Habillage_leco
Société

Violence à l’égard des femmes : La Rabita Mohammadia démonte les stéréotypes

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4919 Le 19/12/2016 | Partager
Les références à la religion pour justifier ces pratiques sont le résultat d’une incompréhension
Physique, psychologique, sexuelle… une étude qui couvre les différents types de violence
farida_zomorrod_019.jpg

Farida Zomorrod, membre du bureau exécutif de la Rabita Mohammadia des oulémas, a appelé à mettre en pratique les concepts religieux, consacrant la lutte contre la violence à l’égard des femmes. Cela devra passer, selon elle, par leur introduction dans les lois régissant le droit de la famille, qui doivent aussi couvrir d’autres questions comme celle de l’héritage (Ph. Bziouat)

C’est devenu presque systématique. Les hommes qui violentent leurs épouses font souvent référence à des textes religieux pour justifier leurs actes. Selon eux, des versets du Coran ou encore certains hadiths donnent le droit au mari de «corriger» sa femme. «Faux», selon une étude réalisée par le Centre d’études des valeurs, relevant de la Rabita Mohammadia des oulémas. Ce document, élaboré en partenariat avec le Fonds des Nations unies pour la population, ambitionne de déconstruire certains stéréotypes concernant la «légalisation» de la violence à l’égard des femmes par les textes religieux. Il en ressort que les personnes qui ont recours à ce type d’argumentaire ont des problèmes «d’incompréhension ou de mauvaise interprétation des textes», selon Farida Zomorrod, professeur à Dar Al Hadith Al Hassania et membre du bureau exécutif de la Rabita. Elle a expliqué que ce document part du principe général que le Coran et les actes du Prophète incitent à rejeter la violence au profit de la tolérance.

■ Violence physique
Plusieurs hommes qui violentent leurs épouses estiment qu’il s’agit d’un droit garanti par le Coran. L’étude réalisée par la Rabita Mohammadia explique qu’il s’agit là d’une incompréhension du texte. Ce type de violence est «toléré uniquement dans certains cas particuliers», selon Zomorrod. Pour elle, «l’interdiction est le principe de base dans ce cas». L’idée est «d’éviter des incidents plus graves». En clair, c’est un acte toléré pour les hommes dans les cas d’adultère. «C’est le moindre mal», a-t-elle estimé. Car, «dans ce genre de situations, la réaction de l’époux peut aller jusqu’à l’homicide», a-t-elle avancé. D’où l’énonciation de cette mesure, qui reste une exception.
 
■ Violence sexuelle
«L’iîtizal», à savoir l’interdiction d’approcher une femme durant la période de menstruation, est souvent considérée par des ONG féministes comme une forme de violence à l’égard des femmes. Là aussi, cette étude fait référence à une «incompréhension de cette mesure et de sa finalité». Pour les rédacteurs de ce document, l’objectif est de «protéger la femme de violences sexuelles durant cette période». Concrètement, cela concerne les cas dans lesquels un «époux privé de relations sexuelles pourrait en arriver au viol conjugal ou à des pratiques sexuelles déviantes».

■ Violence psychologique
L’interdiction de la violence psychologique est très répandue dans les textes religieux. Parmi ses manifestations, cette étude fait référence au phénomène du «dihar». Il s’agit d’une pratique par laquelle un homme humilie sa femme en faisant serment de cesser toutes relations sexuelles avec elle. «L’objectif de cette pratique, interdite par l’islam, est de porter un dommage moral et psychologique à la femme». Autre aspect de la violence psychologique: la wilaya (tutelle) sur les femmes. «L’objectif initial est de préserver la dignité de la femme et ses droits», a précisé Zomorrod. Pour elle, «celle-ci se transforme en violence psychologique à cause des défaillances qui marquent sa mise en œuvre, instaurant une sorte de domination sur les femmes».

■ Polygamie
A l’instar de la violence physique, la polygamie, qui peut être considérée dans certains cas comme une forme de violence psychologique, est «tolérée sous conditions». En tête, «la justice et l’équité matérielle et morale», difficilement réalisables. Pour cette catégorie, «la justice doit jouer son rôle en termes de protection des droits des femmes», selon Farida Zomorrod.

■ Quiwama (Leadership)
C’est l’un des concepts les plus disputés dans les textes religieux, et les plus contestés par les ONG féministes. L’étude réalisée par la Rabita Mohammadia jette un pavé dans la mare, en recadrant ce concept, issu d’un verset coranique, souvent interprété dans un objectif de domination. Pour Farida Zomorrod, «la quiwama est un mode de gouvernance familial, loin d’être un système général, déterminant la relation entre les hommes et les femmes». D’ailleurs, «il n’est pas applicable en dehors de l’institution du mariage». Concrètement, c’est un concept visant la protection des droits des femmes, en imposant à leurs époux de les prendre en charge financièrement. Résultat: le verset de la quiwama, souvent brandi par certains théologiens, est loin d’instaurer une forme de domination ou de tutelle de l’homme sur la femme. Ces derniers sont plutôt «le résultat des pratiques et des coutumes».

■ Violence verbale
Les textes religieux interdisent l’insulte et le mépris. S’il s’agit d’un principe général, il s’applique particulièrement aux femmes. L’étude présentée par la Rabita Mohammadia a mis l’accent sur des précédents historiques, illustrant la protection des femmes à l’égard de la violence verbale. Par exemple, plusieurs fatwas donnaient le droit au juge de prononcer la répudiation d’une femme insultée par son époux.

 

   

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc