Competences & rh

Entrepreneuriat social
Pas encore pris au sérieux!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4883 Le 25/10/2016 | Partager
Souvent confondu avec de la charité et relégué au second plan par les pouvoirs publics
Pas de statut juridique propre, ni d’incitations fiscales
Un écosystème en manque de financements, mais malgré tout, très dynamique
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Des logements écologiques et économiques sous forme de dômes destinés à lutter contre l’habitat insalubre. Un réfrigérateur sans électricité à base d’argile pour populations enclavées. Du fourrage cultivé sur des étagères (hydroponie), trois fois moins cher, évitant aux enfants de quitter l’école pour aller chercher des pâturages. Des graines bio, dont du quinoa, assurant de l’emploi pour des ouvrières agricoles en situation précaire… les entrepreneurs sociaux partent de besoins réels des communautés pour innover et lancer leur business. Grâce à des ONG, comme Enactus, ils sont de plus en plus nombreux

Ils mettent du génie dans ce qu’ils font, innovent, résolvent des problèmes de communautés entières, récoltent des distinctions à l’international,… Les entrepreneurs sociaux sont de plus en plus nombreux au Maroc. Ils sont à la fois des businessmen et des acteurs sociaux. Cela dit, l’Etat n’arrive toujours pas à concevoir l’existence de profils combinant ces deux étiquettes. Aux yeux des pouvoirs publics vous êtes soit une entreprise, soit une ONG. Il n’existe, de ce fait, aucun traitement de faveur ou incitations pour cette catégorie d’entrepreneurs new wave. «Il est important de mettre en place un statut juridique spécial pour ce profil, à l’instar du modèle américain», suggère Tarik Nesh-Nash, fondateur de GovRight, une startup spécialisée dans la création de plateformes électroniques facilitant le lien entre gouvernements et citoyens. L’entreprise, installée au Maroc, Etats-Unis et Ukraine, a dû choisir le statut d’entreprise privée, même si sa raison d’être est également sociale. Elle est donc imposable à tous les impôts relatifs aux sociétés. Néanmoins, même les ONG ne sont pas toujours épargnées par le fisc. «Injaz est, par exemple, obligée de payer une TVA non récupérable sur les supports pédagogiques produits pour l’école publique. Alors que les écoles privées ne s’en acquittent pas», fait remarquer le fondateur, ex président, de Injaz Al Maghrib, M’hammed Abbad Andaloussi. «Les indemnités de nos jeunes stagiaires sont également taxées, si les stages ne font pas l’objet d’une convention avec une école», poursuit-il.      
La culture d’entrepreneuriat sociale reste à installer et à promouvoir au Maroc. «La définition même du concept demeure ambiguë. Nous devons identifier les entrepreneurs sociaux et les mettre en valeur», relève Nesh-Nash. Le secteur est chapeauté

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Si la priorité de l’entreprise classique est de maximiser la rémunération des actionnaires, celle de l’entreprise sociale est de produire un impact social et d’investir dans son développement. Ce modèle relève de l’économie sociale et solidaire qui intègre également les coopératives, mutuelles et associations. Cela dit, il n’est pas encore reconnu par les décideurs

par le ministère de l’Artisanat et de l’Economie sociale et solidaire. Cependant, sur ce segment, le département se limite souvent à l’accompagnement des coopératives, d’après les acteurs du social business. «Il n’existe pour l’heure aucune structure d’appui dédiée, ni de formation ou de cursus dans le domaine», regrette Abbad Andaloussi.
Pour certains, le secteur n’est même pas pris au sérieux par les décideurs. «Il est souvent assimilé à du caritatif. D’autres pays sont plus avancés sur le sujet, comme la Tunisie où le secteur est érigé en priorité gouvernementale, et où les financements sont beaucoup plus conséquents», souligne Adnane Addioui, country leader de l’ONG Enactus. «Malheureusement, pour être crédible et se faire entendre, il faut une référence internationale, et c’est ce que pourrait nous apporter l’installation au Maroc de grands réseaux d’entrepreneuriat social», estime-t-il. De ce point de vue là, l’implantation d’Ashoka (voir article ci-contre) était très attendue par l’écosystème marocain. Ashoka sera suivie par Synergos, l’autre grande ONG mondiale de promotion de l’entrepreneuriat social. Synergos accompagnera dès janvier 2015 une quinzaine d’entrepreneurs (contre 3 actuellement). L’association ouvrira, également, un bureau marocain.
D’autres contraintes sont relevées. «Les programmes lancés sont souvent destinés à la jeunesse urbaine. Il faudrait aller plus dans les zones rurales. Par ailleurs, les jeunes et les femmes ne devraient plus être considérés comme une population à intégrer, mais comme des acteurs du changement», pense, quant à elle, Muriel Gavila, directrice développement international d’Ashoka.  
Côté financement de l’entrepreneuriat social, l’effort est exclusivement fourni par le secteur privé. Cependant, très rares sont les entreprises ou groupes qui investissent dans le domaine. «Aujourd’hui, seul l’OCP soutient l’entrepreneuriat des jeunes au Maroc. Si jamais l’Office décide de changer sa politique, il n’y en aura plus. Or, il existe beaucoup de groupes à fort potentiel économique», avance Adnane Addioui. Adossés à des groupes internationaux, Ashoka et Synergos ouvriront l’accès à de grands bailleurs de fonds. Toutefois, l’Etat aussi est appelé à apporter sa contribution.

Citi veut former 4.000 entrepreneurs sociaux

Encore un opérateur qui s’intéresse à l’entrepreneuriat social au Maroc et dans le Maghreb. La fondation Citi, en partenariat avec l’ONG Enactus, prévoit de transformer 4.000 jeunes du Maroc (notamment de la région de l’Oriental), Tunisie et Algérie en entrepreneurs sociaux, d’ici 2018. Un programme dédié, [email protected], doté d’un budget de près de 5 millions de DH, a été lancé hier lundi à Casablanca. De quoi booster, encore plus, la dynamique du secteur.

 

 

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