverneur, Mohamed Zahr, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Hassad, à la tête d’une importante délégation de son département, s’est déplacé mardi à Al Hoceïma, pour tenter de calmer le jeu (Ph. L’Economiste)

Il est 16h quand nous arrivons mercredi 29 mars à Al Hoceïma, après plus de cinq heures de route depuis Tanger. Malgré le temps froid, les terrasses de café sont bondées de jeunes gens. Le rythme d’Al Hoceïma est plutôt lent, et contraste avec celui des grandes villes.
Depuis le décès tragique de Mohcine Fikri, le jeune poissonnier broyé dans une benne à ordures en octobre dernier, rien n’est plus comme avant. Les habitants continuent de manifester jusqu’à trois fois par semaine. «Toutefois, le nombre de participants est loin des dizaines de milliers enregistrés au lendemain du drame», témoigne Najim Abdouni, membre de l’Instance nationale de protection des biens publics au Maroc.

A chaque fois, ce sont moins d’une centaine de participants qui se réunissent. Mais fait nouveau, les rassemblements sont accompagnés d’actes de vandalisme, comme ceux perpétrés dimanche dernier, quand des résidences réservées à la police ont été attaquées et incendiées à Imzouren. «Les manifestations, depuis la toute première en octobre dernier, ont toujours été organisées dans l’ordre et la discipline», souligne Abdouni. Même celle tenue à l’occasion du quarantième jour du décès de Fikri, et qui avait compté plus de 100.000 participants originaires d’Al Hoceïma et de ses environs, s’était déroulée dans le calme et la sérénité. Les manifestants s’étant même mobilisés pour nettoyer les rues après leur passage. Les récents débordements semblent ne pas relever d’habitants de la région, de l’avis de divers acteurs associatifs rencontrés.

L’incident de dimanche dernier a, cependant, coûté à l’ancien gouverneur, Mohamed Zhar, sa place. Ce dernier venait tout juste de boucler sa première année à la tête de la préfecture d’Al Hoceïma.
Afin d’apaiser les esprits, une délégation composée de responsables de l’Intérieur, à sa tête le ministre Mohamed Hassad, s’est déplacée dans la ville. Hassad s’est empressé de se réunir avec les autorités de la ville, élus et représentants des différents services centraux. Avec pour mot d’ordre, une meilleure communication avec les populations et une plus grande écoute à leurs doléances.

C’est en effet le principal grief des acteurs associatifs. «Il faut cultiver la confiance et ouvrir le dialogue avec les populations», insiste Abdouni. Des populations ayant perdu espoir et s’estimant délaissées par «l’Autorité».
De nombreux projets, lancés au lendemain du tremblement de terre d’Al Hoceïma de 2004, étaient censés redynamiser la ville, mais ont fini par être abandonnés. C’est le cas du projet touristique de Cala Iris, de la gare routière d’Imzouren et de la zone industrielle d’Aït Kamra. Cette ZI, étalée sur 41 ha, est un «échec», selon Abdouni. Depuis son lancement en 2011, elle n’a accueilli qu’une demi-douzaine d’unités, loin des perspectives de création d’emploi prévues. L’instabilité sociale de la ville et de l’ensemble de sa région réduit d’autant plus l’attractivité de cette zone, censée devenir le poumon économique du Rif.

Manarat Al Motawassit (Phare de la Méditerranée), le projet de l’espoir pour la province, lancé par le Roi en octobre 2015, est aussi en stand-by. Calqué sur le modèle de Tanger-Métropole, avec un budget de 6,5 milliards de DH, il devait accompagner le développement urbain et démographique de la province, consolider son positionnement économique, améliorer le cadre de vie de ses habitants et préserver son environnement. Il devait s’étaler sur la période 2015-2019. Près de 18 mois après son activation, il n’est toujours pas concrétisé.

Aït Kamra, la zone qui devait sauver Al Hoceïma du chômage

A 20 minutes de la ville d’Al Hoceïma, sur la rocade méditerranéenne, la Zone d’activité économique (ZAE) Aït Kamra, fruit d’un partenariat public-privé, regroupe quatre espaces: industriel, artisanal (menuiserie, mécanique, ferronnerie,…), commercial et un dernier réservé aux bureaux et animations. La ZAE devait, à terme, permettre la création de 3.000 emplois. Mais le rythme de commercialisation est trop lent. Peu d’entreprises sont tentées par l’aventure à Al Hoceïma, une ville enclavée avec peu d’opportunités d’économies d’échelle.

 

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