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Bijouterie-Joaillerie: Menace de fuite d'activité à l'étranger

Par Khadija MASMOUDIReda BENOMAR | Edition N°:4934 Le 09/01/2017 | Partager
Le régime douanier de l'exportation temporaire pour perfectionnement passif détourné
Plusieurs ateliers ont fermé
Un flou de tutelle entre les ministères de l'Artisanat et de l'Industrie

Voilà une activité qui réalise 2,3 milliards de dirhams de chiffre d'affaires, qui a réussi à industrialiser une partie de sa production, qui investit, qui emploie, qui verse des impôts, qui tente de sortir toute une économie de l'informel et qui aujourd'hui est menacée par une crise quasi-encouragée. En cause, le régime douanier de l'exportation temporaire pour perfectionnement passif. Ce statut connaît des abus.  Le régime devrait en principe permettre à la profession de bénéficier de l'expertise étrangère en matière des techniques de travail parfois complexes de l'or.

«Au lieu qu'une partie seulement du façonnage s'effectue à l'étranger, certaines personnes n'hésitent pas à sous-traiter tout le processus de production. De plus, ces articles produits sous le régime de l'exportation temporaire pour perfectionnement passif sont de moindre qualité», souligne un opérateur. Même si le titrage de l'or à 18 carats est respecté, l'alliage utilisé est jugé de mauvaise qualité nuisant ainsi à l'image des produits marocains et à l'artisanat en particulier. L'association parle aussi de «concurrence déloyale puisque le façonnage à l'étranger revient moins cher».

Plus grave, les autorisations accordées pour l'usage du régime du perfectionnement passif ont également fait l'objet d'un commerce particulier. «Elles sont revendues via des procurations à des personnes qui n'ont rien à voir avec le métier et qui ne possèdent pas d'atelier. Celles-ci en profitent donc pour réaliser la totalité du processus de production à l'étranger», soutient un opérateur.

Du coup, plusieurs ateliers ont fermé alors que des conventions sont signées avec l'Office de la formation professionnelle pour la formation d'artisans. Certains professionnels estiment à plus de 15.000 le nombre de chômeurs en raison de ces fermetures. Un chiffre difficile à vérifier en l'absence de statistiques surtout que la profession n'est pas organisée puisqu'elle compte une multitude de petites associations.

Saisi du dossier, le ministère de l'artisanat a organisé trois réunions avec notamment la Douane et le ministère de l'Industrie. «Des autorisations ont été accordées à des personnes qui ne sont pas du métier», reconnaît un responsable. La faille viendrait du flou juridique et donc ce document est attribué à la fois par le département de l'Artisanat et celui de l'Industrie. Depuis un mois, une décision a été prise (mais toujours pas appliquée) pour que ces autorisations transitent uniquement par le département de l'Artisanat et un cahier des charges devrait être mis en place. Mais auparavant, la profession devrait s'organiser en fédération de manière à faciliter les discussions avec l'administration. Une réunion sur le dossier est d'ailleurs prévue demain mardi 10 janvier.

Un quota de 300 grammes d'or

Malgré les critiques, les professionnels ne remettent pas en cause l'esprit du régime de l'exportation temporaire pour perfectionnement passif s'il est bien encadré.  Des membres de l'association des Artisans bijouterie-joaillerie proposent que l'octroi des autorisations obéisse à certains critères tels que la présentation des bordereaux de la CNSS, des bulletins de paie  et des déclarations contre l'accident du travail.  A cela s'ajoutent les fiches de poinçonnage de la douane ainsi que la mise en place d'un quota de 300 grammes d'autorisation par artisan. «Ces critères permettraient de s'assurer de l'existence réelle d'un atelier et d'artisans. Notre objectif est le maintien de l'emploi et de la production nationale», note un membre de l'association.

                                                                        

Or: Des perspectives floues pour 2017

L'or a pris un bon départ en 2017, gagnant environ 2,5% sur les quatre premières séances de l'année.  Au-delà de janvier, les analystes sont majoritaires à prévoir une année positive pour le métal jaune, selon un sondage mené par Bloomberg. Ils prédisent une progression d’environ 10% par rapport à son niveau actuel. Mais les cours de l'or pourraient  faiblir à cause des trois hausses de taux prévues par la Fed. Les perspectives pour 2017 sont floues en raison aussi des échéances électorales qui se profilent en Europe (Pays-Bas, France, Allemagne), et des interrogations sur le début du mandat de Donald Trump.

Les risques géopolitiques liés à la Russie et la situation au Moyen-Orient pourraient eux aussi conduire les investisseurs à rechercher le métal jaune. Enfin, les incertitudes concernant l’Inde et le ralentissement économique de la  Chine ne sont pas de bonnes nouvelles pour le prix du métal jaune, les deux pays étant les plus gros investisseurs en or au monde.
Le métal jaune a retrouvé de sa splendeur en 2016 après 3 années de baisse. L'once a achevé l'année sur une hausse de 8,3% à 1.152 dollars, suivant la hausse du dollar. Valeur refuge par excellence, le métal jaune a profité des incertitudes économiques et géopolitiques des douze derniers mois, surtout du Brexit. Seuls les derniers mois ont atténué la flambée du début d'année.

Le métal jaune a profité en début d’année de la chute des bourses chinoises, des craintes de récession aux Etats-Unis, ainsi que des inquiétudes liées à la solidité financière de la Deutsche Bank. Cette période trouble, qui a connu son apogée avec le vote des Britanniques pour une sortie de l’Union européenne, a permis à l’once de progresser quasiment sans interruption jusqu’au vote, le 23 juin. En décembre, le rejet par les Italiens du projet de réforme constitutionnelle a relancé les craintes d’instabilité politique avec la démission du président du Conseil, Matteo Renzi, ce qui a permis à l’once de repartir de l’avant, jusqu’à ce que la Fed relève ses taux d’intérêt.  En dépit de ces tribulations, l’once d’or n’a à aucun moment été perdante en 2016.

 

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